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Quand Le Pen se confiait à un quotidien israélien

Adar Primor, journaliste au quotidien israélien Haaretz, a rencontré Jean-Marie Le Pen, le 18 avril, à son domicile. Le candidat du Front national, désormais présent au second tour de la présidentielle, s'exprime sur la France, mais aussi sur sa politique extérieure et sur le conflit israélo-palestinien. L'entretien est également ponctué des pointes d'humour acerbes qui contribuent à la célébrité du candidat d'extrême-droite. Un humour qui, selon le journaliste du Haaretz, "révèle bien la personnalité" de M. Le Pen. Exemple : "Un jour, raconte le président du Front national, une femme politique m'a reproché de la regarder durement. Je lui ai répondu : évidemment, Madame, vous regardez mon œil de verre".

Interrogé sur la montée de l'antisémitisme en France, M. Le Pen répond : "Il n'y a pas d'antisémitisme en France". Et l'affaire Dreyfus, demande le journaliste ? "L'affaire Dreyfus est un cas exceptionnel". Pareil pour Vichy, "un cas à lui tout seul", une période de l'histoire où la France "n'était pas responsable de ses crimes". Les accointances fascistes sont niées par M. Le Pen, pour qui, dans son mouvement, "il n'y a aucune mention fasciste ou national-socialiste". Pas d'antisémites non plus : "Je ne connais pas une personne au Front national qui aurait commis une action hostile à un Juif ou à une propriété juive". Finalement, les accusations d'antisémitisme portées contre la France sont dues aux médias. "Il y a, à mes yeux, une sympathie naturelle des Français pour Israël, mais elle a tendance à aller dans l'autre sens. (…) Le média français est pro-arabe pour deux raisons : la large présence de la communauté arabe en France et le fait que Sharon soit de droite".

Pourtant, le président du Front national nie l'existence d'un vote arabe en France, car "les habitants des banlieues qui commettent des violences ne votent pas". Et pour M. Le Pen, même si les musulmans ne sont pas militaires, "une personne en jeans peut devenir un soldat". "Je préfère le régime de Saddam Hussein, croit-il bon d'ajouter, à celui de l'Arabie saoudite". Pour mettre fin à ce qu'il appelle "le théâtre" de la guerre au Proche-Orient - parce que "les caméras sont partout" - M. Le Pen affirme que "tant que les Israéliens ne soutiendront pas l'armée, la bataille sera perdue". Et "l'histoire montrera si Sharon a eu tort ou raison".

Si, tout au long de l'entretien, le président du Front national semble avoir été sûr de lui, il aurait perdu son sang froid alors qu'on lui demandait de s'exprimer sur la torture pendant la guerre d'Algérie. "Durant ces moments qui sont très rares, relate le journaliste du Haaretz, c'est un Le Pen qu'on ignore qui remonte à la surface. Il perd son calme. Il fait des grimaces et il est presque en train de crier alors que ses mains s'agitent.""J'espère qu'à la fin, ils ne vont pas me mettre au peloton d'exécution", déclare, amusé, M. Le Pen, avant de répondre, non sans hypocrisie, à un questionnaire d'association d'idées. "Racisme : Je ne soutiens pas une théorie de la supériorité des races, mais il y a une différence entre les races". Derrière des "symboles" fort pratiques, viennent les drames de l'histoire : "Auschwitz : Un camp de concentration qui symbolise la persécution des Juifs. Les chambres à gaz : Une méthode d'extermination qui est devenue aussi un symbole de cette persécution". Mais M. Le Pen ne s'est pas contenu longtemps : "Le voile musulman : Il nous protège des femme laides".

Sylvie Chayette.
Traduit par Sylvie Chayette - Media Eyes