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Dépêche Spéciale — Syrie / Réforme dans le monde arabo-musulman

Le 20 juin 2002 N° 392

Des auteurs syriens reprochent à leur gouvernement

la rupture du barrage Zeïzoun

Après la rupture du barrage Zeïzoun, dans la banlieue de Hama, en Syrie, le 4 juin 2002, cinq villages ont été détruits et de nombreux habitants noyés. Les dégâts ont conduit la Syrie à solliciter l’aide de l’ONU et des pays arabes. Suite à ces événements, deux auteurs syriens ont publié des critiques virulentes de leur gouvernement dans Akhbar Al-Sharq, journal syrien en ligne affilié à l’opposition. Voici quelques extraits des articles :

Mahmoud Al-Mahamid, d’Alep, écrit dans Akhbar Al-Sharq :

" Tous ceux qui connaissent la situation en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir du parti Baath, c’est-à-dire depuis quarante ans, sont conscients de l’étendue de la corruption dans le pays, tous secteurs confondus. Tous en parlent : l’homme de la rue, le journaliste et le politicien ; la dénonciation de la corruption n’est plus le domaine réservé de l’opposition, laquelle a [d’ailleurs] cessé de s’inquiéter pour la Syrie, ‘en première ligne face à l’ennemi’. Les gens se racontent des histoires drôles et tristes à la fois, comme celle de Patrick Seale [biographe britannique d’Hafez El-Assad], qui ne peut être soupçonné d’appartenir au camp de l’opposition. Dans son livre Assad de Syrie : la lutte pour le Moyen-Orient, Seale raconte l’histoire de l’immeuble du journal Al-Thawra, relatant comment celui-ci est passé de vingt étages — dans les plans — à dix étages, les fonds destinés au projet ayant mystérieusement disparus et le Secrétaire du parti Baath ne pouvant donc plus assurer la réalisation du projet.

?Les documents techniques révèlent que les barrages sont conçus pour être extrêmement solides. La durée de vie moyenne d’un barrage est de cinquante années. Après cette période, il perd de sa fiabilité en raison de l’élévation du niveau des sédiments et non à cause d’une baisse de résistance. Au vu de ces statistiques, on est amené à se poser des questions sur le barrage [de Zeïzoun], vieux de cinq ans. Comment a-t-il été construit ? Qu’est-il arrivé aux millions devant le financer ?

?…Nombreux sont ceux qui, en Syrie comme ailleurs, se posent des questions sur les ressources du gouvernement, lequel s’est montré incapable de gérer une crise mineure, crise qui a entraîné la mort de dizaines de personnes et emporté cinq villages (selon la version officielle), forçant le gouvernement à solliciter l’aide de l’ONU.

?On se pose aussi des questions sur la capacité du gouvernement syrien à combattre l’ennemi quand on sait que c’est au nom du combat que certains ont été privés de leur liberté, que des lois d’urgence ont été imposées, que des dizaines de milliers de [citoyens syriens] ont été tués ou expulsés du pays, cela pendant quarante ans de ‘préparation’ au combat. Dans un entretien diffusé sur [la chaîne télévisée du Qatar] Al-Jazira le 5 juin 2002, un spectateur en ligne a déclaré que la disparition de 15 000 citoyens s’expliquait par la bataille panarabe menée par la Syrie.

?Lors de la couverture officielle de la catastrophe par la télévision syrienne, on a pu assister à la stupeur du présentateur face à l’inefficacité des services. Des ambulances ont été dépêchées sur les lieux, en provenance des quatre coins du pays, et se sont garées à une grande distance du sinistre. Les membres du personnel ont crié face aux caméras qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on les avait envoyés là. Ils n’ont pu secourir personne, n’étant pas entrés dans les villages dévastés. Il est clair qu’une vielle ambulance ne peut pas arriver jusqu’aux zones inondées, sans parler d’atteindre ceux qui se trouvaient bloqués sur le toit des habitations !

