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Dépêche Spéciale / Arabie Saoudite

Le 21 juillet 2002 - N° 400

Des cheiks saoudiens de l’opposition sur

l’Amérique, Ben Laden et le djihad

Le 10 juillet 2002, la chaîne télévisée du Qatar Al-Jazira a interviewé Mohsin Al-Awaji ; une précédente tentative d’entretien avec le cheik saoudien s’était soldée pour la chaîne par un échec, les autorités saoudiennes n’ayant pas donné leur accord.

Le cheik Al-Awaji a reçu son doctorat de l’université du pays de Galles et a servi comme imam à la Grande mosquée de l’université du Roi Saoud à Al-Riad. Au cours de l’émission, deux autres cheiks ont aussi été interviewés par téléphone : le Dr Safar Al-Hawali, à la tête de l’opposition à la présence militaire américaine dans la péninsule arabique et le Dr Mohammed Al-Khasif, de la ville de Burayda, connu pour être un centre du wahhabisme conservateur. Tous trois ont été détenus pour avoir critiqué le régime saoudien et appelé à la " réforme " (qui signifie pour eux une application plus stricte des principes wahhabites) après la guerre du Golf. Nous vous proposons quelques extraits du débat : (1)

Relations américano-saoudiennes et guerre anti-terroriste des Etats-Unis

Cheik Al-Awaji : " Le peuple saoudien n’a pas été surpris par les initiatives américaines, pour plusieurs raisons : premièrement, l’histoire islamique prouve que la lutte entre la vérité et le mensonge n’a jamais cessé depuis la descente de l’inspiration divine [sur le prophète Mahomet] et qu’elle se poursuivra jusqu’au Jour du Jugement. En tant que gouvernement, l’Arabie Saoudite a rendu aux Etats-Unis des services extraordinaires, sans précédent dans les autres Etats.

Les Américains se trouvent dans trois bases américaines… trois en raison d’une décision des gouverneurs du Golf. Or la nation [islamique] sait bien que cela représente une infraction à la parole du Prophète, lequel a ordonné de bannir Juifs et chrétiens de la péninsule arabique…

Dr Safar Al-Hawali : " …Nos relations avec les Etats-Unis n’ont rien à voir avec celles que nous entretenons avec les autres peuples et nations. Il s’agit de relations entre deux peuples [fondamentalement] différents : l’un a été choisi par Allah, qui l’a mis à l’épreuve et purifié par des catastrophes pour qu’il expie ses péchés. Allah utilise cette nation pour qu’elle brandisse la bannière de la vérité et de la justice sur la face de la terre. C’est notre nation. De l’autre côté se trouve une nation tyrannique et mauvaise manipulée par Allah à son insu. Elle le restera jusqu’à ce qu’elle atteigne la fin à laquelle elle est condamnée, la fin qui fut celle de toutes les nations de l’hérésie, de la tyrannie et de l’agression, telles [celles des] peuples de Noé, Aad, Thamoud et Pharaon.

Depuis la deuxième guerre mondiale, l’Amérique n’est plus une république démocratique ; elle est devenue un empire militaire conforme au modèle romain. Elle est d’autant plus détestable que son Administration est dirigée par les groupes de pression les plus dangereux qui soient pour l’humanité : les compagnies qui créent la destruction en vendant des armes. Le mode américain se distingue et se définit par un seul mot : la guerre. C’est sans hésitation que l’Amérique entre en guerre n’importe où dans le monde, à moins qu’elle estime que les profits qui en résulteront ne pourront satisfaire son appétit insatiable. Après quoi elle appelle à une espèce de paix lui assurant des contrats intéressants, cherchant ainsi à usurper les ressources [des autres pays] sous les slogans de la coopération et du développement. Ainsi, on remarque que l’Amérique est toujours à la recherche d’un ennemi ; si elle ne s’en trouve pas, elle en crée un qu’elle diabolise à l’aide de ses terribles médias. Elle essaie ainsi de donner bonne conscience à son peuple, le persuadant de la nécessité de cette guerre qu’elle a cherchée et de la justesse de sa cause. C’est un fait connu que la lutte contre le communisme a servi de prétexte au déclenchement de guerres dans plus de quarante pays… Ces guerres ont coûté la vie à des dizaines de millions et ont plongé des centaines de millions de personnes dans le retard économique, la lutte, la pauvreté et l’humiliation que le monde entier connaît… "

