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L'eau, un des thèmes majeurs des trois enceintes mondiales à Johannesburg
Par Véronique Chemla pour Guysen Israël News
27 août 2002 / 10:12
Sujet traité en 2 parties.
DEUXIEME PARTIE
L'eau est le sujet commun à l'ordre du jour des trois conférences qu'accueille en 2002 Johannesburg (Afrique du Sud) : le " Sommet mondial sur le développement durable " ou SMDD (26 août-4 septembre), le Forum mondial de la société civile (19 août-4 septembre) et le WaterDome (28 août-3 septembre). Cette ressource indispensable à la vie est un enjeu stratégique dans de nombreuses régions. C'est aussi un thème récurrent de la propagande palestinienne. Questions/réponses sur l'eau au Proche-Orient grâce essentiellement au Mém'Eau, L'Eau au Moyen-Orient du B'nai B'rith de France. Et comme l'a écrit Alexandre Feigenbaum, l'un de ses auteurs : "A diffuser sans modération… "


Quelles sont les ressources hydrauliques ?

Elles sont de deux ordres :
        Un fleuve transfontalier : le Jourdain, né dans le mont Hermon, parcourt 300 km avant de se jeter dans la mer Morte avec un débit d'environ 1,2 km3/an. Des sources et des affluents du Liban, de Syrie, de Jordanie, d'Israël et des Territoires l'alimentent.        Deux nappes phréatiques souterraines : l'aquifère de montagne se situe sous les collines de Cisjordanie et sous Israël et dispose d'environ 660 Mns de m3/an. Celui côtier, va de Haïfa à Ashkelon et la bande de Gaza, et sa capacité annuelle s'élève à 300 Mns de m3.

Comment se répartissent ces ressources aquatiques pays par pays ?

La répartition est par nature inéquitable. Le Liban et la Syrie bénéficient des ressources en eau les plus importantes : 800-1 000 m3 par an et par personne. Les Territoires disposent de 85 m3. Avec 250 m3, Israël se situe dans une situation similaire à celle de la Jordanie : 200 m3.

Quels sont les principaux repères chronologiques ?

Début du XXe siècle-1947 : Les fermiers juifs ont légalement élaboré des moyens d'approvisionnement en eau et initié des pompages dans ce qui deviendra Israël.

1948 : Israël continue de recourir de manière importante à l'aquifère de montagne. Grâce aux puits creusés dans son sous-sol et à l'intérieur de ses frontières, notamment pour satisfaire les besoins d'une population en très forte croissance, il bénéficie de 80% des eaux de cet aquifère.

1964 : Grâce au grand conduit national, Israël peut, à partir des pompages dans le lac de Tibériade, interconnecter les eaux sur tout son territoire, notamment le nord du désert du Néguev valorisé par l'irrigation. La Jordanie utilise le Yarmouk, un affluent du Jourdain, pour alimenter le canal du Ghor et favoriser l'agriculture irriguée dans la vallée de ce fleuve. La majorité de l'eau consommée l'est pour satisfaire les besoins de cette agriculture irriguée : 60% pour Israël et 70% pour la Jordanie.

1967 : A la suite de la guerre des Six Jours provoquée par la décision du dirigeant égyptien Nasser de bloquer le détroit de Tiran, Israël conquiert la Judée-Samarie et la bande de Gaza. L'Etat hébreu maîtrise une part plus importante des ressources en eau.

1970-1980 : Selon l'hydrologue Abraham Mellul, Israël veille à mieux gérer l'eau par des méthodes sophistiquées d'irrigation, de fertilisation, etc. Il a également amélioré la desserte des Territoires en eau : il a étendu le système d'adduction d'eau de la région Sud d'Hébron, créé de nouveaux puits près de Jénine, Naplouse et Tulkarem, fourni de nouveaux systèmes d'adduction d'eau à plus de 60 villes arabes sur la Rive occidentale, et restauré les systèmes vétustes.

