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Une Guerre Juste
Michel Gurfinkiel
Diffusé sur RCJ le 22 décembre 2003

Mille soldats américains vont arriver en Israël au cours des prochains jours. Leur mission : la mise en place, en coopération avec Tsahal, d'un important dispositif de défense stratégique anti-aérienne. C'est un signe, bien entendu, de l'imminence d'une guerre avec l'Irak : on prête en effet à Saddam Hussein l'intention de contre-attaquer en envoyant à nouveau des missiles à longue portée contre Israël, comme pendant la première guerre du Golfe, en 1991, mais munis cette fois de charges chimiques, bactériologiques ou même nucléaires, qu'il s'agisse d'une vraie bombe ou de déchets radioactifs.

D'autres informations confirment que le conflit se rapproche. Le dispositif américain dans l'ensemble de la région, de l'Anatolie à l'océan Indien et de la Georgie à la mer Rouge, aurait dépassé les cent cinquante mille hommes et serait d'ores et déjà opérationnel. Les Britanniques ont annoncé qu'ils allaient déployer quarante mille hommes dans le Golfe, notamment des forces amphibies, leur plus fort corps expéditionnaire depuis des décennies. Les Français ne sont pas en reste : le porte-avions Charles de Gaulle sera prêt à appareiller début 2003 ; et l'on murmure par ailleurs que si Paris n'est pas intervenu à grande échelle en Côte d'Ivoire jusqu'à présent, c'est pour ne pas dégarnir un corps expéditionnaire tricolore de quelque douze mille hommes destiné au Moyen-Orient. Certes, la France officielle ne fait mystère ni de ss préventions contre l' " hyperpuissance américaine ", ni de sa " politique arabe ". Mais néanmoins, elle tient absolument à participer à d'éventuelles opérations contre Saddam, pour justifier son statut de grande puissance mondiale, membre du Conseil de sécurité.

Le président américain George W. Bush a désigné l'Irak comme un ennemi voici presque exactement un an, en janvier 2002, dans ce fameux discours sur " l'Axe du Mal ", dont le ministre français des Affaires étrangères, le socialiste Hubert Védrine, s'était moqué en des termes si durs que notre ambassadeur à Washington avait été convoqué quelques jours plus tard au Département d'Etat - du jamais vu entre alliés.

Le 19 mars 2002, le directeur de la CIA, George Tenet, justifiait de façon détaillée, devant la commission des Forces armées du Sénat américain, la mise en accusation prononcée par le président Bush. Deux chefs principaux :

 

La conclusion s'impose d'elle-même. Complice d'Al-Qaïda, donc complice d'une agression à grande échelle contre les Etats-Unis d'Amérique, l'Irak peut faire l'objet de représailles de la part de ce pays, même en l'absence d'une décision des Nations Unies. Producteur d'armes de destruction massive, il peut faire l'objet de mesures punitives décidées par le Conseil de sécurité de l'Onu. Quant à la combinaison des deux facteurs - hyperterrorisme et destruction massive - elle crée une situation de danger absolu et immédiat, qui elle-même autorise une attaque préventive, avec ou sans le feu vert de l'Onu. Faut-il le rappeler ? L'urgence humanitaire constituée par l'expulsion des Kosovars musulmans par les forces de sécurité serbes a justifié en 1999 une intervention armée de l'Otan en dehors de tout blanc-seing des Nations-Unies.

La stratégie américaine face à l'Irak a été élaborée par le petit groupe d'hommes et de femmes qui est au c ur de l'administration George W. Bush : le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld ; le vice-président Dick Cheney ; et la conseillère stratégique du président, Condoleezza Rice. Ce triumvirat - et leurs collaborateurs les plus directs - font " flotter " leurs idées dans une partie de la presse, du Wall Street Journal au Weekly Standard. D'après eux, aucun compromis n'est possible avec Saddam Hussein. Ce n'est pas une question de morale, mais de Realpolitik, nourrie par une longue expérience : à la différence d'un Hafez el-Assad ou même d'un Mouammar Kadhafi, le dictateur irakien ne sait pas s'imposer des limites, se réconcilier avec ses anciens adversaires, évoluer.

Mais si l'élimination de Saddam est nécessaire - dans le cadre d'une opération militaire ou à travers un ensemble d'opérations à la fois militaires et politiques - elle présente des risques : l'éclatement de l'Irak, une guerre civile, et même l'installation d'un régime intégriste à Bagdad, sunnite ou chiite. Cela contraint les Etats-Unis à intervenir de façon prolongée dans ce pays, et en fait d'en assurer la " reconstruction ". Avec un joker : le pétrole. L'Irak dispose des plus grosses réserves du Moyen-Orient et donc du monde après l'Arabie Saoudite. Cette richesse est actuellement " gelée ", en vertu des sanctions prises par l'Onu en 1991. Mais un Irak " démocratique " en recouvrerait immédiatement la pleine jouissance.

Le scénario présente deux autres avantages, à plus long terme. Le nouvel Irak pourrait servir de laboratoire à une démocratisation de l'ensemble du Proche et du Moyen-Orient islamique. Et le retour de Bagdad sur le marché du pétrole remettrait en cause la position dominante que détiennent actuellement les wahhabites c'est-à-dire les islamistes - d'Arabie Saoudite.

Autre signe parmi les signes nombreux que nous tentons d'analyser aujourd'hui : le 17 décembre dernier, dans une déclaration officielle, le pape Jean-Paul II a fait de l'élimination des " régimes autoritaires du Moyen-Orient " l'une des conditions d'une paix future. C'est donner sa bénédiction à la stratégie Rumsfeld-Cheney-Rice. Pascal, le plus grand penseur chrétien de France, l'avait dit : " Sans justice, la force n'est que tyrannie. Et sans la force, la justice n'est rien. "