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PROCHE-ORIENT Les conditions d'une paix durable dans la région
Contre l'hémiplégie de la pensée
Par Gabriel Steg [20 juin 2002]

Un appel a été récemment lancé aux gouvernements européens, les invitant à suspendre les accords de coopération économique et scientifique avec Israël et appelant chacun à titre individuel à ne plus coopérer avec les institutions israéliennes. Les signataires de cet appel souhaitent « contraindre Israël à se soumettre aux résolutions de l'ONU et entamer des négociations de paix sérieuses avec les Palestiniens » (1).

Comment les signataires de cet appel au boycott peuvent-ils affirmer que le refus de la négociation et de la paix serait un refus israélien unilatéral et que le seul obstacle à la paix serait le gouvernement israélien ? Pour faire la paix, il faut être deux, et les Israéliens ont face à eux une Autorité palestinienne discréditée et des mouvements islamistes fanatiques. Comment oublier les envois de fonds du monde arabe pour encourager les kamikazes et récompenser financièrement leurs familles ? Comment occulter que l'Autorité palestinienne diffuse dans ses écoles (avec l'argent de l'Europe) des manuels scolaires où l'on apprend à écrire en écrivant « Pourquoi devons-nous combattre les Juifs et les chasser de notre terre ? », utilise les crédits et l'assistance européenne pour créer une radio-télévision qui diffuse régulièrement des appels au meurtre. Voilà ce qu'est devenue l'aide que l'Europe a fournie à l'Autorité palestinienne en croyant servir la cause de la paix. Une autorité dirigée par Yasser Arafat, qui condamne les attentats terroristes « en anglais » à destination de l'Occident, glorifie en arabe les « martyrs ». Une Autorité qui dit ne pouvoir agir contre les terroristes parce qu'elle serait paralysée par les Israéliens, alors qu'en réalité une grande partie des attentats est perpétrée par les Brigades des martyrs d'al-Aqsa et la Tamzin, tous deux mouvements affiliés au Fatah, dirigé par Yasser Arafat, président de l'Autorité palestinienne !

Cette « pensée hémiplé gique » de nos bonnes âmes fait semblant de croire que le seul obstacle à la paix est israélien, et oublie la violence du quotidien des Israéliens, qui réfléchissent à deux fois avant de prendre un autobus, d'aller au supermarché, au cinéma, au café, dont la hantise est de déposer les enfants à l'école au dernier moment avant la classe pour qu'ils ne traînent pas sur le trottoir si un terroriste vient se faire exploser devant l'école. Quel État démocratique accepterait sans réagir qu'on impose à ses citoyens une vie quotidienne où chaque sortie du domicile est pesée mûrement face au risque d'attentat ? A l'heure où le président de la République française a déclaré, à propos de l'attentat de Karachi, qu'il n'y aurait aucun sanctuaire pour les terroristes, peut-on demander aux Israéliens de demeurer sans réaction face à l'assassinat délibéré et répété de civils ? Et va-t-on vraiment rajouter au quotidien terrible des Israéliens un ostracisme international feignant d'ignorer la violence qui leur est faite ?

Faut-il rappeler qu'encore aujourd'hui, malgré les attentats et les assassinats quotidiens de civils, la très large majorité des Israéliens reste favorable à la création d'un État palestinien en échange de la paix (2) ? Faut-il rappeler que des « négociations de paix sérieuses avec les Palestiniens » ont eu lieu à Camp David et à Taba, au cours desquelles le gouvernement israélien a proposé aux Palestiniens un accord comportant notamment l'évacuation de la quasi-totalité de la Cisjordanie et de Gaza, et la création d'un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale au prix d'une souveraineté partagée sur cette ville. Faut-il rappeler que Yasser Arafat a refusé l'accord et est rentré triomphalement en Cisjordanie en proclamant avoir « refusé de brader la Palestine » ? Faut-il rappeler que pour la « rue palestinienne » le territoire de la Palestine comprend l'Etat d'Israël, quelles que soient ses frontières, et que même des leaders palestiniens présentés comme modérés ont largement exprimé (en arabe toutefois) leur volonté de supprimer l'Etat d'Israël (3) ? Faut-il rappeler qu'Ariel Sharon a été porté au pouvoir démocratiquement par le vote des Israéliens, écoeurés par la violence terroriste succédant à au refus de ce qui était une offre de paix généreuse et sincère ?

