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Opération "Israel Day" en Italie
Une partie de la gauche italienne s'éloigne des initiatives anti-israéliennes.

Par Eric JOZSEF

Le mardi 16 avril 2002

"C'est l'existence même d'Israël qui est en danger." (Romano Prodi, président de la Commission européenne )

Rome de notre correspondant

Du Capitole au vieux ghetto juif, plusieurs milliers de personnes ont défilé, hier soir, à Rome, derrière le slogan "Israël a le droit de vivre". A l'appel du quotidien Il Foglio, dirigé par Giuliano Ferrara, ancien porte-parole de Silvio Berlusconi, l'opération, baptisée "Israël Day", a reçu l'adhésion de nombreux intellectuels et de toute une partie de la classe politique, du vice-président du conseil italien post-fasciste, Gianfranco Fini, au président de la Commission européenne, Romano Prodi. Ce dernier a expliqué dans un communiqué : "A 50 ans de sa fondation, Israël traverse l'une des heures les plus tourmentées de son histoire. C'est son existence même qui est en danger."

"Sans défense".

L'initiative est née le 4 avril d'une lettre publiée dans Il Foglio par l'ancien député radical Massimo Teodori, critiquant "les commentaires d'hommes politiques et d'éditorialistes italiens" faisant passer "les Israéliens d'agresseurs à bourreaux". Le lendemain, le président du Sénat, Marcello Pera (Forza Italia), intervenait pour expliquer : "Je suis préoccupé devant ce déséquilibre de l'opinion publique européenne au profit des seules raisons des Palestiniens et d'Arafat qui risquent d'alimenter une campagne d'antisémitisme." Au passage, le deuxième personnage de l'état répondait au président de la Chambre des députés, Pieferdinando Casini, qui, quelques jours plus tôt, en visite officielle à Damas, avait réaffirmé "la solidarité du Parlement italien au peuple palestinien et à son représentant Yasser Arafat".

Au cours des derniers jours, les adhésions à l'appel du Foglio, qui indique, entre autres, "qu'antisémitisme et antisionisme sont l'aspect le plus ignoble de l'intolérance moderne", se sont multipliées. Dans les principaux journaux italiens, le ton des commentaires à l'égard d'Israël a sensiblement changé. Dans le Corriere della Sera, l'ancien résistant Rosario Bentivegna, qui à la tête d'un commando de partisans communistes tua, en mars 1944, 33 soldats nazis dans le coeur de Rome, est même intervenu pour dénoncer les kamikazes, définis comme des "assassins maniaques" dont "l'objectif est le massacre de femmes, d'enfants, de jeunes, des civils innocents ou des adversaires politiques sans défense".

Fracture.

Traditionnellement propalestinienne, une partie de la gauche italienne a peu à peu pris ses distances avec les initiatives anti-israéliennes. La manifestation pour la paix au Moyen-Orient du 6 avril a même provoqué une véritable fracture au sein de l'opposition. Devant certains slogans assimilant les Israéliens aux nazis et alors que quelques manifestants étaient vêtus en kamikazes, les syndicats et les représentants de l'Olivier,- la coalition de centre gauche,- ont abandonné le cortège, laissant la rue aux militants du mouvement antiglobalisation, aux Verts et aux communistes orthodoxes de Fausto Bertinotti. Mis en cause, ce dernier a rejeté "l'accusation infamante d'antisémite" en criant : "Nous, nous sentons juifs comme nous nous sentons noirs, aborigènes, islamiques, homosexuels, lesbiennes, proches de tous ceux qui sont lésés dans leurs droits et leur liberté." Quant au leader de l'Olivier, Francesco Rutelli, il a indiqué, embarrassé, qu'il adhérait à l'appel du Foglio, mais a refusé de défiler hier soir à Rome estimant "hypocrite de manifester pour Israël sans critiquer Sharon".