Années 1980 : Le Moyen-Orient souffre d'une sécheresse exceptionnelle qui perdure au début du XXIe siècle. Le niveau du Jourdain et de la mer de Galilée atteint des seuils dramatiquement bas. Les responsables israéliens ont donc réduit le forage de nouveaux puits, notamment en Judée-Samarie. Une surexploitation risquerait en effet de provoquer l'infiltration d'eau salée dans des nappes phréatiques alimentant Israéliens et Palestiniens, et donc la perte des ressources en eau fraîche. Le danger est particulièrement vif car les fermiers arabes de Judée-Samarie disposent d'environ 100 sources et 300 puits surexploités. Israël ne prélève pas d'eau dans les nappes plus accessibles utilisées par les fermiers arabes. Il a donc creusé des puits dans des aquifères nouveaux et profonds.

Fin 1991 : La Syrie a fait échouer une conférence mondiale qui devait évoquer les problèmes de l'eau dans cette région.

Janvier 1992 : La Syrie, la Jordanie et les Palestiniens ont boycotté les discussions multilatérales à Moscou au cours desquelles un groupe devait travailler sur le problème de l'eau. Après les accords d'Oslo (1993) : Les Palestiniens ont été intéressés par une coopération sur l'eau. Lors de la réunion d'une commission multipartite à Oman (1994), une proposition israélienne a été votée : elle tend à rendre plus efficaces les systèmes de distribution d'eau dans les communautés de taille moyenne sur la Rive occidentale du Jourdain, à Gaza, en Israël et dans les autres pays de la région. Le traité de paix entre la Jordanie et Israël (1994) règle le problème de l'eau entre ces deux Etats en prévoyant une coopération. Celle-ci est aussi précisée dans l'accord intérimaire de Taba (1995) liant Israël et l'Autorité palestinienne.

Depuis 2000 : Israël continue de transférer chaque année à l'Autorité palestinienne la quantité d'eau prévue et songe à l'accroître. Lors même qu'il souffre d'une grave pénurie d'eau et qu'il a restreint sa consommation d'eau, il a respecté les stipulations de l'accord intérimaire israélo-palestinien prévu par les accords d'Oslo. L'Autorité palestinienne dispose de la pleine juridiction sur l'eau et Israël a approuvé le forage de nouveaux puits. Tous deux ont institué des patrouilles communes pour empêcher les vols d'eau, etc. En 2001, malgré l'Intifadah II et la grande sécheresse, et conformément aux accords, Israël, via la société nationale Mekorot, a fourni près de 35 Mns de m3 dans les Territoires, une quantité pompée dans les nappes phréatiques israéliennes .
L'agriculture absorbe près des deux tiers de l'eau consommée en Israël. Le déficit cumulé actuel de ressources d'eau renouvelables dans l'Etat juif, s'élève à 2 Mds de m3, soit le montant de la consommation annuelle nationale. Selon Uri Sagie, président de Mekorot, le déficit israélien annuel en eau est 400 Mns de m3, et il va en s'accroissant.

Les Palestiniens revendiquent-ils à bon droit 80 % des ressources de l'aquifère de montagne ?

Non. Certes, les puits creusés en Cisjordanie ne leur donnent accès qu'à 20 % de cette nappe qui s'étend des deux côtés de la frontière en se dirigeant vers la mer, donc vers Israël.
Mais cette réclamation est contraire au droit international qui reconnaît le droit d'un Etat sur son territoire à utiliser de manière "raisonnable et équitable" les eaux de ressources transfontalières : rivière internationale, nappe souterraine, etc. " Par droit international de l'eau, nous entendrons les règles internationales à portée générale concernant l'eau, qui résultent de la pratique des États et qui ont été reprises dans les " principes d'Helsinki " de 1966 et enfin par la Convention de New York du 21 mai 1997 ", explique Raya M. Stephan, un chercheur à l'Université de Versailles peu suspect de sympathie pro-israélienne, dans une contribution au Congrès international de Kaslik (Liban, 1998). Partout dans le monde, c'est ce principe qui doit présider au partage des ressources en eau entre Etats voisins.

