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Enquête et analyse / Djihad et terrorisme / Autorité Palestinienne

Le 07 juillet 2002 - N° 100

Débat palestinien sur les opérations ""martyre""

1ère partie : Dissensions au sein de l’Autorité Palestinienne

Dernièrement, certains responsables de l’Autorité Palestinienne ont clairement condamné les opérations ""martyre"". Pourtant, l’Autorité Palestinienne n’a pas, jusqu’à présent, émis de décision unanime sur la question. Le débat en son sein oppose ceux qui condamnent sans ambages ces opérations à ceux qui préféreraient les restreindre aux territoires occupés depuis 67. D’autres encore appellent à les poursuivre sans limitation.

Appels à la cessation des opérations "martyre"

Le président de l’Autorité Palestinienne Yasser Arafat a plusieurs fois demandé de mettre un terme à ces opérations. Dans un discours prononcé le jour de la Nakbha (le 15 mai 2002), il a déclaré : " Nous affirmons aujourd’hui notre refus des opérations perpétrées contre des civils israéliens… L’opinion palestinienne et arabe est convaincue qu’elles ne servent pas nos intérêts. Elles engendrent des désaccords [avec la communauté internationale] et rallient des pays contre nous. Vous savez mieux que moi que ces actions sont cause de dissensions. Souvenons-nous de l’accord de Houdaïbiya… " (1)

A la suite des deux attentats "martyre" perpétrés à Jérusalem en juin 2002, Arafat a réitéré sa position. (2)

D’autres responsables palestiniens ont aussi réprouvé les opérations "martyre", encourageant une Intifada populaire non armée. Le nouveau ministre de l’Intérieur de l’Autorité Palestinienne, Abd El-Razzaq Al-Yahya, a rappelé au cours d’un symposium à Gaza que dès septembre 1998, il avait invité par écrit à éviter la confrontation armée avec Israël, lui préférant une stratégie de soulèvement populaire : " Le caractère actuel de la résistance n’apporte aucun résultat stratégique, au contraire. Il engendre pertes et dégâts et renforce le désir de vengeance, les sentiments de haine et d’inimitié entre Palestiniens et Israéliens. Qualifier la résistance palestinienne armée de dissuasive, c’est faire de belles phrases sans fondement car une telle dissuasion n’existe que quand les deux parties possèdent des armes de destruction de masse. " (3)

Nabil Amru, ancien ministre des Affaires parlementaires, a révélé au quotidien Al-Qods : " …Il est évident que je ne suis pas pour les opérations "martyre". Il ne m’est pas permis de me réjouir du fait que les fils de mon peuple se fassent sauter de cette manière. Je ne pourrais pas envoyer mes fils perpétrer de telles opérations. En outre, la réalité politique tout comme la direction palestinienne découragent de telles opérations… " (4)

Mamduh Nofal, conseiller d’Arafat pour les Affaires militaires, a suggéré d’évincer le Hamas des " forces palestiniennes nationales ", vu que ce mouvement a dépassé toutes les limites en enfreignant les règles communes érigées par les forces palestiniennes. Nofal a accusé le Hamas de tout faire pour détruire le processus de paix et l’Autorité Palestinienne en prenant pour cible les civils israéliens, attitude qui justifie les incursions de Sharon, lui permettant de bénéficier du soutien de la Maison blanche ainsi que de celui, non-officiel, de certains pays arabes. (5)

Des appels à poursuivre les opérations "martyre"

Le vice-ministre des cultes de l’Autorité Palestinienne et officiant à la mosquée d’Al-Aqsa, le cheik Youssef Juma Salamah, a déclaré dans un sermon du vendredi : " L’équation entre opérations "martyre" et terrorisme (par les Américains) est fausse et diffamatoire. Le peuple palestinien… n’a pas d’autre façon de se défendre, de défendre sa terre et son honneur. Si ces actions effraient les Juifs, qu’ils se retirent donc des terres palestiniennes. Les opérations "martyre" et la résistance armée cesseront puisqu’elles n’auront plus lieu d’être. L’Amérique et le monde entier devraient comprendre que l’oppression exercée par l’occupation ne peut que s’éteindre… Je rappelle que la résistance armée continue. Notre peuple tient bon. Toutes ses factions religieuses concordent sur la nécessité de la résistance armée face à l’occupation israélienne, quelle que soit le nombre de victimes. Le peuple palestinien dans son ensemble soutient ses dirigeants dont le seul but est de mettre fin à l’occupation et de créer un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale. " (6)

Des appels à limiter les opérations aux territoires de 67

Le Secrétaire du Cabinet palestinien, Ahmed Abd El-Rahman, a affirmé : " Les opérations "martyre" sont la plus noble, la plus élevée des formes de combat que le peuple palestinien ait créées… Cependant, elles devraient se limiter aux territoires palestiniens occupés au-delà des frontières de juin 67. " (7)

Le ministre de la Planification et de la Coopération régionale, Nabil Chaath, a émis un avis similaire : " Nous soutenons les opérations "martyre" comme celles de Jénine, lesquelles avaient pour but de faire face à l’agression israélienne, ou de Khan Younès, où les hommes se sont ceints d’explosifs, prêts à se faire sauter devant les tanks de l’invasion israélienne. " (8)

