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Rapport de nouvelles économiques

Le 14 décembre 2002 n° 36

Le développement économique en Syrie

L’économie syrienne, contrôlée en grande partie par l’Etat, n’a pas connu la réforme économique qui lui aurait permis de sortir de la stagnation. Des taux de croissance en baisse, une économie planifiée basée sur l’ancien modèle socialiste, un secteur public inefficace et fortement réglementé, une importante croissance démographique, une liberté politique limitée découragent les investisseurs étrangers et empêchent l’émergence d’une solide économie de marché. L’inadéquation des infrastructures syriennes, une technologie dépassée, un système économique faible rendent le pays vulnérable et entravent la compétitivité aux niveaux régional et international.

Depuis juillet 2000, date où il est entré en fonctions, le président Bashar El-Assad promet de suivre la voie de la réforme économique, de libéraliser l’économie syrienne, d’ouvrir le marché aux investisseurs étrangers, d’autoriser les banques étrangères à exercer en Syrie, et surtout, d’introduire la concurrence politique et la transparence. Mais ces efforts de réforme ont été freinés par des facteurs intérieurs et l’engagement à demeurer fidèle à une économie centralisée de type socialiste, ainsi que par l’absence de compétitivité dans le système économique.

Vu les circonstances particulières de l’arrivée au pouvoir de Bashar Assad, le système politique syrien pouvant être défini comme une " république héréditaire ", la promesse présidentielle de libéraliser l’économie s’est trouvée en butte à la forte résistance de la " vielle garde " qui l’a conduit au pouvoir. En conséquence de quoi, la privatisation des banques n’a pas eu lieu et les réformes sont restées en suspens. A titre d’exemple, la Syrie n’a pas accordé aux banques étrangères les autorisations qui leur auraient permis d’exercer dans le pays. Le Dr Mohammed Al-Hussein, vice Premier ministre syrien chargé des Affaires économiques, a déclaré au quotidien Al-Thawrah que malgré l’ordre officiel d’accorder ces autorisations, le petit nombre de banques intéressées " ne dépassant pas les doigts de la main " ne laissait que peu de choix au gouvernement. (1)

Un économiste syrien de renom donne son point de vue

Le Dr Nabil Succar, ancien économiste de la Banque mondiale et directeur actuel du Cabinet syrien de consultation pour le développement et les investissements étrangers, organisme privé siégeant à Damas, a été dernièrement interviewé par le quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, édité à Londres (2), sur la situation économique en Syrie. Les propos rendus sont particulièrement révélateurs et audacieux :

Le Dr Succar déclare que le débat sur la réforme a été initié par le président Hafez El-Assad, père de Bashar Assad, peu après le début de son cinquième mandat [à la fin des années 90, alors que le bruit courait déjà qu’il était gravement malade]. Assad n’a pas tenté d’occulter le fait que de graves erreurs avaient été commises et que la Syrie devait sortir des sentiers battus. " Aujourd’hui ", souligne Succar, " tous reconnaissent la nécessité de réformes politiques et économiques, mais il y a eu plus de discours que d’action. Il semblerait que les décisionnaires aient le sentiment d’avoir réglé le problème en parlant de réforme. C’est une stratégie dangereuse qui isole la Syrie des marchés mondiaux. " (3)

La privatisation

Le Dr Succar donne l’exemple de la privatisation, au centre de nombreux débats, alors que rien n’a été fait dans son sens. Les autorités se focalisent en effet sur le secteur public. Mais d’après Succar, le secteur public " est dans un état comateux, et il vaudrait mieux le laisser mourir de mort naturelle que consacrer ses efforts à le raviver ". " Le fait est que nul ne s’intéresse à l’acquisition d’une entité publique inefficace et criblée de dettes. La meilleure politique pour la Syrie ", insiste Succar, " est d’encourager l’émergence d’un secteur privé authentique, ce qui signifie que le gouvernement doit permettre aux hommes d’affaires syriens et étrangers d’investir, produire, acheter et vendre, conformément aux règles de l’économie de marché. " L’expérience de plusieurs pays, de la Russie à l’Algérie, indique que la privatisation d’entreprises existantes ne constitue pas le meilleur moyen de moderniser l’économie. Pourquoi, demande-t-il, investir dans un secteur public devenu inutile? 

