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Conférence ministérielle euro-méditeranéenne

Marseille, 15-16 novembre 2000

Entretien téléphonique de M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, avec son homologue syrien M. Charaa

Partenariat euro-méditerranéen: le Jihad au rendez-vous

Une conférence Euromed sous l'influence des violences au Proche-Orient

L'Union européenne résiste aux pressions des Arabes en colère

La Présidence française propose à Marseille de faire le bilan des cinq premières années du partenariat euro-méditerranéen, et d'arrêter des orientations pour lui donner un nouvel élan.

Le chemin parcouru depuis 1995 est marqué par des réussites incontestables. En premier lieu la réalité et la continuité du dialogue, car les 27 partenaires n'ont cessé de se rencontrer, y compris au niveau ministériel et aux heures parfois les plus difficiles du processus de paix au Proche Orient.



 



Entretien téléphonique de M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, avec son homologue syrien M. Charaa

Déclaration du Porte-parole du Quai d'Orsay
(Paris, 7 novembre 2000)

M. Hubert Védrine s'est entretenu par téléphone cet après-midi avec le ministre syrien des Affaires étrangères, M. Charaa. Ils ont évoqué ensemble les perspectives de la conférence entre l'Union européenne et ses partenaires méditerranéens de Marseille.

M. Védrine a fait part à son collègue syrien des raisons pour lesquelles un report de la Conférence de Marseille ne pouvait être envisagé, compte tenu de l'importance des enjeux liés à la poursuite du processus de Barcelone. Il a indiqué s'être concerté à ce sujet avec ses partenaires tant européens que méditerranéens.

La présidence française de l'Union européenne confirme donc la tenue de la conférence à la date prévue, les 15 et 16 novembre prochains.



Partenariat euro-méditerranéen: le Jihad au rendez-vous

PARIS, 13 nov (AFP) - