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Dépêche Spéciale / Autorité Palestinienne

Le 23 juillet 2002 - N° 402

Interview du commandant de la branche armée du Hamas Salah Sh’hadeh

Le site " Islam on line " a affiché un entretien de Salah Sh’hadeh, commandant de " l’unité Izz al-Din al-Qassem " (branche armée du Hamas) abattu aujourd’hui par les forces israéliennes. Nous vous proposons des extraits de l’interview :

Comment sélectionnez-vous les candidats aux opérations martyre ?

Le choix se fait en fonction des quatre critères suivants : d’abord, l’adhérence aux préceptes religieux. Ensuite, nous nous assurons que le jeune martyr obéit à la volonté de ses parents et est aimé des siens, que sa mort ne portera pas atteinte à la vie familiale : le candidat ne doit pas être le chef de famille et doit avoir des frères, car nous ne voulons pas démunir [la famille] d’un fils unique. Troisièmement, son aptitude à remplir la tâche qui lui incombe et à en saisir la gravité. Quatrièmement, il faut que son martyre encourage d’autres personnes à agir de même et renforce l’amour du djihad dans le cœur de la population. Nous privilégions toujours les candidats célibataires. La direction régionale de la branche militaire du Hamas propose son candidat, proposition qui peut être acceptée ou refusée.

Comment rendez-vous compte du grand nombre de jeunes qui figurent sur vos listes de martyrs ? Est-ce un signe de mauvaise santé mentale, ou du désir de fuir la frustration et le désespoir que connaissent les Palestiniens ?

Le nombre de ces jeunes reflète la bonne santé [mentale] de ces derniers ainsi que la compréhension de la société palestinienne, non le dévoiement où la volonté de fuir le désespoir et la frustration. Les candidats au djihad sont nombreux ; ils sont prêts à sacrifier leur âme, qui est le bien le plus cher de l’homme. Il existe une immense différence entre faire un don en argent ou en biens et faire don de soi à Allah pour permettre le bonheur du peuple, lui épargner tourment et détresse. Malgré tout cela, nous ne pouvons satisfaire tous les candidats vu que le nombre de cibles est limité et que l’ennemi que nous cherchons à atteindre est bien protégé. Le fait qu’une partie de nos jeunes ne suive pas scrupuleusement les ordres et opère d’elle-même, sans instructions officielles de la branche militaire montre que la nation entière mène maintenant le djihad et se trouve au seuil de la libération, refusant l’humiliation et la soumission.

Que pensez-vous du phénomène des enfants-martyrs ?

L’esprit du djihad et ce courant d’enfants-martyrs sont mal exploités. Nous n’encourageons personne à pénétrer les implantations sans être convenablement armé. Bien que ce phénomène soit en lui-même positif, il nécessite un suivi, afin de rendre les enfants conscients de leurs actes et de leur permettre d’intégrer une section spécialisée de la branche militaire, où ils recevront une éducation militaire qui leur apprendra à distinguer entre ce qu’il faut faire et ne pas faire, à décider quand devenir martyr et quand user de son arme.

Comment la branche militaire choisit-elle sa cible ?

Nos groupes d’observation suivent les allées et venues des patrouilles israéliennes et surveillent les faits et gestes de l’ennemi à la frontière. Nous tirons profit de la moindre faille qui apparaît dans la barrière de sécurité de l’ennemi. Après quoi nous définissons notre cible et notre façon de mener l’attaque, qui ne sera pas la même si nous avons affaire à des colons, à une position militaire, à des véhicules de l’armée, etc. La cible est filmée, puis le film est montré à un comité nommé par le " personnel général des opérations militaires ". Une fois la cible approuvée, l’auteur de l’opération martyre suit un entraînement… Après qu’un groupe de spécialiste a approuvé le plan [d’attaque], déterminé les facteurs de réussite et d’échec, l’opération peut être lancée.

Au nom de quelles règles choisissez-vous vos cibles ? Comment jugez-vous le meurtre de citoyens israéliens ?

Nous ne prenons pas pour cible les enfants, les personnes âgées, les lieux de culte, bien que ces lieux de culte soient la cause du meurtre de musulmans. Nous n’avons pas pris pour cible les écoles, parce que nous ne commanditons pas le meurtre d’enfants. Pareil pour les hôpitaux, qui représentent pourtant une cible facile. Nous agissons conformément aux principes du djihad. Notre slogan est : Nous ne nous battons pas contre les Juifs parce qu’ils sont juifs, mais parce qu’ils occupent notre terre. Si nous tuons un enfant, c’est un accident…

Combien coûte une opération martyre ?

Le coût est variable… Les attaques perpétrées à l’aide d’armes automatiques coûtent le prix de l’arme et du matériel : au moins 250 balles et une moyenne de dix grenades. Mais certaines opérations sont beaucoup plus onéreuses : elles comprennent le transport [du martyr]..., l’achat d’une voiture, le payement des collaborateurs juifs. Certaines opérations coûtent vraiment cher : entre 3 500 et 50 000 dollars ; tout dépend de la cible.

Comment avez-vous développé ces armes qui distinguent les brigades Izz al-Din al-Qassem, comme les [missiles] Al-Qassem 1 et 2 et les [roquettes] Al-Bana ?

Nous disposons de scientifiques spécialisés dans l’élaboration d’armes. Ils étudient et font des essais sur la roquette Al-Bana, qui est une combinaison du RPG et du LAW [arme anti-tank légère], différant de l’Al-Qassem 2 en ce qu’elle a été conçu spécialement contre des blindés d’épaisseur moyenne. Les grenades sont fabriquées pour répondre aux besoins de la branche et de ses membres. Elles ont prouvé leur efficacité ; même le ministère sioniste de la Défense reconnaît que ce sont de puissantes grenades. Toutes les grenades et roquettes sont fabriquées sur place, grâce à des procédés simples. Les explosifs contenus dans les Al-Qassem 1 et 2 et les Al-Bana sont conçus à partir de simples matières premières. Les femmes peuvent [même] les confectionner chez elles…

Comment sont organisées les Brigades Izz al-Din al-Qassem ?

Les Brigades sont une petite armée soumise aux décisions politiques, comme toutes les armées du monde. Elles comprennent toutes les divisions d’une armée et sont structurées de façon semblable. Nous sommes des soldats. Les politiciens ne nous disent pas : " Faites comme ci ou comme ça " et " menez telle ou telle opération " : le dispositif politique est souverain, mais lié au dispositif militaire. Ainsi les décisions nationales passent avant les décisions militaires, sans pour autant empiéter sur ces dernières. Le succès d’une opération ne se définit pas par le nombre de morts, mais par le fait qu’elle ait été [correctement] exécutée et atteint sa cible. Une opération ne peut réussir sans une bonne préparation. Le nombre de morts dépend de la volonté d’Allah.

Quels sont les obstacles rencontrés par les Brigades Al-Qassem ?

Les principaux obstacles sont le manque d’armes de qualité, tels les missiles anti-aériens et les missiles à longue portée. Un autre obstacle de taille est le brouillard qui entoure la position de l’Autorité nationale [palestinienne]. L’Autorité ne prend pas clairement position sur la question des opérations militaires, ce qui engendre une certaine confusion. Est-elle pour ou contre ces opérations? Se définit-elle comme l’Autorité de la libération nationale ou de l’autonomie ? Ces sujets sont source de confusion pour nombre de guerriers du djihad.

?De plus, ces dealers d’armes qui nous sucent le sang ont décidé une hausse du prix des armes, de sorte que le prix d’un M-16 s’élève maintenant à 5000 dollars, et que chacune de ses balles revient à 1 dollar 50 ; un Kalachnikov coûte 2000 dollars et chacune de ses balles 4 dollars. La branche militaire a réussi à relever le défi de la carence en armes grâce aux dons de gens qui veulent soutenir le djihad pour Allah. Le mouvement a aussi réussi à fabriquer une partie des armes moyennes, réduisant ainsi les frais. Le coût d’une roquette [fabriquée par le mouvement] coûte moins d’1 % de ce que nous aurions à payer si nous devions l’acheter. ~

 

  1. http://www.islam-online.net/arabic/politics/2002/05/article25.shtml, le 29 mai 2002

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