Paris le 23 janvier 2003

La propagande des juifs
Alain Legaret

Il y a quelques années, je me promenais au Caire en compagnie de mon ami égyptien Yasser, jeune juriste, qui me faisait découvrir son pays.

Après m’avoir montré le marché de Khan-el-Halili, la place Midhan-el-Tahryr et après nous être restauré au Felfela, nous discutions en longeant le Nil.

C’est alors que Yasser me dit : « tu vois ce pont ? Et bien, c’est ici que les Israéliens ont jeté les centaines d’Egyptiens dans le Nil. »

Après un léger moment d’hésitation, je lui demandais « Mais de quoi tu parles ? Je n’en ai jamais entendu parlé »

« Mais oui, me dit Yasser, tout le monde le sait ! C’est connu. Les soldats ont rassemblé les Egyptiens sur le pont, et ils les ont jeté pour qu’ils se noient dans le Nil »

« Mais Yasser, répliquai-je, les Israéliens ne sont jamais arrivés jusqu’au Caire ?»

Fronçant les sourcils, mon ami me dit : « Euh, oui., mais, mais c’est sûrement vrai. D’ailleurs ils le disent à la télé ! »

Nous décidâmes alors de clore le sujet. Je laissais Yasser avec ses doutes et moi, je comprenais les dégâts que la propagande peut causer.

D’ailleurs ils le disent à la télé !

Cette télé qui détient obligatoirement la vérité vraie. Toute autre source d’information qui la contredirait, ne relèverait plus que de la propagande militante et partiale.

Ces jours ci est sorti le film « Décryptages » de Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan qui remet sérieusement en cause le traitement de l’information sur le conflit du Proche-Orient.

Les critiques furent quasi-unanimes pour retourner les manipulations dénoncées dans le film contre ses réalisateurs. Solidarité journalistique ou auto-défense des médias mis en cause ? En tout cas, on n’a pas observé le moindre soupçon d’autocritique.

D’autre part, et avant même sa première projection publique, des dizaines de Yasser français exprimaient déjà leur avis négatifs, qualifiant de propagande, mensonges ou autres pitreries, ce documentaire qui contredit la version officielle française, et ce, sans pourtant connaître une seule personne l’ayant visionné.

Mais puisqu’ils le disent à la télé ! on vous dit.

Aujourd’hui, la majorité des actes antisémites en France ne peuvent être connus qu’en allant visiter des médias juifs.

Il en est de même pour connaître le point de vue israélien, qui ne serait guère différent de celui qu’adopteraient les bonnes consciences pacifistes si elles se trouvaient confrontées aux mêmes problèmes.

Quant à Sharon, il faut s’estimer heureux quand son nom n’est pas suivi de boucher, de soudard, ou de nazi. Et surtout se taire.

Tout ce qui peut venir des juifs ou autres défenseurs d’Israël ne peut être que suspect.

Un élu écologiste aurait d’ailleurs récusé récemment les propos d’un journaliste, sous prétexte qu’il était juif, donc douteux.

Certes, des membres de la communauté juive sont encore invités sur des plateaux de télévision, mais leurs propos sont souvent tronqués par la magie de savants montages, quand ils ne s’autocensurent pas eux-mêmes de crainte de passer pour des martiens.

Il y a de quoi se faire du souci quand on entend que la presse est dirigée par les politiques.

Ce n’est pas moi qui le dit mais un ancien Ministre, Claude Allègre, qui interpellait le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin lors de l’émission qui lui était consacrée en 2002 sur France 2, « 100 minutes pour convaincre ».

Il y a de quoi s’affoler quand la France réitère son attachement aux droits des Palestiniens qui ne sont en fait que des Jordaniens déguisés en peuple. Ce n’est toujours pas moi qui le dit mais Leïla Shahid, lors de son intervention du 30 Novembre 2002 à l’émission « Tout le Monde en Parle » sur France 2, qui nous apprenait que « la Cisjordanie n’était pas occupée avant 1967 ».

Et pourtant, il ne faut jamais remettre en cause la version officielle. Celle que l’on vous dit à la télé.

Les juifs doivent continuer à se laisser insulter et à se faire battre dans la rue en observant le silence. Ils doivent comprendre qu’ils ont l’exclusivité de la dignité.

« Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. » telle est la leçon inattendue à retenir de la projection de « Décryptages ».

Le président l’a affirmé : « La France n’est pas antisémite ».

L’Egypte non plus. Et ce n’est pas les trois douzaines de juifs qui restent entre le Caire et Alexandrie qui vous contrediront.

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