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Dépêche Spéciale — Réforme dans le monde arabe et musulman

Le 7 juin 2002 N° 386

Des dignitaires musulmans appellent à la réforme du monde arabo-islamique

Le cheik Abd El-Hamid Al-Ansari (1), doyen de la faculté de la charia (loi islamique) à l’université du Qatar et connu pour ses positions libérales, a publié un article dans le quotidien arabe Al-Hayat, diffusé à Londres. Dans son article, intitulé " Les points du dialogue rationnel et constructif avec ‘l’autre’ ", il écrit :

" Depuis le 11 septembre, l’incompréhension mutuelle, la malveillance et les soupçons se sont accrus entre l’Occident et l’Orient…, créant une atmosphère malsaine qui a encouragé deux phénomènes : la montée de l’extrême droite — ou phénomène Le Pen — qui considère l’autre comme un ennemi ayant en horreur la culture et les valeurs [occidentales], et dans les sociétés arabes et musulmanes la montée de mouvements extrémistes qui voient l’Occident comme un ennemi complotant contre l’islam et les musulmans. "

Le respect de la diversité

" L’Orient et l’Occident ont des besoins et des intérêts communs. Mais ils partagent surtout un héritage humain qui doit être préservé, consolidé par l’acceptation de la diversité, le respect des caractéristiques de chacun ainsi que de l’identité religieuse et culturelle des différents peuples et nationalités…

Un verset du Coran dit : ‘Etres humains, nous vous avons créés mâles et femelles, nous vous avons constitué en peuples et tribus afin de vous permettre de mieux vous connaître. En effet, ceux qu’Allah honore le plus sont les plus vertueux d’entre vous.’ (2) Ce verset nous interdit d’imposer à toute l’humanité un seul et même régime, une seule et même culture, idée ou foi. Le vrai sens du djihad est de préserver le droit au pluralisme en assurant à tous la liberté de choix, la diversité étant considérée comme une réalité naturelle et universelle…

A mon avis, un dialogue sur deux fronts — externe et interne - s’impose. Le dialogue interne doit regrouper toutes les personnes et organisations, sans exclure ni accuser qui que ce soit de traîtrise et d’hérésie, et sans proférer la moindre calomnie… Nous ne parviendrons pas à une relation saine, mature et constructive avec l’autre sans établir au préalable des rapports sains avec l’‘autre’ parmi nous : celui dont les opinions politiques, religieuses, ethniques et les idéaux diffèrent des nôtres, ou celui qui appartient à une autre école de pensée, et sans rectifier notre attitude vis-à-vis des femmes, en nous fondant sur la tolérance, le respect de la différence, l’acceptation de l’‘autre’.

Pour ce qui est du dialogue externe… Le point de départ obligé, à mon sens, est que chaque partie commence par se présenter honnêtement, révélant ses préjugés et ses stéréotypes concernant l’autre. Après cela, il convient de s’auto-critiquer. Avant d’aller nous plaindre à l’autre de sa vision faussée des choses, nous devons nous contrôler et corriger la conception erronée que nous avons de lui.

L’Occident doit remettre en question le fondement de ses idées nous concernant depuis la période de l’orientalisme, car celles-ci reposent sur une conception moyenâgeuse : l’islam serait une religion de violence répandue par l’épée et les musulmans exerceraient leur vengeance sur la civilisation moderne, ne respectant pas les droits de l’homme, n’assurant pas l’exercice de leurs droits aux minorités, ne croyant pas aux valeurs de la démocratie et de la tolérance, ne se comportant pas correctement vis-à-vis des femmes. L’Occident doit éviter de généraliser à l’islam et à tous les musulmans le comportement d’une petite partie de musulmans.

Parallèlement, nous, musulmans, devons nous débarrasser de notre théorie de complot occidental et mondial anti-musulman. Nous devons nous libérer du complexe des guerres de croisades et du lourd héritage colonialiste. Nous devons cesser de représenter l’autre comme un colonialiste satanique occupé à comploter, un impérialiste, cesser également de nourrir l’idée d’une conspiration mondiale et d’une invasion culturelle dont nous serions les victimes. Nous devons comprendre que le monde a autre à faire que de comploter contre nous et de nous haïr parce que nous sommes musulmans...

Dévoiler les défauts inhérents à notre système social de ces cinquante dernières années, aussi bien dans le domaine politique, culturel, que dans les médias, les programmes éducatifs et religieux, est une étape incontournable. "

Le discours pan-arabe

" Ce discours prétend généralement que l’Occident a saboté l’avènement du renouveau arabe, empêchant tout progrès, empêchant l’unification [arabe] au moyen de l’occupation des pays arabes et la délimitation de frontières, décourageant les efforts pour instaurer la démocratie, épuisant les ressources naturelles arabes et retardant le développement…

Toutefois, un examen juste et objectif des faits révèle que même si le colonialiste occidental a sa part de responsabilité, les Arabes eux-mêmes sont les premiers responsables.

