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Solidaires pour combattre le fascisme islamique

Alain Madelin -19 septembre 2001


Nous avions un ennemi. Mais nous ne voulions ni le voir ni le nommer. Les images terribles de ce mardi 11 septembre qui ont touché nos coeurs et marqué nos enfants pour longtemps viennent de mettre fin à cet aveuglement. Les actes de guerre de ce terrorisme de masse et la fureur barbare des commandos suicides portent la marque d'une nouvelle folie des hommes: le «fascisme islamique» qui défigure l'une des plus grandes religions du monde. Trop longtemps nous avons cru que ce terrorisme international était une affaire de police et de justice alors qu'il s'agissait avant tout d'une question politique.
Toutes les politiques étrangères de défense et de sécurité de l'ensemble du monde démocratique, à commencer par la France, sont à reconstruire. C'est d'ailleurs ce que nous aurions dû nous employer à faire - je n'ai cessé de le répéter - depuis la chute du mur de Berlin.
Il fallait mettre un terme aux liaisons dangereuses que nous avions entretenues, hier, avec un certain nombre de dictatures pour faire face à l'impérialisme soviétique, ennemi principal oblige. Il fallait faire face à la nouvelle menace que l'on voyait s'organiser avec ses foyers de terrorisme et de haine, ses lieux d'endoctrinement, ses écoles de commandos suicides, ses bases arrière. Nous connaissions les Etats qui hébergeaient, alimentaient, utilisaient ou finançaient ce terrorisme et ce nouveau fascisme.

Voici aujourd'hui l'Afghanistan des taliban qui abrite le quartier général de Ben Laden montrée du doigt par les responsables politiques du monde entier. Belle découverte! Depuis longtemps tous savaient. Et l'oppression du peuple afghan sous le régime criminel des taliban. Et la cruauté du sort réservé aux femmes. Et le risque de contagion intégriste de toute une région. Et l'installation des camps d'entraînement du terrorisme international sur un territoire transformé en place forte mondiale de la production et du trafic de drogue.
Mais, pas plus que nous n'avons voulu voir le Cambodge des Khmers rouges, nous n'avons voulu voir en face l'Afghanistan des taliban.

En 1980, j'étais aux côtés de la résistance afghane lorsque celle-ci s'organisait contre l'occupation soviétique. En 1999, j'étais aux côtés du commandant Massoud dans la vallée du Panshir pour soutenir sa lutte contre le régime des taliban. J'ai tenté de toutes mes forces de relayer en France et en Europe ses appels à l'aide et de me faire l'écho de ses mises en garde face au danger de ce nouveau terrorisme.
Le commandant Massoud vient de mourir assassiné. Abandonné. Son combat pour libérer les 17 millions d'Afghans du joug de 40 000 taliban était le nôtre, et nous aurions dû l'aider, fièrement, massivement.

Mais si Washington condamnait Ben Laden, c'était en ménageant le Pakistan, principal soutien des taliban. Londres accueillait leurs foyers de propagande. Paris se réjouissait de voir le Pakistan devenu le deuxième client de nos ventes d'armes. Le Quai d'Orsay recevait le vice-ministre taliban des affaires étrangères! Et les portes de l'Elysée sont restées closes en avril dernier, lorsque j'ai demandé au président de la République de recevoir le commandant Massoud venu en France nous alerter et chercher notre soutien.
Ce mardi 11 septembre est venu nous rappeler notre inconscience, notre complaisance, nos atermoiements, notre mollesse et nous dire qu'il n'est que temps de réagir enfin. Avant qu'il ne soit trop tard, car il est impossible d'exclure aujourd'hui que des armes bactériologiques, chimiques ou nucléaire puissent enrichir, demain, l'arsenal de ce nouveau terrorisme.

Ce n'est pas le peuple américain qui était visé mais le symbole de liberté et de démocratie que représente l'Amérique et que les terroristes ont voulu frapper le plus cruellement possible. Ils ne se sont pas attaqués à l'Amérique pour ce qu'elle a fait ou ce qu'elle n'a pas fait, mais pour ce qu'elle est.
Qu'on ne dise pas que l'enlisement des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens explique de tels crimes. Les actes de terrorisme que ce fascisme islamique mène depuis longtemps au Proche-Orient ne visent pas à obtenir la paix mais à empêcher celle-ci à nourrir le ressentiment du monde arabe et aboutir à la disparition pure et simple de l'Etat d'Israël.

Mais, au-delà de l'Amérique et d'Israël, ce que ce fascisme islamique ne tolère pas, ce qu'il veut détruire, c'est l'image de modernité, d'ouverture, de tolérance, de protection des droits humains fondamentaux et de dignité de la femme que portent nos sociétés démocratiques.

Cette image-là est une menace pour leur pouvoir religieux ou politique. Il ne faut pas s'y tromper, tous ces appels à la guerre sainte ne servent qu'à justifier ou à prolonger des pouvoirs illégitimes, et despotiques, à opprimer les peuples et à les maintenir dans l'ignorance et dans la misère. On ne choisit pas ses ennemis: ce sont eux qui nous choisissent.

Dans notre riposte, nous ne devons pas nous tromper d'adversaire. Ce n'est pas une guerre de civilisations comme l'évoquent un peu trop facilement certains commentateurs. Ce n'est pas davantage un combat du Nord contre le Sud, des pays riches contre les pays pauvres. Ce n'est pas une révolte de l'islam contre le reste du monde, ni une guerre de religion. C'est une guerre menée au sein de l'islam par une minorité d'intégristes fanatiques qui cherche par un discours de haine et par la manipulation des symboles à entraîner les masses arabes.
S'il faut dire très haut et très fermement «non à l'amalgame» de ce nouveau fascisme avec l'islam, il appartient au monde musulman politique et religieux de le dire encore plus haut et encore plus fermement.

