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Arafat et la passion arabe

L'éditorial de Claude Imbert - Le Point - 14/12/2001

Arafat par-ci, Sharon par-là... Chez nous, les échos de la tragédie du Moyen-Orient rapportent un tournoi de champions disputant une interminable bataille navale. Seulement voilà : à cette bataille navale il manque l'océan ! Entendez : les peuples, et leurs passions, de ce coin de planète où le Dieu unique, depuis quelques millénaires, dispense ses tourments.

Or cet océan en colère ne cesse de déjouer les calculs des hommes de bonne volonté. Israël y apparaît en îlot battu par des tempêtes successives qui font s'envoler les plans des tapis verts, abattre les Meccano élaborés d'Oslo à Washington, et n'épargnent en somme que les tombes des illusions défuntes. Le testament de Sadate, l'Egyptien assassiné, de Rabin, le Juif assassiné, reste, hélas, valide : point de paix tant que les enragés ne seront pas hors du champ. Est-ce possible ?

Constatons d'emblée qu'il existe, entre les antagonistes, une différence de nature. Les Palestiniens sont assaillants et, disent-ils, à bon droit, puisqu'ils tentent de trouver une place dans un pays où le sionisme et l'Occident imposèrent, après la guerre, le peuple juif chassé par l'abomination nazie. Un peuple sans terre débarquant, disait-on, sur une terre supposée sans peuple... Mais le peuple palestinien, alors réputé fantôme, donne, depuis cinquante ans, des cauchemars à Israël et à l'Occident.

Israël, lui, est assiégé. C'est un Etat démocratique dont les décisions militaires sont, pour l'essentiel, respectées. Tandis que l'entité palestinienne est une entité composite placée sous la direction de moins en moins respectée de Yasser Arafat.

En fait, après deux guerres et l'échec de plusieurs négociations, l'écart n'a cessé de s'accentuer. Aujourd'hui, Israël s'est donné, avec Sharon, le chef de guerre le moins conciliant qui soit. Quant à Arafat, le Moïse palestinien, il chancelle devant sa Terre promise.

Du côté juif, l'erreur du raidissement fut sans doute de transformer en " colonies " des territoires occupés après la guerre des Six-Jours, et de mettre ainsi le loup dans la bergerie. Mais, du côté palestinien, le raidissement présente un plus terrible défaut : celui d'échapper au contrôle de l'institution. Et pour une évidente raison : c'est que la cause palestinienne se trouve, au fil des temps, non seulement relayée, mais enflée, attisée, radicalisée par la passion arabe. Sur Israël enfoncé comme un coin d'Occident dans son aire, l'univers arabo-musulman a concentré d'abord ses refus, puis les pierres de l'Intifada, puis enfin ses commandos-suicides. Quelques Etats arabes ont reconnu, du bout des lèvres, l'existence d'Israël. Mais, pour la majeure partie de la rue arabe, Israël est condamné à disparaître.

Deux phénomènes ont encouragé cette épouvantable radicalisation. La frustration d'un monde arabo-musulman toujours voué à la pénurie des biens et des libertés a trouvé en Israël son parfait bouc émissaire. Si le patchwork de monarchies et dictatures chiites ou sunnites ne trouve pas, dans l'ostracisme du " Satan " juif, le ferment de l'unité rêvée - celle de l'introuvable Oumma -, du moins cette hostilité commune donne- t-elle aux passions de la rue arabe le sentiment exalté d'une revanche. Voire le goût d'une implacable croisade depuis que les fondamentalistes ont jeté le conflit israélien dans les fournaises du djihad, la " guerre sainte ".

Commencé avec le Hezbollah libanais, encouragé par le wahhabisme saoudien, par les Frères musulmans d'Egypte, par le GIA algérien, puis par tous les frénétiques d'un islam missionnaire, le fanatisme islamiste du Hamas et du Djihad en est venu à lancer sur les civils d'Israël les bombes humaines de ses séraphins de mort. Partout, l'opinion arabe des pays réputés les plus modérés ne prend plus aucun gant pour ajouter à l'antisionisme l'antisémitisme le plus cru. Comme on a pu voir à l'édifiante Conférence de Durban.

Ainsi Arafat, longtemps soutenu par les " raisonnables " d'Occident (sans compter ses Ponce Pilate), se trouve-il pris au piège de sa longue ambiguïté : le voici au pied du mur où le poussent les fous du Hamas et du Djihad. Il n'est évidemment pas le Ben Laden avec qui Sharon feint de le confondre. Mais, s'il ne chasse pas la goule islamiste perchée sur son épaule, il est perdu. En Occident, depuis le 11 septembre, le terrorisme-suicide a de plus en plus mauvaise presse...

S'il parvient au contraire à faire, chez lui, le ménage, alors il peut attendre d'Israël - et surtout de l'Amérique - une pression efficace pour que l'Etat juif accepte de rétrocéder le Golan, Gaza et la Cisjordanie, soit autant de concessions que Barak avait consenties et qu'Arafat eut grand tort de refuser. Israël s'en trouvera meurtri, mais ces concessions, dans un pays démocratique, paraissent moins aléatoires que l'élimination par Arafat de ses propres fous d'Allah. D'ailleurs, qu'Arafat y parvienne, Sharon n'y croit pas ! Et vous ?