L’ancien conseiller d’Arafat, Bassam Abou Sharif, a précisé dans un article que les opérations "martyre" devaient éviter de prendre les civils pour cible et n’être dirigées que contre les soldates et les colons : " Cessez ces opérations parce qu’elles causent un tort considérable aux intérêts palestiniens et procurent un alibi à Sharon et son gouvernement sur la scène internationale. La résistance à l’occupation doit avoir recours à tous les moyens, excepté aux opérations "martyre" dirigées contre les civils. Il est temps que les Palestiniens condamnent ces opérations, afin de servir leurs intérêts supérieurs. " (9)

Le directeur général du ministère palestinien de l’Information, Hassan Al-Kashef, a vanté dans sa chronique du quotidien de l’Autorité Palestinienne Al-Hayat al-Jadida les attentats perpétrés dans l’implantation Andora (au sud de Hébron), selon lui " un exemple " de ce que devrait être la résistance palestinienne : " Le succès de l’opération militaire d’Andora tient du fait que la réaction palestinienne est intervenue où il fallait quand il fallait… Elle a réduit à néant les déclarations de Sharon et Bush vu qu’elle ne prenait pas pour cible des civils se trouvant dans un restaurant ou un hôtel…" (10)

La position des dirigeants du Fatah

On distingue deux courants parmi les dirigeants du Fatah : le premier pose des conditions à la cessation des opérations "martyre" alors que le second ignore totalement la position d’Arafat, avançant que ce dernier " ne contrôle plus la branche militaire du Fatah ".

Dans un entretien publié par l’hebdomadaire arabe israélien Al-Sinara, le Secrétaire général du Fatah pour la rive occidentale, Hussein Al-Cheik, affirme que certaines des opérations " n’ont pas eu lieu au bon moment ni au bon endroit ", ajoutant que " Sharon est responsable de l’escalade et de la réaction palestinienne. La balle ne devrait pas se trouver dans le camp palestinien ". (11)

Le quotidien londonien Al-Hayat rapporte une déclaration du Fatah en faveur de l’arrêt des opérations "martyre" en Israël à deux conditions : la fin définitive de la présence israélienne dans les territoires de l’Autorité Palestinienne et la suspension par Israël de sa politique d’assassinats. Parallèlement, Al-Cheik exige la poursuite de la résistance armée au-delà des frontières de 67. (12)

Hatem Abd El-Qader, membre du Conseil législatif palestinien et de la direction du Fatah, a ajouté d’autres conditions : " Il serait possible de déployer des efforts concrets pour mettre fin à ces opérations si Israël s’engageait à respecter les modalités suivantes : d’abord, mettre un terme à l’agression contre le peuple palestinien, c’est-à-dire aux incursions. Ensuite, se retirer des territoires palestiniens occupés. Troisièmement, lever le siège des prisons palestiniennes où sont enfermés des Palestiniens. Quatrièmement, libérer les prisonniers. Cinquièmement, la communauté internationale devrait donner aux Palestiniens des garanties quant à leur droit d’action au-delà des frontières de 67… Sans tout cela, il sera difficile de limiter les opérations. Personne ne pourra le faire tant que continuera l’agression israélienne. Et celui qui prétend que les opérations peuvent prendre fin dans une atmosphère inadaptée rêve, à moins qu’il ne délire. " Abd El-Qader a aussi expliqué pourquoi les membres du Fatah ne s’alignaient pas sur la position d’Arafat (proscrivant les attentats "martyre") : " Les Brigades des martyrs Al-Aqsa, branche militaire du Fatah, ne sont pas soumises aux décisions centrales du pouvoir politique… Arafat ne les contrôle plus. Israël seul est responsable [des événements]. " (13)

 

  1. Al-Ayam (Autorité Palestinienne), le 16 mai 2002. Dans son discours, Arafat s’est étendu sur l’accord signé entre le prophète Mahomet et ses rivaux de la Mecque - en 628 - pour une période de 10 ans, accord qui est devenu un précédent aux accords de paix temporaires conclus avec des non-musulmans.
  2. Al-Ayam (Autorité Palestinienne), le 20 juin 2002.
  3. Al-Hayat al-Jadida (Autorité Palestinienne), le 14 juin 2002.
  4. Al-Qods, le 29 mai 2002.
  5. Al-Hayat al-Jadida (Autorité Palestinienne), le 9 juin 2002.
  6. Le 13 juin 2002.
  7. Al-Ayam (Autorité Palestinienne), le 4 juin 2002. A une autre occasion Abd El-Rahman a déclaré : " J’appelle le Hamas à agir dans les territoires occupés en 67 et à cesser les opérations "martyre" à l’intérieur d’Israël… "
  8. Al-Qods (Autorité Palestinienne), le 31 mai 2002.
  9. Al-Sharq al-Awsat (Londres), le 2 mai 2002.
  10. Al-Hayat al-Jadida (Autorité Palestinienne), le 28 avril 2002.
  11. Kol al-Arab (Israël), le 24 juin 2002.
  12. Al-Hayat (Londres), le 9 juin 2002.
  13. Al-Sinara (Israël), le 21 juin 2002.

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