Ce fascisme islamique peut détruire, mais il est incapable de construire. Il est d'ores et déjà condamné. Au XXe siècle, nous sommes venus à bout de deux totalitarismes bien plus puissants, le nazisme et le communisme, et, bien évidemment, le monde d'ouverture et de liberté qui se bâtit aujourd'hui aura raison de ce nouveau fascisme. Plus ou moins vite, plus ou moins douloureusement selon les choix politiques que nous ferons.

Ce mardi 11 septembre bouleverse toute la donne internationale. Une révision de nos choix politiques s'impose, autour de deux impératifs.
Premier impératif: une solidarité sans faille avec les Américains. Ce grand peuple s'est battu pour notre liberté, son épreuve est la nôtre. Menacés en commun, nous n'avons pas à marchander notre soutien à une riposte qui ne peut être que commune. Oui, il faut éliminer Ben Laden, détruire les bases arrière du terrorisme en Afghanistan. Il ne s'agit pas d'envahir l'Afghanistan contre le peuple afghan, comme certains le disent, mais de libérer ce peuple du régime taliban qui l'opprime. Bien entendu, une telle opération se doit d'éviter l'embrasement du Pakistan, la république islamique voisine, qui dispose de l'arme nucléaire, car il ne servirait à rien de déloger les taliban à Kaboul pour les installer à Islamabad.

Ne nous berçons pas cependant d'illusions: si le fascisme islamique est d'avance condamné par l'histoire, il ne sera pas pour autant facile à éliminer. Personne ne peut dire aujourd'hui si la riposte internationale sera efficace et rapide ou si elle mènera à de nouvelles vagues d'attentats. Personne ne sait le temps qu'il faudra pour démanteler tous les foyers de haine et de terrorisme, neutraliser tous les agents dormants de ce nouveau fascisme.
C'est pourquoi, à la facile solidarité des mots dans l'émotion, il va falloir ajouter la totale solidarité politique dans l'action.
Il ne faut pas que la solidarité de la France soit demain remise en cause par un retour de cet antiaméricanisme primaire qui a tant servi hier à aveugler l'opinion sur la nature des régimes communistes. Il ne faut pas non plus que la nécessaire riposte internationale soit affaiblie par un retour à ces habiletés coutumières de notre diplomatie qui, de l'Irak à la Syrie, nous ont conduits à une longue tradition de complaisance avec des régimes oppresseurs de leur peuple.

Se tromper d'adversaire, continuer d'alimenter l'antiaméricanisme ou manquer de solidarité dans la riposte serait faire le jeu du fascisme islamique.
Deuxième impératif: une révision complète de nos politiques étrangères, de sécurité et de défense. Si la France doit faire preuve d'une solidarité sans faille, elle doit aussi, avec l'Europe, se porter au premier rang de la construction d'un nouvel ordre international civilisé et équilibré. C'est ce que nous aurions dû déjà faire depuis longtemps. C'est l'exigence de l'après-11 septembre.
Cet ordre international ne peut se construire que sur la base d'une nouvelle alliance des nations démocratiques, unissant les vieilles nations démocratiques occidentales aux nouvelles démocraties du Sud et de l'Est. C'est sur cette base qu'il faut repenser toutes les structures internationales héritées de la guerre froide, en donnant à la nouvelle Russie démocratique toute sa part dans la construction de ce nouvel ordre international et dans la mise en place d'une sécurité commune.

Il va nous falloir réévaluer les menaces, repenser notre politique étrangère, revoir nos concepts de sécurité et de défense en internationalisant le renseignement et en rapprochant la sécurité intérieure de la sécurité extérieure. La France doit, notamment, se donner les moyens de démanteler sur son territoire les relais de cet islamisme fanatique.
Cette nouvelle alliance des nations démocratiques devra aussi décider d'une protection commune au moyen d'un bouclier antimissile, si le projet porté par les Américains paraît possible à mettre en oeuvre, car personne ne peut aujourd'hui exclure la perspective de menaces de fusées nucléaires ou bactériologiques aux mains d'Etats terroristes.

Dans ce nouvel ordre international, nous devrons appliquer ce que j'ai appelé le principe de «préférence démocratique». Les démocraties doivent cesser, et cela est tout particulièrement vrai pour la France, de soutenir, de consolider ou de faire ami-ami avec des régimes qui méprisent les droits humains élémentaires.
Ce serait assurément une faute grave aujourd'hui que de ne pas ouvrir la perspective de mettre les politiques étrangères de nos démocraties en conformité avec les valeurs que nous allons défendre en commun dans notre riposte à la tragédie du 11 septembre. Quelle serait la légitimité de cette riposte d'aujourd'hui si nous devions oublier demain ces mêmes valeurs pour d'autres peuples ou d'autres victimes?
Nous ne pourrons plus rester indifférents et immobiles face aux autres tragédies qui, de l'Algérie au Soudan - loin des télés, loin du coeur -, accumulent des dizaines ou des centaines de milliers de victimes.

Notre solidarité dans la riposte n'a de sens qu'à la condition de ne pas apparaître comme la seule vengeance d'un crime odieux perpétré sur le sacro-saint sol américain, mais comme l'affirmation d'une volonté forte de défendre en commun dans le monde les valeurs universelles que constitue le respect des droits fondamentaux de la personne humaine. C'est ce message qui est capable de parler aux peuples, de leur offrir un chemin et un espoir pour les sortir de la misère et de l'oppression.