Ben Laden, l’Amérique et le peuple saoudien

Cheik Al-Awaji : " Autrefois, quand il se battait contre les Russes en Afghanistan, Ben Laden était, aux yeux du peuple comme du gouvernement saoudien, le plus grand des combattants du djihad. Lui et les autres se sont rendus en Afghanistan avec le soutien officiel [de l’Arabie Saoudite] et des autorités religieuses. Aujourd’hui, le peuple saoudien a trois plaintes à adresser à Ben Laden :

D’abord, Ben Laden accuse des dignitaires religieux et des dirigeants d’hérésie alors qu’il ne détient aucune preuve de ce qu’il avance. Deuxièmement, il fait des pays musulmans le terrain des opérations du djihad. Troisièmement, lui et ses compagnons prennent pour cible des innocents, et je me réfère ici aux innocents du monde entier, toutes religions, couleurs et régions confondues.

Ces trois points [négatifs] mis à part, Ben Laden est perçu comme un homme d’honneur, un homme qui s’abstient [des plaisirs de ce monde], un homme courageux, qui croit à ses principes et est capable de faire des sacrifices…

…Ce que les Saoudiens aiment particulièrement chez Ben Laden, c’est son ascétisme. Quand ils le comparent aux autres fils de familles riches, ils se rendent compte que Ben Laden a laissé derrière lui les joies des hôtels pour les trous de tirailleurs du djihad, alors que d’autres rivalisent entre eux pour les richesses et les palais de ce monde.

…Si toutes les régions du monde réprimées par l’Amérique aiment Ben Laden, la nation islamique n’a-t-elle pas le droit d’aimer l’un de ses fils comme on aime un être humain 

Il faut toutefois être franc : le peuple saoudien aime chaque guerrier du djihad, chaque combattant et chaque homme d’honneur, qu’il se trouve en Afghanistan, en Tchétchénie, au Cachemire ou au Sud du Soudan… Le peuple saoudien aimait Khattab [leader de la Lutte islamique en Tchétchénie, d’origine saoudienne]. Le gouvernement a même permis au peuple d’exprimer ses condoléances dans les médias [après qu’il fut tué par les forces russes]. Ce qui a motivé cette autorisation — et c’est un point important dont les frères du djihad devraient prendre note — est que Khattab, dont le vrai nom est Samer Suweilim, évitait d’entrer en désaccord [avec les frères arabo-musulmans] et de les accuser d’hérésie. On n’a jamais entendu dire qu’il ait pris pour cible qui que ce soit en Arabie Saoudite ou sur une autre terre islamique. Ainsi le peuple ne fait aucun cas des déclarations américaines. La terreur contre l’Amérique dont eux [les Américains] parlent ne nous intéresse nullement… "

Le djihad est notre arme stratégique contre les Etats-Unis

" Nous sommes fiers qu’ils nous décrivent comme frappant de terreur le cœur des ennemis d’Allah et de nos ennemis [paraphrase d’un verset du Coran], mais pas à leur façon [aux Américains]. L’Amérique voudrait que nous définissions la terreur selon ses propres critères. La définition américaine est que quiconque résiste à son colonialisme et à ses intérêts religieux est un terroriste…

Les Saoudiens soutiennent que la péninsule arabique est le lieu où les lions d’où sont sortis les leaders se reposent. Ceux qui affrontent l’Amérique en Afghanistan, en Tchétchénie, au Cachemire sont les petits de ces lions. [Les Saoudiens] qui mènent le djihad dans le monde sont partis sans demander la permission des grands dirigeants de ce monde. Ils ont franchi des barrières pour suivre leur chemin. Ils sont partis chercher la mort alors que George Bush et son Administration, quand ils furent pris pour cibles, ont fui la Maison blanche.

