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Nos belles âmes sont borgnes
Editorial d'Alain Griotteray paru dans le Figaro Magazine le 12 mai 2001

Les différences de traitement dans l'information étonnent toujours. Des tirs de mortier palestiniens blessent très grièvement une enfant juive, pas de commentaire. L'armée israélienne réplique en bombardant les immeubles d'où viennent ces tirs, effervescence dans les rédactions: "riposte violente", "disproportionnée", "escalade irresponsable".

Que devrait faire le gouvernement d'Ariel Sharon quand son peuple reçoit des obus de mortier? Envoyer une missive diplomatique exprimant sa vive protestation? Demander l'arbitrage de l'ONU? Faire confiance à Yasser Arafat - qui ne contrôle plus rien - pour punir les coupables? Les israéliens ont raison de réagir violemment à une attaque violente. Personne ne le fera à leur place. S'ils tendaient l'autre joue, ils se feraient exterminer. Nos belles âmes pousseraient quelques cris d'indignation à peine plus audibles que lorsque les albanais égorgent les vieillards serbes refusant de quitter leur terre au Kosovo. Et c'en serait fini d'Israël.

Quand le pouvoir algérien fait couler le sang en Kabylie, le traitement médiatique est tout autre. Les héritiers du FLN, comme les autorités palestiniennes sont révolutionnaires, marxistes, anti-occidentaux et corrompus. Ils maintiennent leur peuple dans la pauvreté et le chômage. Autant de "bonnes" raisons de les considérer avec bienveillance. Les militaires algériens ne se posent pas les cas de conscience des israéliens: en deux jours, quarante tués et des centaines de blessés: "A en juger la béance de certaines plaies, ils ont utilisé des balles explosives", disent les médecins. Pour dénouer la crise opposant le président Bouteflika aux chefs de l'armée qui l'ont coopté, ces derniers ont créé une diversion en Kabylie en provoquant ceux qui manifestaient sans arme pour la culture berbère. Comme les autorités palestiniennes, elles ont recherché l'affrontement. Le terrain était propice: les jeunes désœuvrés et sans perspectives se heurtent à l'injustice des représentants de l'Etat - gendarmes, policiers ou fonctionnaires -, qui distribuent prébendes et logements sociaux. Le socialisme algérien est responsable de la pauvreté, de la corruption et des passe-droits. On aimerait l'entendre constater de temps en temps.

En France, les émeutes des "jeunes" font l'objet d'une compréhension aussi malsaine que celle des pouvoirs algérien et palestinien. Dans la banlieue de Nice, de jeunes immigrés s'opposent par la force et le feu à la construction d'une caserne de CRS. Ils refusent la loi et l'ordre républicains du pays qui les a accueillis et leur distribue généreusement une multitude d'allocations sociales. Ils ne cherchent pas à s'intégrer, et veulent juste poursuivre leurs trafics et crimes. Cependant, alors que notre État en déliquescent est incapable de les sanctionner, c'est tout juste si on ne nous les présente pas comme résistant à un État policier! "C'est toujours la même histoire: un affrontement entre les jeunes et les policiers" conclut une journaliste de TF1, comme si elle renvoyait dos à dos deux bandes rivales. Faut-il donc être soi même confronté à la violence pour retrouver quelque lucidité?

© Le Figaro Magazine 2001