Il existait [déjà] des pays clairement définis… avant le colonialisme. Une fois que les frontières ont été délimitées, l’équilibre entre tribus s’est révélé plus décisif que les intérêts occidentaux. La démocratie n’a jamais représenté rien de plus qu’un slogan mensonger dans le monde arabe et n’a jamais été concrétisée — ni par les régimes, ni par l’opposition… De plus, nous sommes responsables du gaspillage de nos ressources, causé par une stupide politique de guerres menées entre nous ou contre les autres. "

Le discours religieux

" Le discours religieux [islamique] abonde en concepts comme celui d’‘invasion idéologique’, de ‘complot mondial’, d’‘hostilités des Croisés’ et d’‘inimitié constante à l’encontre de l’islam et des musulmans’. A l’instar du discours pan-arabe, le discours religieux incite [à la haine]. Il est toujours dirigé contre l’‘autre’, l’étranger, ou l’autre chez nous… Les décrets religieux accusant les intellectuels, les écrivains et les artistes d’hérésie ou de péché sont nombreux ; nul n’y échappe.

En toute honnêteté, il faut reconnaître que les églises occidentales ont dépassé le complexe des guerres de Croisades, alors que nos chaires endurent encore l’amertume de ces guerres, et appellent encore à l’anéantissement de l’Occident, des ‘Juifs et des chrétiens’.

Le discours religieux doit être amendé et renouvelé… afin de remplir son rôle qui est de répandre la connaissance et les lumières, de procurer à la nation les moyens de régler ses problèmes fondamentaux. C’est ainsi qu’il aidera les individus à se rapprocher les uns des autres, au lieu de semer la haine… Les mosquées appartiennent à Allah, et on ne doit pas les laisser devenir le lieu de débats politiques et de combats entre factions. "

Le discours médiatique

" Nos médias ne conviennent à nul autre que nous. Ils encouragent l’inimitié, distrayant les gens de leurs véritables problèmes. L’occupation préférée des médias est la pêche aux commentaires négatifs prononcés par l’autre occidental [contre les Arabes]… Depuis que nos médias ont délibérément répandu la théorie de Huntington sur le ‘choc des civilisations’, cette théorie est devenue des plus populaires, et tous nos intellectuels se sont mis à y réagir par écrit… Nos médias ont écarté la possibilité humaine du ‘dialogue des civilisations’, pourtant encouragée par les Occidentaux. Et après que Berlusconi eut commis l’erreur de parler de supériorité de la culture occidentale, cette expression malheureuse a pris chez nous des proportions énormes, alors que ses explications et ses excuses, ainsi que sa visite au centre islamique, sont restées lettre morte. "

Le discours éducatif

" Notre discours éducatif nous place sur la défensive face à l’autre et cherche à nous valoriser. L’esprit de l’enfant est rempli du sentiment de la gloire de la nation et de ses triomphes, tandis que le rôle de l’autre [dans l’histoire] et diminué. Une partie non négligeable de notre discours éducatif est coupée des sciences modernes, reposant sur une vision unidimensionnelle du monde, ce qui forme des esprits fermés susceptibles de glisser progressivement vers le fanatisme. Ce discours présente une image fausse des femmes, des minorités religieuses et ethniques, encourage la mémorisation et les méthodes répétitives...

Efforçons-nous tous de mobiliser notre énergie spirituelle pour le bien de l’humanité tout entière. " (3)

Modification du programme islamique

Le ‘dialogue des civilisations’ a été évoqué dans un autre débat d’experts de l’université Al-Azhar au Caire. Le Dr Abdallah Shihatah, spécialiste de la charia [loi islamique] à l’université Al-Azhar, a critiqué le programme religieux de l’université en ces termes :

" Je suis [aussi] passé par Al-Azhar, mais les défis auxquels notre société islamique doit faire face aujourd’hui nous obligent à élaborer son programme avec l’aide des anciennes d’Al-Azhar - qui savent combiner étude des sciences religieuses et compréhension de la réalité actuelle et de ses défis, lesquels nécessitent de nouvelles méthodes centrées sur le dialogue (et non le choc) des civilisations…

Les sages musulmans de l’âge moderne ont commis une grave erreur en accusant la civilisation occidentale de corruption, ne tenant nul compte des changements positifs qui ont permis aux sociétés occidentales de progresser dans le domaine des sciences… Nos sages et nos médias doivent passer du concept de ‘choc’ à celui de dialogue avec la civilisation occidentale.

Quand la civilisation musulmane a conquis les Perses et les Byzantins, elle a pris ce qui lui convenait et a laissé le reste. La civilisation musulmane n’a jamais cessé de faire des emprunts aux autres civilisations, apportant du sien et créant de nouvelles sciences…

La société musulmane doit comprendre que l’attaque cruelle qu’elle subit aujourd’hui, qui déforme l’image de l’islam et des musulmans, lui impose de redresser pour elle-même la bannière de la science, de la culture et du progrès car elle a grand besoin de se renforcer et de se moderniser. Nous devons admettre notre immobilisme et reconnaître qu’il est temps de modifier notre programme [général] ainsi que les programmes d’études religieuses grâce à une pensée moderne qui saura combiner principes religieux et réalité actuelle. [Nous devons] créer une atmosphère propice à la recherche scientifique dans tous les domaines et développer la vie sociale afin d’apporter [au peuple] un sentiment de confiance.

  1. Pour en savoir plus sur M. Al-Ansari, voir aussi la Dépêche spéciale de MEMRI n° 307.

    Dépêche spéciale de MRMRI n° 337

    Dépêche spéciale de MRMRI n° 338

  2. Le Coran, 49 :13
  3. Al-Hayat (Londres), le 31 mai 2002

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