Les Saoudiens considèrent que la nation [islamique] a connu son heure de gloire quand notre prophète nous a enseigné l’industrie de la mort — quand il nous a appris comment créer la mort. Alors la vie n’a plus revêtu la même valeur à nos yeux... Lorsque l’un des fils de notre nation est tué, il dit : " J’ai gagné " et le maître de la Kaaba jure qu’il a gagné. C’est ce que nous appelons l’industrie de la mort. Nous, dans la société saoudienne, et c’est vrai aussi pour d’autres sociétés islamiques, avons fini par comprendre que c’est le chemin à suivre pour affronter les armes mortelles d’aujourd’hui. Si l’Amérique possède des bombes et des missiles intercontinentaux, eh bien nous avons nos combattants du djihad, que l’Amérique appelle ‘auteurs d’attentats-suicides’ et que nous qualifions de ‘martyrs’. Nous les développerons parce que nous les considérons comme une arme stratégique… "

Des millions de musulmans voient Ben Laden comme un sauveur

Dr Mohammed Al-Khasif : " Des dizaines, même des millions de personnes lèvent la tête vers Oussama Ben Laden comme vers leur sauveur. Si Che Guevara a été un modèle pour tous les combattants ainsi qu’un beau symbole de la lutte contre l’impérialisme américain en Amérique du Sud, eh bien Oussama Ben Laden est un symbole similaire pour les musulmans… Certains Coréens et Philippins ont appelé leurs fils Oussama Ben Laden. Ben Laden est juste un citoyen saoudien ordinaire qui a renoncé à son immense fortune au nom de ses principes. Je n’adhère pas à tous ses principes et actions. Je suis d’accord avec mon frère et ami le Dr Mohsin sur les trois points [négatifs] qu’il a mentionnés : l’hérésie, la guerre, principalement en Arabie Saoudite mais aussi dans le reste du monde islamique, et le tort causé aux innocents. Si toutefois Ben Laden et ses hommes luttaient ailleurs contre l’Amérique, nous n’aurions rien à leur reprocher. Même pour ce qui des événements du 11 septembre, il n’y a pas de preuves formelles de l’implication d’Oussama Ben Laden et Al-Qaïda . "

Le cheik Al-Hawali : " [Les fabricants d’armes américains] ont exploité les événements du 11 septembre… Les généraux de la destruction et de l’anéantissement ont saisi l’initiative des grands usuriers mondiaux et Bush, qui a fait son entrée à la Maison blanche en boitant — et qui visiblement ne cherchera pas à y faire une seconde entrée —, a déclaré une guerre d’envergure à long terme contre un ennemi sans dimensions ni frontières — c’est à dire contre l’illusion artificielle du soi-disant ‘terrorisme’…

Comme chacun sait, plusieurs commentateurs et intellectuels, aussi bien en Amérique qu’ailleurs, ont été sidéré par la faiblesse des arguments américains, par la façon dont ils ont violé les valeurs et les normes et par les incessantes contradictions [de la politique américaine]. Mais il est un groupe d’observateurs qui n’a pas été surpris — le groupe des observateurs islamiques qui voient la situation mondiale et ses changements à travers le prisme du Coran. Ce groupe n’a pas eu besoin d’entendre Bush qualifier cette guerre de guerre de Croisades, et Sharon d’homme de paix, pour savoir ce que le Coran dit déjà : " ‘Leur haine s’est exprimée par des mots et ce qu’ils complotent est encore plus vicieux.’ (2) Il y a quatorze siècles, Allah a dénoncé leurs complots, nous avertissant de ne pas les soutenir, nous exhortant à les appeler à [se rallier à la religion d’] Allah et à partir en djihad… "

