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Moyen-Orient / Rapport économique

Le 28 octobre 2002 N° 35

Nouvelles économiques régionales

Données sur le pétrole

Par le Dr Nimrod Raphaeli *

L’Institut Baker publie un rapport détaillé sur l’énergie

L’Institut James Baker de Houston pour la Politique publique a publié un rapport détaillé sur les "tendances politiques, économiques, sociales, culturelles et religieuses au Moyen-Orient et dans le Golfe et leur impact sur l'approvisionnement, la sécurité et le prix de l’énergie." (1)

  

Le rapport indique que "les attentats du 11 septembre... ont conduit Washington à revoir ses relations avec certains gouvernements et à prévoir des stratégies plus générales, notamment dans le domaine de la sécurité de l'énergie." Il précise ensuite que l'administration américaine "développe de nouvelles relations qui auraient semblé inconcevables avant le 11 septembre, tandis que des liens de longue date avec certains alliés sont remis en question. Les événements de l'année passée vont vraisemblablement influencer le discours international sur plusieurs points, notamment les questions de géopolitique pétrolière." Le journal Al-Hayat, édité à Londres, rapporte que l'étude a été publiée lors d'une rencontre historique entre des compagnies pétrolières américaines et russes à Houston. L'Amérique a fait part de son intention de diversifier ses sources d'approvisionnement en pétrole, et la question du pétrole irakien a été soulevée.

 

Parallèlement, le rapport reconnaît le rôle crucial joué par l'Arabie Saoudite, pays qui détient les plus importantes réserves de pétrole au monde, répondant à l'heure actuelle à 10% de la demande mondiale en pétrole. D’autre part, l'Arabie Saoudite possède aussi les plus importantes réserves de pétrole non encore exploitées. Le rapport indique que l'Arabie Saoudite "est le seul pays capable de remplacer, sans grand délai, les exportations de n’importe quel petit ou moyen producteur de pétrole." A la condition qu'elle en ait la volonté politique, et que cela soit dans son intérêt national, l'Arabie Saoudite pourrait utiliser à tout moment sa capacité de production inexploitée à stabiliser le marché du pétrole. (2)

 

La Russie pourrait toutefois devenir un concurrent sérieux pour l’Arabe Saoudite sur le marché américain du pétrole. Cependant, le contexte des investissements en Russie reste très défavorable. La collaboration russo-iranienne en matière d'énergie nucléaire pourrait bien dissuader les USA d'ouvrir leur marché au pétrole russe. (3)

 

Selon le rapport de l'Institut, la finalisation d'un certain nombre de projets en cours augmenterait la capacité de production des pays de l'OPEP, de 29,5 millions de barils par jour à 36,4 millions en 2005 et, si les pays de l'OPEP parviennent à attirer les compagnies pétrolières internationales, la production pourrait même atteindre 44 ou 45 millions de barils par jour en 2010. Parallèlement, la demande de pétrole passerait de 76,4 millions de b/j en 2001 à 95,8 millions de b/j en 2010, et à 114,7 millions de b/j en 2020.

Attirant l’attention sur le danger d'une monopolisation de la production de pétrole par un petit nombre de pays, l'Institut Baker recommande les choix politiques suivants:

 

* Etendre et restructurer l'Association Internationale de l'Energie (organisation internationale de consommateurs située à Paris) afin de mieux contrer l'influence à court terme de l'OPEP, notamment grâce à l’association avec de grands consommateurs asiatiques comme la Chine et l'Inde, pays qui envisagent la création de réserves nationales de pétrole dans un but stratégique.

* Encourager les investissements dans des ressources de pays non-membres de l'OPEP

* Développer et utiliser des énergies de remplacement

* Améliorer le rendement énergétique

*Maintenir les taxes sur l'essence et les autres produits pétroliers même en cas de hausse de prix. (4)

 

L'OPEP dépasse ses quotas de production 

Les membres de l'OPEP continuent d'ignorer les quotas de production fixés par le cartel du pétrole. En septembre, les 10 pays membres de l'OPEP (l'Irak, onzième pays membre, n'est pas actuellement inclus dans le système de quotas) ont produit une moyenne de 24,1 millions de b/j, ce qui représente un dépassement de 2,4 millions de b/j.

