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La France refuse d´équiper Israël en lance-grenades lacrymogènes
JÉRUSALEM de notre correspondant

Vivement critiqué pour son « usage excessif de la force »et préoccupé par la dégradation de son image de marque, Israël a cherché à se procurer du matériel anti-émeutes moins dangereux que les balles, caoutchoutées ou non, qu´utilisent ses soldats dans la répression de l´Intifada. Une vingtaine de pays ont été approchés afin d´examiner le matériel de maintien de l´ordre le mieux adapté. Un seul – la France – possédait ce que recherchait Israël. Mais Paris a refusé l´autorisation d´exportation, obligatoire pour ce type de matériels, en invoquant, selon des sources israéliennes, « l´image de la France ».

Contrairement à la France, qui aligne CRS et gendarmes mobiles avec du matériel ad hoc, Israël ne possède pas de forces spécialisées dans le maintien de l´ordre. En cas de violences de la part de manifestants juifs, la police utilise quelques rares canons à eau, tire quelques grenades lacrymogènes et termine en faisant charger, matraque haute, quelques cavaliers. Les manifestants palestiniens étant implicitement perçus comme des soldats ennemis, c´est le plus souvent l´armée et ses méthodes d´intervention de guerre qui prévalent. Dans ce cas, l´usage des armes à feu est fréquent.

Depuis le 29 septembre, cette logique a fait 274 victimes, Palestiniens et Arabes israéliens confondus. Sous la pression de la réprobation internationale, Israël a enfin cherché à changer de méthode d´intervention. Comment tenir à distance une foule derrière laquelle s´abritent des tireurs isolés ? Une société française, Nobel Sécurité, a apporté sa réponse : des lance-grenades lacrymogènes de nouvelle technologie, capables de tirer ses projectiles à une distance de 150 à 200 mètres, soit le double d´un « lance-patates » traditionnel. La société produit également un engin monté sur véhicule, constitué de plusieurs tubes assemblés, sur le modèle des célèbres orgues de Staline de la deuxième guerre mondiale. C´est un véritable rideau de gaz réputé intraversable qui est alors lancé sur les manifestants.

En septembre, par l´intermédiaire de TAR Ideal Concept, société israélienne spécialisée dans la fourniture d´équipements policiers et militaires, plusieurs centaines de tubes accompagnés de plusieurs milliers de grenades ont été commandés à Nobel Sécurité pour évaluation. Si le produit donnait satisfaction, était-il précisé, 100 000 autres lance-grenades, pour une valeur de quelque 6 millions de dollars, devaient suivre. Mais à la demande du représentant du Quai d´Orsay, le comité interministériel pour l´exportation du matériel de guerre (CIEMG), duquel dépend toute autorisation d´exportation pour ce type de matériel, a mis son veto et le marché a été suspendu.

Comme c´est l´usage, Paris n´a fourni aucune explication. Mais dans les milieux officiels israéliens, où l´on n´a pas oublié la sortie de Jacques Chirac reprochant à Ehoud Barak le nombre de morts palestiniens, on y voit l´illustration de ce qu´un haut responsable appelle « le double langage de la France, qui nous somme de ne pas utiliser nos armes, mais bloque la livraison de moyens alternatifs ». Le dossier devrait être à nouveau évoqué lors de la prochaine visite d´Hubert Védrine en Israël, le 13 décembre.
Georges Marion
Le Monde daté du samedi 9 décembre 2000