Les relations futures entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite

Le cheik Al-Hawili : " L’Amérique et ses partisans doivent savoir que s’ils étendent leur bras pour attaquer la terre des deux lieux saints [l’Arabie Saoudite], rien ne pourra les protéger de la cruauté de Dieu et de la vengeance de soldats d’Allah, les moudjahidin. Rien ne les protégera, même s’ils creusent un trou [pour se cacher] sous terre et même s’ils cherchent refuge dans l’espace. Des trous creusés pour se terrer à chaque fois qu’un avion dévie de sa trajectoire ne seront d’aucun secours pour ceux qui font ce genre de propositions…

Nous exigeons que l’Amérique présente ses excuses à notre nation et promette que de telles déclarations [c.-à-d. envoyer l’arme atomique sur la Macque] ne seront jamais réitérées par qui que ce soit, ni au sein de l’Administration, ni au Congrès, ni dans les médias. Nous leur laissons le choix. S’ils choisissent le chemin de la vérité et de la justice, ils ne trouveront pas d’interlocuteur plus juste que nous. Mais s’ils choisissent l’oppression et l’agression, ils découvriront que personne n’aime le martyre autant que nous et que personne n’est davantage prêt à mourir que nous — vu que chaque homme dans ce pays aspire à [la mort]. Alors que les jeunes Américains (Clinton compris) esquivent le service militaire, nos jeunes gens le font méticuleusement… "

Le Dr Mohammed Al-Khasif : " Depuis le 11 septembre, l’Amérique intervient dans nos affaires de souveraineté nationale — ce qui est absolument inacceptable, quelle que soit la forme que prennent ces interventions… Je me rappelle comment le Dr Oumayma Al-Jalahama (3) a été renvoyée du journal Al-Riad à l’instigation des Etats-Unis, suite à la rédaction d’un article sur les Juifs concernant un sujet qui offre pourtant de nombreuses preuves — trouvables dans des documents occidentaux [en référence à l’écrit diffamatoire sur les gâteaux de Pourim]. "

Notre combat contre l’Amérique

" L’impudence de l’Administration américaine l’a conduite à discuter du partage de l’Arabie Saoudite… Nous nous battrons tous, jusqu’au dernier de nos enfants, contre les plans de partage américains. L’Amérique doit comprendre que nous ne sommes pas comme les autres pays, à qui elle peut imposer sa politique.

L’Amérique s’est créé ses propres ennemis. J’ai pour ma part étudié aux Etats-Unis et je suis reconnaissant aux institutions éducatives américaines de m’avoir permis de le faire. J’avais de nombreux amis là-bas, et ce fut une heureuse période dans ma vie. Mais aujourd’hui, je hais l’Amérique et sa politique. Je les vois comme empiétant sur la souveraineté de mon pays. Je la vois [l’Amérique] qui m’impose sa dictature, je la vois qui tue des enfants en Afghanistan et en Palestine avec le soutien des Juifs, et en Iraq avec son siège oppressant. De cette tribune, j’envoie un message à l’Administration américaine : nous ne nous tairons pas face aux plans de partage et nous n’accepterons aucune nouvelle intervention. Nous nous battrons contre l’Amérique et nous appellerons les moudjahidin à se battre contre l’Amérique, où qu’ils se trouvent… "

 

  1. Al-Jazira (Qatar), le 10 juillet 2002
  2. Le Coran, 3 :118
  3. Voir les Dépêches Spéciales de MEMRI :

N° 354 — Un quotidien saoudien : les Juifs utilisent le sang des adolescents pour faire des pâtisseries de Pourim

N° 357 — Le directeur du quotidien saoudien Al-Riad : Déclaration sur les articles diffamatoires de Pourim

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