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Enterrement Eyran Picard
"Des amis arabes ont assisté aux obsèques de mon fils"


ELIE PICARD, 44 ans, médecin français à Jérusalem, pleure son fils Eyran, 18 ans, tué par un terroriste palestinien jeudi, à Atsmona (bande de Gaza).

En cette soirée de dimanche, il revient, avec son épouse française et ses trois autres enfants, d'une cérémonie à la mémoire de ce fils disparu.

Un enfant, de nationalité française, qui avait décidé de passer un an dans une école talmudique avant d'effectuer son service militaire en Israël, pays où il voulait vivre.

Savez-vous pourquoi votre fils a été tué ?

Elie Picard:
Non. Eyran se trouvait jeudi dans une école où il assistait à un cours sur l'histoire de la Pâque juive. Un jeune de 19 ans habitant Gaza est entré.Il a tiré sans réfléchir sur mon fils, sur le fils d'un autre citoyen français, Ariel Zana, et sur trois autres jeunes garçons sans armes. Ils sont tous morts. Mon fils n'était même pas encore soldat. Il avait juste soif de s'enrichir.

Etait-il militant ?

Pas du tout. C'était un joueur de football, un excellent ailier gauche.Il avait, bien sûr, ses opinions politiques,mais je l'ai éduqué dans le respect des autres.Quelques jours avant de mourir, il a reproché à un entrepreneur israélien de parler trop durement à ses ouvriers arabes. C'est ça que je lui avais appris : aime ton prochain comme toi-même, peu importe qu'il soit différent ! Mais aussi ne te laisse pas faire face aux assassins.

Vous avez cherché à obtenir des informations sur son meurtrier ?

J'ai juste entendu son père déclarer à la radio qu'il était fier de son fils, et espérer que ses autres enfants meurent comme lui. L'Islam n'enseigne pas des choses comme cela.

Accepteriez-vous de le rencontrer ?

Peut-être. Je lui dirai alors que je ne comprends pas comment il a éduqué ses enfants. Mais je crois que cela ne changerait pasgrand-chose.

Avez-vous des amis arabes ?

Je parle l'arabe. J'ai travaillé pendant un an dans un village de Bédouins. J'y étais très aimé. Des collègues arabes israéliens sont venus à l'enterrement de mon fils.Ils m'ont enlacé. Ce sont des amis. Le dernier malade que j'ai soigné, c'est d'ailleurs un petit enfant des territoires que les Palestiniens ne pouvaient pas guérir. Et on me tue mon fils. Voilà la récompense que j'ai.

Comment sortir de ce cycle infernal ?

Je suis pessimiste. Le jeu n'est pas égal. Nous sommes une démocratie et nous avons en face de nous un régime totalitaire qui ne permet pas la discussion. Cependant, je pense à mes amis arabes de Jérusalem-Est. Ils me disent : " Ne nous laissez pas dans les mains d'Arafat. " C'est pour eux qu'il ne faut pas renoncer au dialogue.

Aujourd'hui, quitteriez-vous Israël pour venir vivre en France ?

Non, pas en France. Pourtant, je suis citoyen français résidant à l'étranger. Mon fils l'était aussi. En Israël, la France est considérée comme le pays le plus pro-arabe d'Europe. Elle espère ainsi arracher quelques beaux contrats ou faire plaisir à un certain électorat. Ce n'est pas une raison pour sacrifier nos enfants et particulièrement le mien.

Propos recueillis par Philippe Duval Le Parisien , lundi 11 mars 2002