On rapporte que l'Arabie Saoudite a dépassé son quota de 1,07 millions de b/j, en plus des 210 000 b/j produits dans le champ de pétrole d’Abu-Sa'fa situé non loin de la frontière du Bahreïn. (5) L'Arabie Saoudite nie tout dépassement. (6)

 

Les Etats-Unis détournent leur attention du pétrole moyen-oriental pour s’intéresser au pétrole africain 

Afin de diversifier leurs sources d'approvisionnement, les Etats-Unis détournent leur attention du Moyen-Orient pour s’intéresser à l'Afrique. Actuellement, les Etats-Unis importent 15% du pétrole dont ils ont besoin d'Afrique et souhaiteraient atteindre les 25%. En plus du Niger, fournisseur traditionnel des Etats-Unis, le Gabon, l’Angola, Sao Tome & Principe ainsi que la Guinée équatoriale pourvoiront largement les Etats-Unis en pétrole grâce aux réserves récemment découvertes dans ces pays. Le Niger excepté, aucun pays africain producteur de pétrole n'est membre de l'OPEP, et la majorité des forages sont réalisés par des compagnies pétrolières américaines telles que Exxon Mobile et Chevron/Texaco. Le coût de transport de l'Afrique de l'Ouest à l'Est des Etats-Unis sera inférieur à celui du transport de pétrole en provenance des pays du Golfe. (7)

 

Le Directeur Général de Jordan Invest, Henry Tawfik Azzam, écrit dans Al-Hayat que "le pétrole est la raison principale de la guerre contre l'Irak." Il affirme que si les Etats-Unis parviennent à opérer un changement de régime en Irak, ils pourront aider l'Irak à ramener assez rapidement sa production à 2,5 millions de b/j et à atteindre, en 5 ans, le niveau antérieur à la guerre du golfe (4 millions de b/j). Une réelle entrée de l'Irak sur le marché du pétrole permettrait aux Etats-Unis de faire pression sur les pays du Golfe pour qu'ils modifient leurs régimes.

 

D. Anas Al-Hajji, professeur d'économie spécialiste des questions d’énergie à l'université de l'Ohio, rejette les arguments d'Azzam : premièrement, la tentative américaine de diversifier ses sources d'approvisionnement figurait dans le programme du président Bush 6 mois avant les événements du 11 septembre. L'hypothèse selon laquelle les Etats-Unis compteraient sur le pétrole irakien contredit leur politique déclarée de diversification. Si la guerre contre l’Irak doit être menée pour des raisons d’énergie, les Etats-Unis ne seront pas prêts à dépenser une somme estimée à 100 milliards de dollars, ni à risquer la vie de nombreux soldats américains. Il leur suffirait de lever l'embargo sur la Libye, le Soudan, l'Iran et l'Irak pour obtenir tout le pétrole nécessaire. En outre, l'Irak a annoncé quelques jours plus tôt que les contrats signés avec les compagnies pétrolières américaines en 1987 demeuraient valides, ce qui permet à ces compagnies d’investir sans recourir à la guerre. En fait, les Etats-Unis se trouvent actuellement dans une situation idéale non seulement pour contrôler le pétrole irakien mais aussi ses importations dans le cadre du programme "pétrole contre denrées alimentaires". (8) [Ce programme permet à tout membre permanent du Conseil de sécurité de suspendre ses contrats d'acquisition.]

 

Lien entre les éventuels dégâts en Irak et le prix du pétrole 

Shakib Khalil, ministre algérien de l'Energie, prévoit une fluctuation du prix du pétrole en fonction de l’ampleur des dégâts en Irak (dans l’éventualité d'une intervention militaire). Il reste cependant confiant dans le fait que, comme en septembre 2001, la flambée des prix du pétrole serait temporaire vu que l'OPEP s'est engagée à maintenir la stabilité des prix par un accroissement de la production.

 

M. Khalil reconnaît que l'Algérie a dépassé son quota de production, lequel lui a été imposé par le cartel du pétrole, mais affirme que cette surproduction n'a pas affecté le cours du pétrole dont le plafond se maintient autour des 28$/ baril fixés par l'OPEP. (9) [L'OPEP s'est engagée à augmenter sa production si le prix dépassait les 28$/baril pendant 20 jours consécutifs.]

 

L'Irak exporte davantage de pétrole en Syrie

Tout en annonçant que son pétrole ne sera plus surtaxé, l’Irak continue d'exporter du pétrole, enfreignant ainsi les sanctions de l’ONU. L'Irak exporte 200 000 b/j vers la Syrie et, si l’on en croit l’activité sur le terrain, comptait augmenter ses exportations pour atteindre les 250 000 b/j en octobre.