Pour mieux comprendre l'exigence palestinienne, imaginez que les Suisses réclament pour eux seuls toute l'eau du Rhin ! Grâce aux puits creusés dans le sous-sol de son territoire d'avant la guerre des Six Jours, Israël a utilisé plus de 80 % de cette nappe phréatique. Si l'Etat hébreu agréait la demande palestinienne, il serait privé de 360 Mns de m3 d'eau, soit une diminution de 20 % des ressources actuellement disponibles. Une dramatique insuffisance en eau…

Brefs exemples. Les principales ressources en eau de la Syrie et de l'Irak proviennent de Turquie. Les sources du Nil se trouvent en amont de l'Egypte : au Burundi et essentiellement en Éthiopie. Ainsi, selon Seifeselassie Lemma, haut fonctionnaire éthiopien qui a participé au Consortium international pour la coopération sur le Nil (CICN) et est cité par l'ONU, " 86 % des eaux du Nil proviennent des plateaux de l'Ethiopie qui en utilise moins de 1 % ". Selon M. Lemma, ce pays n'est pas parvenu à développer ses ressources en eau, indispensable à sa population de plus de 60 Mns d'âmes, surtout par manque de ressources financières et en raison des " politiques des institutions financières internationales, telle que la Banque mondiale, qui ont augmenté les difficultés des pays riverains situés en amont à obtenir le financement des programmes de développement sans le consentement des pays situés en aval. De surcroît, pour aggraver la situation, ces derniers continuent d'introduire de nouveaux programmes d'irrigation de grande envergure. " Parmi " les pays en aval ", M. Lemma cite l'Egypte et le Soudan.

Pourquoi Israël a-t-il réduit le nombre de forages de nouveaux puits en Judée-Samarie ?

Cette décision s'inscrit dans une politique globale de gestion de l'eau appliquée tant en Israël que dans les Territoires : protection des ressources, notamment de la pollution, traitement des eaux usées, recherche de nouveaux approvisionnements, etc. Cette politique est rendue indispensable par la grande sécheresse. Elle tend aussi à éviter une surexploitation de l'aquifère. De 1948 à 1967, la Jordanie et l'Egypte, qui contrôlaient respectivement la Judée-Samarie et la bande de Gaza, n'ont pas géré l'eau : chacun pouvait puiser l'eau dans son sous-sol.

Pourquoi les Palestiniens sous adminstration de l'Autorité palestinienne paient-ils l'eau plus cher que les Israéliens ?

Les accords d'Oslo ont prévu qu'Israël et l'Autorité palestinienne subventionnent leurs citoyens respectifs. Or, comme l'Aurorité palestinienne ne respecte pas cette obligation, les Arabes administrés par cette Autorité ont vu leurs coûts grimper.

Est-il vrai ou faux que, dans la bande de Gaza, les fermiers israéliens consommeraient 90 % de l'eau des Palestiniens ?

C'est faux. La plupart des quelques milliers de fermiers israéliens utilisent l'eau du réseau israélien. De plus, les sources de Gaza sont de longue date surexploitées, et leur eau est donc souvent impropre à la consommation humaine.
Ce même chiffre avait été avancé lors de la Conférence Mondiale sur les Femmes (Naïrobi, 1985), alors qu'il n'y avait pratiquement aucune ferme juive dans la bande de Gaza. C'est l'une des premières occurrences par la propagande palestinienne de ce slogan de " l'eau spoliée ".
Récente déclinaison de ce bobard : vers mars-avril 2002, le maire de Khan Younis a déclaré à Chris Hedges du New York Times qu' " Israël vole l'eau des Palestiniens : il a construit un conduit pour acheminer l'eau de Gaza en Israël ". Or, comme le relève Camera, un Comité de surveillance du traitement du Moyen-Orient par les médias américains, le conduit israélien Kissufim pompe l'eau d'Israël vers Gaza, et aucune eau de Gaza n'est pompée vers Israël. Le Commissaire palestinien à l'eau, Nabil A-Sharif a contredit les allégations du Maire en déclarant que " l'eau n'est jamais prise de Gaza pour être amenée en Israël ".

Est-il vrai ou faux que les piscines israéliennes seraient une insulte aux Palestiniens ?

Beaucoup de villages israéliens sont dotés d'une piscine collective qui fonctionne en circuit fermé et consomme un minimum d'eau. Un grand nombre de villas palestiniennes ont des piscines individuelles. C'est le cas par exemple à Rima, le quartier huppé de Gaza.

Quid des découvertes par Tsahal lors de l'Opération Rempart (mars-mai 2002) ?