?La question qui se pose est la suivante : Ou sont les forces de sécurité ? Ou est l’armée, qui représente à elle seule 50% du budget annuel de la Syrie… et qui aurait dû mobiliser ses avions, ses blindés et ses troupes pour venir au secours des victimes ? L’armée de terre et l’armée de l’air ont [pourtant] été totalement mobilisées il y a vingt ans pour des ‘missions intérieures’ dont tous se souviennent [en référence au massacre de Hama, en 1982].

?Face à la couverture médiatique des événements, on ne savait plus s’il fallait rire ou pleurer. Les médias insistaient sur le ‘geste’ [du gouvernement], c’est-à-dire sur les 200 dollars accordés aux familles sinistrées, et les 1000 dollars versés aux familles des victimes. Nous savons bien que les ressources de la Syrie sont insuffisantes, tout comme celles de la Libye (qui doit dédommager les familles des victimes de la catastrophe de Lockerbie avec 10 dollars par famille), mais le gouvernement aurait quand même pu prévoir quelques centaines de milliers de dollars (ce que lui coûtent ses anniversaires annuels de la création du parti Baath et ses nombreuses autres célébrations).

?Vu l’incapacité à faire face à une crise de ce genre, même de façon rudimentaire (on n’a pas même dressé de poste de commandement pour tenter de localiser victimes et disparus), il est inutile d’envisager la démission du Premier ministre ou du ministre chargé des travaux publics.

?Les récentes élections en Tunisie ont abouti à l’élection du Premier ministre, à 99.95% des voix. Le ministre tunisien de l'Intérieur a répondu à ceux qui s'étonnaient d’un tel résultat que ‘seuls ceux qui ne connaissent pas bien la Tunisie sont surpris’. Seuls ceux qui ne connaissent pas bien la Syrie sont surpris de l’affaire du barrage ainsi que des affaires précédentes et de celles à venir ! " (1)

?

Quelques jours plus tard, Abd El-Raouf Haddad, lui aussi d’Alep, écrit :

" Le barrage de Zeïzoun s’est rompu, 22 personnes ont péri et quatre sont portées disparues (d’après les statistiques officielles, mais selon les fuites d’informations provenant de la région, les pertes sont bien plus importantes) ; des milliers de familles sont sans abri ; de vastes étendues ont été emportées ; des récoltes ont été perdues ; l’eau a été gaspillée… Tout cela n’est rien puisque le gouvernement se porte bien ! !

?… Il est très difficile de contrôler la corruption parce qu’elle touche tout le régime… Désignez au hasard un officiel au premier, deuxième ou troisième rang et vous trouverez un nid de corruption…

? A la suite du ‘geste’ consistant à offrir aux familles un modeste dédommagement, les politiciens sont partis chercher des fonds sur la scène politique, invoquant le sinistre. Cette attitude suffit à provoquer surprise et dégoût. Les fonds que l’Etat récoltera de la sorte pourront facilement profiter à n’importe quel politicien. Des milliards de dollars n’ont-ils pas été détournés au profit de comptes en banque européens appartenant à des responsables [syriens] ?

? La corruption de l’administration, la corruption morale, politique, économique, l’hégémonie de la ‘Sécurité’ dans tout le pays, la discrimination dont sont victimes les citoyens, l’emprisonnement ou l’exil dans les sables du désert du Tadmor, l’expulsion composent la physionomie lugubre et mensongère [du régime Baath], lequel étrangle la Syrie…

?Le barrage qui devait servir à l’irrigation s’est rompu. Quand se rompra donc le barrage [en référence au régime] qui sépare la nation de ses valeurs, les hommes de leur liberté et de leur honneur… ? Quand donc ce maudit barrage se rompra-t-il ? "  (2)

 

  1. Akhbar Al-Sharq (Syrie), le 10 juin 2002
  2. Akhbar Al-Sharq (Syrie), le 16 juin 2002

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