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Pourquoi les tergiversations de Yasser Arafat ?
Gérard Israël, président de la commission d´études politiques du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).
Le Monde - lundi 8 janvier 2001

Dans l´interminable histoire du conflit israélo-arabe, il faudra marquer d´une pierre noire le refus palestinien d´approuver le compromis défini à Camp David en juillet 2000. Chacun espère que les hésitations palestiniennes d´aujourd´hui n´iront pas dans le sens du refus d´hier.

Yasser Arafat est en passe d´obtenir, après un demi-siècle de luttes et de misères, la rétrocession de la quasi-totalité des territoires palestiniens occupés en 1967. Il aura la possibilité de proclamer sur la partie arabe de Jérusalem la capitale de son futur Etat et cela malgré l´assertion permanente des Israéliens quant à l´indivisibilité de la Ville sainte. Il a pratiquement obtenu le regroupement des implantations, ce qui signifie que certaines d´entre elles situées à la périphérie seront démantelées. De plus, le maintien de certains villages israéliens au-delà de la ligne verte fera l´objet d´un échange de territoires, au mètre carré près. Bref, la création d´un Etat palestinien souverain reconnu (c´est le moins que l´on pouvait attendre) par Israël mais surtout par la communauté internationale est à portée de main.

La promesse d´un soutien matériel considérable, des Etats-Unis et de l´Union européenne notamment, pour compenser dignement les pertes matérielles subies par les réfugiés palestiniens de 1947 et de 1967 se concrétisera évidemment. Enfin, symboliquement, plusieurs dizaines de milliers de réfugiés pourront rentrer en Israël même. L´opinion israélienne, dans sa grande majorité, paraît prête à accepter un accord de cette nature dans le cadre d´une paix définitive reconnaissant la légitimité d´Israël.

Alors pourquoi le refus de juillet et les tergiversations d´aujourd´hui auxquels applaudissent les foules palestiniennes ? Yasser Arafat s´est-il subitement rendu compte que les buts de guerre qu´il avait définis au moment de la création de l´OLP en 1969 n´étaient pas accomplis et qu´un accord, aussi favorable qu´il puisse être à ses thèses, signifie qu´Israël, loin d´être éradiqué comme l´avaient voulu les pères fondateurs de l´organisation palestinienne, se trouve au contraire définitivement établi et même reconnu par les Palestiniens eux-mêmes ?

Depuis la conférence internationale de Madrid en octobre 1991, il était évident qu´il serait impossible d´obtenir autrement que de vive force la disparition d´Israël, c´est-à-dire sa transformation en un Etat unitaire et laïc au sein duquel Juifs et Arabes vivraient ensemble. Accepter le processus d´Oslo (1993) consistait explicitement à accepter et à reconnaître l´existence définitive d´un Etat juif au Proche-Orient.

Yasser Arafat s´est-il subitement rendu compte que l´exigence israélienne, considérée comme légitime par la communauté des nations, selon laquelle il fallait que la reconnaissance arabe et palestinienne de l´Etat d´Israël vînt en échange du retrait israélien de la plus grande partie des territoires et d´un quartier de Jérusalem, signifiait pour lui, Yasser Arafat, et pour ses mandants, une rupture dramatique avec ce que, lui et les Palestiniens, avaient toujours implicitement pensé ?

La politique palestinienne, qui a consisté à obtenir par la force ce qui a déjà été obtenu par la négociation, n´a abouti qu´à faire des centaines de morts en plus. Le soulèvement des enfants avait pour but d´insécuriser suffisamment les implantations isolées pour aboutir à leur repli, repli qui était déjà accepté par Israël à Camp David par la négociation. Aujourd´hui, une réelle continuité territoriale est assurée au futur Etat palestinien.

Certes, la réaction israélienne aux premières émeutes sur l´esplanade sacrée paraît disproportionnée. Mais la question de la souveraineté sur ce lieu central pour la théologie judaïque et pour la religion islamique semble maintenant résolue. Jérusalem, naguère considérée par Israël comme sa capitale éternelle et indivisible, n´était plus vraiment indivisible, même si elle reste éternelle aux yeux des croyants de tous bords. Cette victoire est visiblement aujourd´hui considérée comme négligeable par Yasser Arafat alors que pour les Israéliens elle représente une concession majeure.

On peut concevoir les plus grands doutes quant au succès de la politique palestinienne telle qu´elle apparaît depuis la rupture de l´été dernier et les hésitations d´aujourd´hui. Malgré les succès de la propagande, l´émotion légitime suscitée par toutes les scènes de violence et le découragement qui saisit l´opinion internationale, cette politique est contraire au sentiment profond de toutes les chancelleries, de tous les hommes sensés : ce conflit ne peut être résolu que par la négociation. Yasser Arafat ou ses successeurs ne peuvent obtenir plus que ce qu´ils auraient pu obtenir, non pas parce que de nouveaux ajustements seraient impossibles de part et d´autre, mais parce qu´il serait injuste et irréaliste que cet affrontement détestable s´achevât par une sorte de stabilisation hostile, de face-à-face fondé sur la non-belligérance, ou, sur un plan de séparation dont on ne discerne ni la portée ni les limites ; bref, sur une situation génératrice de guerres futures, sans rime ni raison.

Gérard Israël est président de la commission d´études politiques du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).



Le Monde daté du mardi 9 janvier 2001