L’économie syrienne a connu un taux de croissance très important dans les années 70, de l’ordre de 7% à 10% annuels. Succar attribue ce fort taux aux énormes capitaux en provenance des pays arabes producteurs de pétrole. Or la Syrie est elle aussi devenue un producteur de pétrole bénéficiant de la disponibilité de capitaux. (4) A la fin des années 90, le taux de croissance économique est tombé à 2.5% [il est à 1.5% depuis deux ans], couvrant à peine le taux de croissance démographique. La politique fiscale et la politique déflationniste adoptées par le gouvernement dans le but de maîtriser l’inflation ont conduit à une chute de presque 40% des investissements privés et publics, tandis que le taux de chômage a atteint les 20%, les plus touchés étant les jeunes. Pour résoudre le problème du chômage, la Syrie devra créer 250 000 emplois par an, ce qui nécessite un taux annuel de croissance économique de 7 à 8%, qui pour être atteint, nécessite à son tour deux fois plus d’investissements et un Produit Domestique Brut de l’ordre de 17% à 35%. Ces pourcentages ne peuvent être atteints sous le régime actuel et son économie planifiée. Seul un secteur privé fort et modernisé peut permettre d’accéder à ces objectifs, insiste Succar. Or ce secteur privé fort ne pourra voir le jour qu’avec l’intégration de la Syrie à l’économie mondiale.

Le Dr Succar affirme que " les investisseurs ne placent pas leur argent en Syrie car ils n’ont pas le sentiment qu’elle ait pleinement renoncé à son ancien régime. Une fois les changements escomptés effectués, le pays deviendra plus attractif. La Syrie est un pays riche en ressources naturelles et industrielles. Il existe des opportunités dans les domaines de l’agriculture, des services, de l’industrie, du tourisme, de l’information, et il n’y aucune raison pour que la Syrie demeure pauvre. "

La position du président Assad sur la réforme économique

Le Dr Succar pense que le président souhaiterait suivre le chemin emprunté par son père lors de son cinquième mandat : ses intentions sont bonnes mais il est conscient du fait qu’il ne pourra pas construire un meilleur avenir à son pays sur la base des structures archaïques existantes et de la politique en cours. Le fait est que les voix libérales demeurent faibles au sein de l’establishment politique. Ceux qui placent leurs espoirs dans le parti Baath au pouvoir, comme les bureaucrates, le secteur public, l’armée et les dispositifs de sécurité, se sentent menacés par une authentique réforme. Ils ne souhaitent donc pas en finir avec le débat sur la réforme… Le parti Baath au pouvoir, qui prétend appartenir à la famille socialiste, ne possède pas le courage et la vision nécessaires pour repenser son idéologie et sa politique, comme l’ont fait de nombreux autres partis socialistes dans le monde. " Je ne dis pas ", explique Succar, " qu’ils doivent changer de nom ou renoncer au socialisme ; je leur demande de définir le socialisme en termes de justice et d’égalité et de ne pas demeurer prisonniers d’un modèle économique inefficace. " La plupart des pays socialistes en Europe et en Amérique latine, et parfois même les partis communistes, ont réussi la transition, s’adaptant au monde moderne. " Le parti Baath syrien ", conclut le Dr Succar, " n’a pas osé affronter le défi, demeurant embourbé dans des idées et des programmes d’un autre temps. "

  1. Al-Thawrah, le 4 novembre 2002
  2. Al-Sharq al-Awsat, le 18 novembre 2002
  3. L’ironie du sort veut que le jour de la parution de l’interview de Succar, le quotidien syrien officiel Techrine ait publié un article sur " le 32ème anniversaire du glorieux mouvement réformiste — une stratégie limpide dans le domaine du développement global initiée par notre ‘guide immortel’ Hafez El-Assad "
  4. La capacité syrienne d’exportation de pétrole se trouve renforcée par l’arrivée de pétrole irakien (par le pipeline Karkuk-Banias, en infraction avec les sanctions de l’ONU imposées à l’Irak).

 

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