Comment ne pas être frappé que, dans la droite ligne de l'esprit qui régnait à la conférence de Durban, le seul État du monde que l'on veuille boycotter soit l'Etat d'Israël ? Pas de boycott pour l'Autorité palestinienne, qui utilise les crédits européens pour une propagande de haine et de violence. Pas de boycott pour l'Arabie Saoudite, où l'on décapite publiquement chaque vendredi les condamnés à mort et où les femmes sont cloîtrées. Pas de boycott pour la Chine populaire, qui occupe depuis des décennies un Tibet martyr. Pas de boycott pour la Syrie, qui occupe militairement le Liban voisin, qui emprisonne les opposants au régime, et dont le président tient régulièrement des propos antisémites. Une fois de plus, c'est l'Etat d'Israël et lui seul qui est traité en « juif des nations ».

Depuis plus de 10 ans, il y a eu chaque année des manifestations israéliennes massives pour la paix avec les Palestiniens, et jamais une seule manifestation palestinienne pour la paix avec Israël. Israël est le seul État démocratique de la région, et ses citoyens, qui assument quotidiennement une lutte contre le terrorisme qui passe par le service militaire prolongé et des périodes de réserve annuelles, n'ont guère besoin de donneurs de leçons extérieurs. Ils ont besoin de partenaires pour la paix, de dirigeants palestiniens courageux prêts à une vraie négociation. Ils ont besoin que l'Europe aide à la création d'un « camp de la paix », dramatiquement absent chez les Palestiniens, soumis à une véritable terreur islamiste (tous les témoignages rapportent qu'Arafat, lors de la négociation de Camp David, a répondu au président Clinton : « Voulez-vous ma mort ? » lorsque celui le pressait d'accepter l'offre israélienne).

Ce dont les Israéliens ont besoin, c'est de la solidarité des démocrates et des partisans de la paix dans les épreuves très dures qu'ils traversent, pour ne pas désespérer de la paix, exposés en première ligne face à un fanatisme islamiste qui est aussi le principal ennemi des Palestiniens et de tous les musulmans.

Ce dont les Palestiniens ont besoin c'est d'un de Gaulle ou d'un Mandela qui ait le courage d'avoir une vision de paix pour la région et l'autorité pour négocier.

Ce dont tous les habitants de la région, Israéliens comme Palestiniens, ont besoin, c'est de paix. Le rôle des hommes de bonne volonté en dehors de la région, scientifiques ou non, est de prodiguer des encouragements à tous ceux qui oeuvrent en faveur de la paix, et non de faire silence sur ceux qui préparent et organisent la violence. Ils ont besoin de la coopération scientifique, culturelle et économique de l'Europe, sans exclusive mais sans aveuglement. Il faut que l'Europe agisse concrètement pour aider à la réconciliation et à la coopération en veillant à ce que, sur le terrain, les moyens mis en oeuvre par les donateurs extérieurs soient utilisés pour l'éducation à la paix et à la coexistence, et non pour l'organisation de la terreur, l'éducation à la haine et la corruption.

* Professeur de cardiologie à la faculté Bichat Paris-VII. Membre de l'Institut universitaire de France-V

(1) « Il ne faut plus coopérer avec Israël », I. Ekeland et J.-M. Lévy-Leblond, Le Figaro, 1er juin 2002.

(2) Sondage du Yediot Aharonot le 5 avril 2002, 73 % des Israéliens sont favorables à la création d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël si la terreur cesse.

(3) Faisal al-Husseini, interview au Journal Al-Arabi (Le Caire), 24 avril 2001 : «Les accords d'Oslo sont un cheval de Troie. L'objectif stratégique demeure la libération de la Palestine, du Jourdain à la Méditerranée.»