Accueil   Les Infos Envoyez l'adresse du site à un ami   retour
Textes Courriers Liens Dérapages Emails rédactions Dates Presse Archives Metula News Agency
«Si Sharon est élu, ce sera le vote d'Arafat»

Henri Hajdenberg

Avocat, Henri Hajdenberg est président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui regroupe 61 associations représentant l'ensemble de la communauté juive de France
propos recueillis par Jean-Sébastien Stehli
L'Express du 01/02/2001
«Les élections en Israël sont toujours importantes parce que c'est un pays qui se trouve toujours dans une situation sensible. Qui gouverne Israël n'a pas droit à l'erreur. C'est une question de paix ou de guerre, aujourd'hui plus que jamais.

L'évolution de la politique israélienne n'a pas été suffisamment analysée. Il y avait auparavant deux grands blocs idéologiques qui s'affrontaient: d'un côté, les militants du Grand Israël, englobant tous les territoires considérés comme bibliques et incorporant quelque 2 millions de Palestiniens sous souveraineté israélienne; de l'autre côté, les partisans de la paix en échange de territoires. Jusqu'à l'élection de Benyamin Netanyahu, ces deux conceptions s'affrontaient encore. Depuis, la droite israélienne a accepté le processus d'Oslo et le principe de la restitution des Territoires, conduisant inévitablement à la constitution d'un Etat palestinien.

Nombre de juifs de France ne se sentaient pas concernés par ce débat idéologique parce que, s'ils avaient choisi de vivre en France, comme citoyens français, c'est qu'ils ne revendiquaient pas de vivre sur les territoires palestiniens. Mais ils étaient divisés sur la façon d'assurer la sécurité d'Israël, préoccupation principale des juifs. Les affrontements récents amplifient cette inquiétude, cette angoisse que nous portons en nous du fait de notre histoire.

Yasser Arafat à l'enterrement du directeur de la radio-télévision palestinienne, le 18 janvier.

Une très large majorité des dirigeants de la communauté juive française a estimé qu'ils devaient appuyer le processus de paix. Quand nous sommes allés voir Yasser Arafat en avril 1999, la décision a été prise à l'unanimité du bureau exécutif du Crif. Nous pensions que, citoyens d'un Etat en bons termes avec les pays arabes, nous pouvions faciliter le dialogue. Mais nous avons été déçus par le comportement des représentants de l'Autorité palestinienne depuis Camp David. Face à un Premier ministre israélien qui a avancé à pas de géant vers les Palestiniens, ceux-ci n'ont fait que reculer, comme si, en définitive, ils n'acceptaient pas d'aller au bout du processus de paix.

«Une sorte de vote de tribu, selon les origines ethniques»
On est très proche d'une solution qui permettrait la paix entre Palestiniens et Israéliens, d'un compromis acceptable par tous. Le fanatisme et la haine, qui se sont manifestés de manière si violente, font perdre confiance. C'est une rupture psychologique majeure qui a fait reculer le processus de paix. Le pessimisme prévaut donc, mais il faudra bien que le peuple palestinien comprenne que les Israéliens ont leur place sur cette terre et qu'il devra bien vivre et coopérer avec eux. C'est leur propre intérêt, pour résoudre leurs problèmes économiques et sociaux, et vivre, eux aussi, en démocratie.

Si Ariel Sharon est élu, ce sera le vote de Yasser Arafat: c'est le leader palestinien qui aura amené la défaite d'Ehud Barak en déclenchant des émeutes et en refusant de conclure la paix avec l'actuel Premier ministre israélien, dont Sharon ne maintiendra certainement pas les propositions.

Alors qu'Israël est en conflit, on peut reprocher à son système électoral de ne pas permettre de véritablement gouverner. Il s'agit d'une pratique politique comparable à celle de la IVe République en France, avec une majorité introuvable. Ce système a également engendré une sorte de vote de tribu, selon les origines ethniques, qui va à l'encontre des objectifs des fondateurs de cet Etat et qui crée un climat d'affrontements internes dans une société qui ne peut pas se le permettre. Sans réelle influence sur cette situation, témoins d'une société qui se déchire entre religieux et non-religieux, les dirigeants de la Diaspora ne peuvent que le regretter. Ils doivent lancer un cri d'alarme aux Israéliens.

S'agissant de la France et de ses représentants, on attend plus de compréhension. Nos dirigeants ne peuvent pas ignorer qu'Israël vit entouré de sociétés arabes qui lui sont farouchement hostiles et qu'il doit se défendre dans ce Proche-Orient qui n'a pas encore définitivement accepté sa légitimité. Cela devrait amener à des prises de position plus mesurées et plus équilibrées.»