Citant le site de Yediot Ahronot's et la radio israélienne, IMRA, un organisme israélien d'analyses des médias, fait état le 26 avril 2002 que " des Palestiniens ont produit dans la Rive occidentale des armes chimiques et biologiques afin de viser des centres peuplés israéliens ainsi que des réservoirs d'eau israéliens. Quoique primitives, les bombes auraient pu causer des dommages considérables. Elle contenaient des produits achetés en Israël : de la potasse et du cyanure ".

De quelles aides américaines en matière d'eau bénéficie l'Autorité palestinienne ?

Le 7 mars 2002, The Jerusalem Times, une publication palestinienne, indique que " malgré ses fortes critiques de l'Autorité palestinienne et de son président Yasser Arafat, les Etats-Unis ont alloué 400 Mns USD au peuple palestinien, pour l'année fiscale octobre 2001-septembre 2002 ", dont 200 Mns USD sont destinés à des projets d'infrastructure hydraulique dans les Territoires. Le 13 mars 2002, le même journal relève que, en étroite collaboration avec l'Autorité Palestinienne de l'Eau (PWA), l'Agence pour le Développement International (AID) des Etats-Unis augmente la quantité et améliore la qualité de l'eau disponible pour les Palestiniens. De 1995 à 2001, l'AID a consacré 250 Mns USD à la bande de Gaza afin de traiter les eaux usagées et gérer l'aquifère : 400 000 habitants de Gaza bénéficient ainsi d'une eau potable. Elle a presque doublé le volume d'eau disponible pour les 400 000 habitants de Béthlehem et de Hebron. Elle a fourni l'eau courante aux domiciles des 40 000 villageois des environs de Jenine, etc.

Quid des relations entre Israël et la Turquie ?

En vertu d'un accord, la Turquie vend à Israël 50 Mns de m3 d'eau - celle du fleuve Manavgat - par an, et ce pendant vingt ans. Ce volume devrait satisfaire environ 5% des besoins de l'Etat hébreu. Celui-ci pourra ainsi fournir de l'eau à la Jordanie.
Le 7 août 2002, Shimon Peres, ministre des Affaires étrangères, a déclaré qu'il espérait que la Syrie donnerait bientôt son accord à la construction d'un conduit d'eau de Turquie en Arabie Saoudite, afin de desservir tous les pays de la région. Ce qui renforcerait également le rôle géopolitique de l'Etat turc dans la région.

Quid du Liban ?

Dans son édition du 23 août 2002, Haaretz a annoncé que le Liban projette de pomper 10 000 m3 d'eau par jour dans les chutes qui alimentent le fleuve Hatzbani et a installé les conduits nécessaires. Ce plan risque de réduire les ressources hydrauliques d'Israël de 3 à 4 Mns m3 par an.

Quelles solutions pourraient être envisagées ?

Selon des experts, les Etats arabes les mieux pourvus en eau, à savoir la Syrie et le Liban, pourraient aider leurs frères palestiniens à satisfaire leurs besoins urgents en eau. Et à moyen et long termes, une politique de gestion de l'eau, décidée et appliquée de concert par Israël et ses voisins, dont les Palestiniens, semble la panacée. Ceci suppose la paix dans la région…

B'nai B'rith France.
5 bis, rue Rochechouart, 75009 Paris.
Tél. : 01 42 82 70 63.
http://www.bnaibrith-france.org et info@bnaibrith-france.org
Mém'Eau, L'eau au Moyen-Orient, les faits et les mythes. 2002, 5 pages

IMRA - Independent Media Review and Analysis
http://www.imra.org.il

CAMERA - The Committee for Acuracy in Middle East Reporting in America
http://www.camera.org

Site des Nations Unies sur le SMDD :
http://johannesburgsummit.org

Site du Forum Global de la Société Civile :
http://www.worldsummit.org.za

Site du WaterDome :
http://www.waterdome.net

Site du gouvernement israélien sur le SMDD :
http://www.johannesburgsummit.israel.org

Vous pouvez aussi lire l'interview de Richard Odier, secrétaire général du Centre Simon Wiesenthal-Europe (CSW-Europe) sur ce Sommet en cliquant ci-dessous:
Interview de Richard Odier

et sur la 1ere partie de cet article
En cliquant ci-dessous:
" Un Sommet mondial sur le développement durable très attendu "


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