 

La Syrie [membre du Conseil de sécurité] soutient qu'elle ne faisait que tester le pipeline qui transporte le pétrole irakien. L’écoulement du pétrole irakien permet à la Syrie d'exporter l'intégralité de sa production de 600 000 b/j au prix fort du marché tandis qu'elle achète le pétrole irakien à prix réduit [aucune information fiable n’est disponible concernant la nature de l'accord commercial entre les deux pays]. (10)

 

D'autre part, les exportations pétrolières irakiennes ont récemment diminué en raison de la réticence des compagnies américaines à acheter du pétrole irakien, et ce malgré le fait que, par le passé, de telles transactions étaient réalisées par l'intermédiaire d'agents commerciaux. Certains experts affirment que parmi les cinq grandes compagnies américaines à avoir acquis du pétrole irakien l'année dernière, seules deux continuent de le faire, et uniquement pour approvisionner leurs raffineries situées en Europe. (11)

 

En conséquence de cette baisse des exportations de pétrole, les Nations unies ont déclaré que le programme "pétrole contre denrées alimentaires" était menacé de crise financière. (12)

 

Les recettes pétrolières pourraient financer la reconstruction de l'Irak 

A la différence de l'Allemagne et du Japon dont la reconstruction, à l’issue de la deuxième guerre mondiale, a incombé aux puissances victorieuses, et principalement aux Etats-Unis, la reconstruction de l'Irak post Saddam pourrait se faire grâce à ses propres revenus, générés par la vente de pétrole. L'Irak, qui arrive en deuxième place des plus importantes réserves de pétrole connues au Moyen-Orient, exporte en moyenne 2 millions de b/j dans le cadre du programme "pétrole contre denrées alimentaires" [qui viennent s'ajouter à un demi-million de b/j vendus à la Jordanie à prix très réduit et au pétrole frauduleusement vendu à la Syrie, la Turquie et d’autres pays encore]. L'Irak pourrait accroître sa capacité de production d'un million de b/j après la remise en état indispensable de ses installations pétrolières. Ainsi, l'Irak pourrait générer des recettes d'un montant de 20 milliards de dollars annuels, lesquels pourraient doubler une fois recouvrée la pleine capacité de production de l’Irak (5 millions de b/j). Tous ces calculs perdraient leur sens si Saddam Hussein venait à incendier les puits de pétrole irakiens, comme il l’a fait au Koweït. (13)

 

Le coût de transport du pétrole connaît une augmentation 

Le coût de transport du pétrole du Golfe vers l'Asie du Sud Est a récemment augmenté de 17%. Cette augmentation est attribuée à divers facteurs - primes d'assurances plus élevées, nombre insuffisant de pétroliers, l'explosion dans le pétrolier français au Yémen, les tensions croissantes au Moyen-Orient. (14)

 

Or on impute le faible nombre de pétroliers à l’utilisation croissante qu’en font certains producteurs pour stocker du pétrole et former ainsi des réserves stratégiques. (15) Le Koweït à lui seul a loué 10 pétroliers géants pour y stocker 15 millions de barils, dont 1 million pour assurer le ravitaillement de ses stations de distribution en Europe, qui portent la marque Q8. (16)

 

  1. Le rapport, publié en septembre 2002, a paru graduellement dans le quotidien Al-Hayat les 8, 9 et 10 octobre 2002.
    (2) Al-Hayat, 8 octobre 2002.
    (3) Al-Hayat, 9 octobre 2002.
    (4) Al-Hayat, 10 octobre 2002.
    (5) Al-Watan (Koweït), 2 octobre 2002.
    (6) Al-Qods Al-Arabi, 10 octobre 2002.
    (7) Al-Qods Al-Arabi et Al-Hayat, 2 octobre 2002.
    (8) Al-Hayat, 11 octobre 2002.
    (9) Al-Hayat, 16 octobre 2002.
    (10) Al-Hayat, 28 septembre 2002.
    (11) Al-Qods Al-Arabi, 16 octobre 2002.
    (12) Al-Jazirah (Arabie Saoudite), 27 septembre 2002.
    (13) Al-Qods Al-Arabi, 10 octobre 2002, Al-Hayat, 11 octobre 2002.
    (14) Al-Qabas (Koweït), le 2 octobre 2002.
    (15) Al-Hayat, 12 octobre 2002.
    (16) Al-Qabas, 4 octobre 2002.

 

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