Accueil   Les Infos Envoyez l'adresse du site à un ami   retour
Textes Courriers Liens Dérapages Emails rédactions Dates Presse Archives Metula News Agency
LA GAUCHE, COMME HIER
Vicky Shiran, Yédioth Aharonoth, 20.3.01

Le bouclage et l'encerclement des villes de la Cisjordanie ont remis à l'ordre du jour les souffrances des populations palestiniennes assiégées. Pendant que les médias mettent l'accent sur les prises de vues et la description des souffrances des habitants, les gens de gauche retrouvent, dans un réflexe conditionné, leur triste figure. La protestation et la grogne se sont croisées, d'une manière qui ne surprendra pas, avec l'accalmie relative dans les attentats et les pertes en vies humaines. Accalmie directement consécutive au bouclage qui provoque les dures souffrances des Palestiniens.
Il est évident que les auteurs de cette protestation ont fermé les yeux sur un fait, à savoir : cette souffrance qu'ils décrient a pour eux la conséquence bénie de leur permettre de faire entendre leur protestation en toute quiétude. Après tout, rien de plus facile que de retourner au personnage de l'homme éclairé, de l'humaniste, quand c'est quelqu'un d'autre qui se charge de la sale besogne. Il est beaucoup plus difficile de se mesurer au cruel dilemme que pose la question de savoir comment on se bat de façon humaine contre la lutte armée et contre les attentats sanglants, qui font de plus en plus irruption dans la "ligne verte", au point que nous nous sentons maintenant exposés comme si nous étions dans un tir aux pigeons.
Les gens de gauche en reviennent, à la vitesse de l'éclair, vers les vieux modèles de pensée, sans même y changer une seule note. Ceci, en dépit du fait que ces modèles n'ont plus de valeur aujourd'hui, à la lumière des derniers événements -- et donc ce discours n'est plus écouté.
Certes, il est vrai que la conquête qui dure depuis 1967 est la racine du mal, et qu'elle est à l'origine de la violence palestinienne. Mais la question est de savoir si la Gauche israélienne est prête à accepter que la lutte armée soit la façon légitime de combattre l'occupation israélienne. Si elle le pense, elle doit le dire à haute voix. Et sinon, elle doit exiger des Palestiniens qu'ils cessent immédiatement de tirer sur les Israéliens , y compris quand ce sont des colons.
Voilà des questions sérieuses d'une importance capitale. La Gauche, à laquelle j'appartiens, devrait en débattre au lieu de ses babillages sur la souffrance causée aux Palestiniens à cause des barrages. Au lieu de cela, la Gauche préfère rester assise, calée à sa place habituelle, en prêchant une morale impérative. Pourtant, il est clair maintenant pour n'importe quel Israélien que la situation a radicalement changé depuis octobre dernier. Les principales victimes en sont les idées du camp de la paix. La situation a fait en sorte que la Gauche a perdu la voix, mais il quand il la recouvre, elle est plutôt faible et figée dans les formules du passé, et donc inefficace.
La Gauche n'a pas clairement fait entendre sa voix sur la question du "Droit au Retour", facteur central dans la perte de confiance envers l'interlocuteur palestinien, comme envers les idées de réconciliation et de compromis. La manière dont la direction palestinienne a mis cette exigence en avant, ces derniers mois, est nouvelle et surprenante : les pionniers des conversations avec les Palestiniens peuvent témoigner que cette exigence avait été abandonnée il y a plusieurs années, pour laisser la place au slogan "Deux Etats pour deux peuples", l'OLP renonçant au statut de réfugié pour le troquer contre la diplomatie.
Mais au lieu de dire cela d'une voix forte et claire, la Gauche reste embarrassée et bredouille. D'aucuns y font valoir que les Palestiniens ne se servent de ce slogan effarant que pour persuader les Juifs de faire des concessions dans les territoires et à Jérusalem. Il se peut que c'était cela au commencement, mais entre-temps, cette exigence a embrasé les rêves et redonné espoir aux misérables réfugiés qui vivent ici, au Liban, en Jordanie, au Koweït. Tandis que parmi les Juifs, elle a ressuscité la vieille méfiance et la peur qui s'étaient estompées depuis ces dernières années, au point que la paix et la tranquillité paraissaient à portée de la main.
Le tort causé ainsi aux idées de paix est énorme. Certes, à l'exception d'une petite poignée de gens, la Gauche sioniste repousse l'idée que des dizaines de milliers de réfugiés puissent réintégrer l'Etat d'Israël. Mais entre-temps, elle ne fait entendre aucune position claire et bien élaborée; elle se contente de s'auto-persuader de façon trompeuse qu'il est impossible que les Palestiniens prennent cette exigence au sérieux, en conséquence de quoi nous leur proposons de se contenter d'une reconnaissance symbolique de ce droit, sans concrétisation. A mes yeux, cette formule aussi est un vestige du discours ancien.
La Gauche doit dorénavant se mesurer à la réalité nouvelle. Une Gauche qui veut diriger le pays, et pas seulement se laisser entraîner par les événements, ne peut pas se contenter de pousser des soupirs et d'exprimer ses regrets. Il lui faut élaborer des positions claires qui répondent à celles de la Droite nationaliste, parmi les Juifs comme les Palestiniens à la fois./.