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Pierre Caïn, INFO'SION (Jérusalem - capitale, Israël )

Le système de l'Autorité Palestinienne décortiqué par le Jérusalem Post

Encore très loin, les réformes palestiniennes
par Evelyn Gordon
The Jerusalem Post 1er juillet 2002

Traduction pour INFO'SION par NIcole - Esther Darmon
( Texte original après la traduction)





Le président des Etats Unis George W. Bush a le mérite d’avoir été le premier homme d’état à comprendre qu’une dictature Palestinienne susciterait la guerre plutôt que la paix et en conséquence à avoir pour objectif l’établissement d’une démocratie palestinienne plutôt qu’un simple état palestinien.

Cependant, sa conception repose malheureusement sur de fausses bases : à savoir qu’il soit possible de tenir des élections libres et loyales pour un nouveau leadership palestinien dans les quelques mois à venir.

N’importe qui, voulant comprendre pourquoi cette démarche est impossible devrait lire l’article du Dr. Daniel Polisar qui fait froid dans le dos, dans la dernière édition du Shalem Center's journal, Azure. Polisar est un expert renommé de la démocratie palestinienne (ou de son absence): De 1993 à 1996, il a dirigé l’organisation indépendante Peace Watch, le seul organisme israélien accrédité par l’Autorité palestinienne en tant qu’observateur aux élections de 1996.

L’article décrit les méthodes utilisées par Yasser Arafat pour empêcher des élections libres en 1996. Les mêmes problèmes existent encore de nos jours.

Le premier problème est l’absence d’une presse libre. A partir du moment où Arafat est entré dans les territoires en 1994, il s’est embarqué systématiquement et avec succès dans une campagne d’intimidation envers la presse relativement libre qui existait jusque là. Tout manquement à l'obéissance aux ordres de l’Autorité Palestinienne ( AP) entraînait des sanctions.

En l’occurrence, en juillet 1994, la police palestinienne a interdit la distribution du quotidien A-Nahar à Gaza et en a réduit sévèrement sa distribution en Cisjordanie. L’AP a justifié cette action dans un communiqué officiel, accusant la ligne éditoriale du journal d’aller à "l’encontre des intérêts nationaux du peuple palestinien. "

En novembre 1994, la police a interdit la distribution du journal Al-Quds pendant cinq jours parce qu’il rapportait qu’un rassemblement du Hamas avait attiré 12.500 participants, alors que le chef de la police de Gaza Ghazi Jibali, lui avait ordonné de publier un nombre inférieur à 5000.

En avril 1995, lorsque l’hebdomadaire Al-Umma a publié un éditorial attaquant la police de l’AP, celle-ci a fait une descente dans ses bureaux, lui a confisqué ses biens et incendié le bâtiment.

En mai 1995, un éditeur de Al-Watan a été condamné à deux ans de prison pour avoir "calomnié l’autorité nationale palestinienne ainsi que son système de sécurité"

En décembre 1995, l’éditeur Maher al-Alami du Al-Quds a été incarcéré pendant une semaine parce qu’il avait publié un article en page 8 alors que l’AP lui avait ordonné de l’imprimer en première page.

Dès janvier 1996, chaque journal qui fonctionnait encore régulièrement collait obligatoirement à la ligne d’Arafat. De plus, Arafat a démarré plusieurs nouveaux médias pour chanter ses louanges : Pendant qu’il créait officiellement des stations de radios et de télévisions qui répondaient directement de lui, il interdisait les stations de radios et de télévisions privées; de plus, les fidèles d’Arafat créèrent deux quotidiens " semi-officiels ", Al-Hayat al-Jadida et Al-Ayyam.

Aujourd’hui, la situation reste inchangée: Tous les médias palestiniens se plient volontairement ou par intimidation aux ordres d’Arafat. Dans de telles circonstances, comment un candidat d’opposition pourrait-il obtenir la médiatisation et la reconnaissance nécessaire pour se présenter ?

Un autre problème est celui du service de sécurité de l’autorité palestinienne.

Les différentes forces de police palestiniennes s’élèvent à environ 50.000 membres, faisant de l’AP ce qu’Amnesty International a défini comme "probablement le ratio de police le plus élevée au monde par rapport à sa population civile," environ un policier pour 50 habitants. Sans compter les milices semi officielles telles que le Fatah-Tanzim et les brigades des Martyres d’Al-Aksa.

Tous les services de sécurité, de la garde rapprochée d’Arafat qui sont ses partisans de la première heure dépendent directement de lui (ou, selon sa dernière "réforme," d’un de ses proche le plus fidèle, Abdel Razak al-Yahya). Pendant les huit dernières années, ces forces ont impitoyablement intimidé toute opposition potentielle à Arafat - opposants politiques, judiciaires, activistes des droits de l’homme – en appliquant les mêmes méthodes utilisées envers les médias.

Par exemple, lorsque qu’un juge de la Cour de la Sécurité d’Etat avait démissionné en 1995 en signe de protestation contre les procédures antidémocratiques de la cour, il a tout de suite été arrêté et interrogé.

Même si des observateurs internationaux arrivaient à empêcher ces forces de reproduire leurs méthodes d’intimidation de 1996 envers les électeurs pendant de nouvelles élections, l’AP auraient les mains libres aussi bien avant qu’après ces élections.

Dans de telles circonstances, il est difficile d’imaginer qu’un candidat pourrait s’opposer sérieusement à Arafat: Même si au départ il n’était pas découragé par ses menaces, qui voudrait reprendre un gouvernement dont les forces de l’ordre répondent au président sortant? De plus, combien de personnes prendraient le risque de voter pour un candidat d’opposition, sachant que le résultat sera annoncé publiquement dans chaque localité – et que les localités ayant remporté les élections feront l’objet de représailles de la part des bandits d’Arafat ?

Un troisième problème est le soutien au système économique. La pléthorique fonction publique établie par Arafat a toujours été le principal employeur de l’AP – mais " grâce " à l’effondrement de l’économie provoqué par l’Intifada, il en est maintenant virtuellement le seul. Les réformes envisagées par Bush comprennent nécessairement une rationalisation du système : Une économie ne peut pas fonctionner lorsqu’elle a un ministre directeur- général pour 19 (!) employés ou lorsque la signature du président est requise pour des dépenses aussi banales qu’un téléphone ou qu’un voyage en Jordanie.

Mais aujourd’hui, quand la plupart des revenus proviennent des fonctionnaires et qu’ils sont les seules sources de revenus pour leurs familles élargies, cela demanderait un courage et un sacrifice hors du commun pour voter contre le maintien de ces emplois.

Finalement, dans une économie où le secteur privé a toujours été insignifiant du fait que l’AP avait le monopole des subventions et maintenant qu’il a cessé virtuellement d’exister, aucun candidat d’opposition ne pourrait récolter les fonds nécessaires au financement d’une campagne électorale.

Il est impossible de reconstruire toute une économie, de démanteler une armée privée forte de 50 000 hommes et de rétablir une presse libre dans les six mois qui restent avant les élections prévues en janvier 2003. Et pourtant, sans ces mesures, de nouvelles élections n’ont aucun espoir de reproduire autre chose, que le même leadership.

L’auteur de cet article est une journaliste et une commentatrice avertie.



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