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Dépêche Spéciale — Libye / Réforme dans le monde arabo-musulman

Le 27 juin 2002 N° 394

L’ancien Premier ministre libyen sur la nécessité de

réformer le monde arabe

Un article appelant à la réforme, rédigé par l’ancien Premier ministre libyen Abd El-Hamid Al-Bakkoush, connu pour ses vues libérales, a été récemment publié par le quotidien arabe Al-Hayat, diffusé à Londres. En voici quelques extraits :

" L’histoire nous montre que les problèmes et les crises font partie de la routine des peuples et des nations…, que la vie n’est qu’une série de problèmes et de solutions.

Mais tandis que les nations occidentales… confrontent leurs difficultés une à une, et que nous observons leurs constants efforts pour trouver des solutions et écarter les obstacles de leur chemin, n’hésitant pas à dévoiler au grand jour leurs propres insuffisances, nous, de notre coté, continuons de camoufler les nôtres.

L’attitude de l’Occident aurait pu nous ouvrir les yeux sur un fait : [ces pays] évoluent parce qu’ils dénoncent leurs propres imperfections… Nous aurions pu comprendre combien il est important de mettre au jour ses défauts, un problème ne pouvant être réglé sans avoir au préalable été révélé.

Mais rien de tout cela n’a eu d’effet sur nos esprits… Notre position est restée la même. Nous cherchons encore à nous convaincre que les nations qui progressent ont de nombreux problèmes et travers. Nous avons toujours prétendu ne souffrir d’aucune difficulté ni d’aucun tort, tant que nous parvenions à les dissimuler derrière le rideau de fumée formé par les souvenirs d’une civilisation [arabo-islamique ancienne] aux valeurs élevées, dont il ne reste [en vérité] que des sermons dans les mosquées et des produits médiatiques.

C’est ainsi que nous sommes devenus une nation installée au pied de monticules de reliques appartenant au passé, qui s’enorgueillit de sa capacité à occulter ses défauts et à se leurrer sur la nature des crises qu’elle traverse… Nous sommes devenus une nation qui encense l’impuissance, qui se réjouit de ses victoires en temps de défaite, qui comptabilise ses succès quand il n’y a qu’échecs, fière de masquer ses défauts en prétendant être parfaite.

Une nation qui ne reconnaît pas ses faiblesses, comme le font celles qui évoluent, ne sera jamais en mesure de soigner ses maux. Occulter ses échecs en les transformant en autant d’exploits, refuser la défaite en la présentant comme une victoire ne feront que nous rendre la vie plus dure et nous conduire à la catastrophe.

De même, une nation qui se préoccupe avant tout de ‘l’autre’ ne récoltera que des crises.

Tous ces mouvements qui appellent à l’[unité] arabe à notre époque croient pouvoir atteindre leur but en rassemblant des crieurs partisans de leur cause et en mémorisant des slogans, oubliant que l’unité arabe est difficilement réalisable en l’absence d’individus libres, bénéficiant du droit de vote. Ainsi, les appels à l’unité font partie de l’activité ‘révolutionnaire’ et nous remplissent les oreilles [de leur clameur] tout en nous empêchant d’exprimer le moindre avis — ne serait-ce que sur le choix du mukhtar du village ou du cheik de la tribu.

En l’absence de droits individuels, parler d’unité revient à s’illusionner — à tenter de traverser une rivière sans avoir au préalable construit de pont.

Nous imaginons pouvoir gagner la course sans même y avoir participé. Cela nous amène à nous chamailler avec les Etats-Unis, que nous considérons comme notre rival. Nous avons mobilisé toute notre coléreuse énergie à punir cette superpuissance sans chercher à atteindre le niveau requis pour se mesurer à elle — exactement comme nous l’avons fait, et le faisons encore, avec l’Etat des Juifs.

Ne nous sommes-nous pas querellés avec Israël pendant plus de cinquante ans, à coups de paroles et de cris enflammés  Nous n’avons jamais réalisé que c’était [nous préoccuper] de l’autre, qu’il serait plus sage de combattre nos défauts, nos imperfections et de chercher à acquérir les moyens de rivaliser avec [Israël].

Nous sommes une nation qui se départit elle-même de la possibilité d’acquérir des droits et qui se nourrit d’illusions. Nous nous auto-congratulons en ayant recours à une quantité incroyable de poudre et de maquillage, sans nous apercevoir que ce sont nos traits véritables qui doivent être changés.

Parallèlement, nous déformons le visage de la civilisation moderne [au moyen des médias arabes], afin de l’enlaidir et de la faire paraître inapte à nous enseigner quoi que ce soit — la confinant aux hamburgers, à la nudité, aux crimes et à la corruption… " (1) ~

 

 

(1) Al-Hayat (Londres), le 20 juin 2002.

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