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Le 14 juillet 2002 - N° 102

Arabie Saoudite : l’organisation de l’oligarchie royale

Par le Dr Nimrod Raphaeli*

Un gouvernement oligarchique est constitué d’un petit groupe de personnes gouvernant le pays à des fins généralement égoïstes et corrompues. En Arabie Saoudite, ces quelques personnes sont les princes descendant du fondateur du royaume saoudien moderne, le roi Abd El-Aziz Ben Saoud qui, à son décès en 1953, laissa derrière lui 44 fils (et un nombre de filles indéterminé), enfantés par 17 épouses.

L’oligarchie du royaume saoudien, (1) dont les membres descendent du fondateur polygame d’Arabie Saoudite, est une forme d’oligarchie unique et sans précédent. Les princes au pouvoir considèrent les ressources pétrolières du pays comme leur bien personnel, certains étant réputés pour leur style de vie fastueux et la dilapidation inconsidérée des richesses du pays.

Selon le Programme de développement des Nations unies, le produit national brut (PNB) par habitant en Arabie Saoudite est passé de 18 604 dollars en 1980 à 10 815 dollars en 1999. (2) En monnaie constante, le PNB par habitant en 1999 n’était que de 6 900. (3) Les travailleurs immigrés en Arabie Saoudite, évalués à environ quatre millions, une armée de domestiques en tous genres compris (bonnes, chauffeurs, autres serviteurs), ont transféré près de 70 milliards de dollars à leurs pays d’origine ces cinq dernières années. (4)

La succession

L’Arabie Saoudite moderne a été fondée par le roi Ben Saoud en 1932. Depuis le décès de ce dernier, quatre de ses fils ont régné successivement sur le pays. Saoud, fils aîné de Ben Saoud, a été couronné le premier, suivi de Fayçal en 1964. Khaled a succédé à Fayçal après l’assassinat de ce dernier par un de ses neveux en 1975. En 1982, Fahd, actuel roi du pays, a remplacé Khaled.

L’héritier au trône est choisi par la famille royale selon des critères inconnus. L’élu reçoit le titre de " prince héritier " ainsi que le poste de vice Premier ministre au cabinet du roi jusqu’à ce qu’il devienne lui-même roi. Le prince Abdallah ben Abd El-Aziz est actuellement prince héritier. S’il devenait roi, il serait le cinquième fils du patriarche Ben-Saoud à monter au trône.

Le roi Fahd a nommé ses six frères (les sept frères étant connus sous le pseudonyme des " Sept Soudairi ") aux postes clés du royaume : (5)

- Fahd Ben Abd El-Aziz : roi

Les Sept Soudairi forment le cœur de l’oligarchie royale d’Arabie Saoudite. Ils sont soutenus par une coterie de princes, pour la plupart descendants de l’un des quatre rois à avoir régné sur l’Arabie Saoudite ces 70 dernières années. Certains de ces princes, en tant que gouverneurs des provinces, sont des figures très puissantes. Chaque province est appelée " imarat " et est une principauté dirigée par un émir (prince) qui détient le pouvoir sur la principauté. En l’absence de corps élus, l’autorité du prince est suprême, ce dernier n’étant pas responsable devant la population. D’autres princes contrôlent les ministères liés à la sécurité, comme les ministères de la Défense et de l’Intérieur, ainsi que la Garde nationale.

Les deux exceptions sont le ministère des Finances et celui du Pétrole, traditionnellement confiés à des personnes n’appartenant pas à la famille royale. Dans le cas du ministère des Finances, il se peut que cet arrangement ait été décidé par l’oligarchie elle-même afin d’empêcher les princes rivaux ou la famille immédiate de contrôler les finances du royaume. Le budget du royaume est approuvé par le Cabinet mais il semble qu’il n’y ait aucun contrôle strict des dépenses, vu la multitude de dons faits par le roi ou les grands princes à toutes sortes de causes. Si le pétrole est la principale source de revenus du royaume, le ministère du Pétrole est aussi dirigé par une personne extérieure à la famille royale. Du point de vue saoudien, il s’agit là d’un ministère à caractère " technique", et toutes les décisions politiques concernant le niveau de l’offre, lequel influe sur la fixation du prix du pétrole, ou la position devant être prise aux réunions de l’OPEC, sont faites par le roi et son ministre.

Les sept frères détiennent toujours une grande partie du pouvoir politique. Cela dit, six des frères ont environ 70 ans tandis que le roi Fahd en a lui-même 82. On peut raisonnablement penser que dans un assez proche avenir, une nouvelle génération de princes, dont le prince Bandar Ben Sultan, ambassadeur d’Arabie Saoudite aux Etats-Unis, entreront en rivalité pour obtenir les postes clé du pouvoir. Ces rivalités pourraient avoir un effet déstabilisant et peut-être même brutal.

Les princes en affaires

Nombreux sont les princes à avoir considérablement augmenté leur fortune grâce aux affaires, lesquelles ont souvent été subventionnées par l’Etat, comme les gros contrats de construction et autres monopoles. Mais on parle peu de ces princes dans la presse, le prince Walid Ben Talal mis à part, ce dernier faisant partie des personnes les plus riches au monde.

Tableaux de l’oligarchie royale :

Tableau I : Le monarque et ses députés

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Tableau II : Les membres de la famille royale du Cabinet et leurs adjoints

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Tableau III : La structure du gouvernement au niveau des provinces (imarats ou principautés)

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Tableau IV : Les autres postes réservés aux princes

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* Le Dr Nimrod Raphaeli est chargé des analyses du programme d’études économiques du Moyen-Orient pour MEMRI.

 

  1. Les tableaux se basent sur un grand nombre de données issues des quotidiens d’Arabie Saoudite, et plus particulièrement d’Okaz et Al-Riad ; elles nous ont permis de restituer une image de l’organisation de la famille oligarchique saoudienne et des ministères clé, des principautés et des agences qu’elle contrôle directement. Les tableaux ci-joints sont assez complets pour ce qui est des échelons supérieurs du pouvoir. Ils comprennent les noms de 66 princes (plus le roi), le plus souvent mentionnés dans les journaux à côté des fonctions qu’ils occupent ou pour leur participation à des cérémonies officielles, telles les réceptions ou les départs du roi ou de l’un des grands princes dans les aéroports. Ils sont également mentionnés dans le cas de traitements suivis à l’étranger, à l’occasion de dons effectués, ou dans des annonces personnelles d’une page entière où l’un des grands princes présente ses condoléances à une famille endeuillée, en général une famille riche et imposante qui pourra se permettre de financer l’onéreuse annonce de " remerciements ". Les tableaux indiquent clairement l’étendue du pouvoir de l'oligarchie dans les domaines clé de l’Etat saoudien. Ils montrent comment une oligarchie d’une soixantaine de princes n’ayant de comptes à rendre à nul autre qu’eux-mêmes contrôle la vie et le bien-être de 22 millions de saoudiens. A l’exception des ministères des Finances et du Pétrole, les ministères ne sont mentionnés que rarement et superficiellement dans les journaux saoudiens.
  2. UNDP, Human Development Report, Oxford University Press, 2001, p. 179.
  3. World Bank Atlas, 2001, p. 45
  4. Al-Jazirah (Arabie Saoudite), le 28 juin 2002
  5. www.desert-voice.net/new_page_3.htm

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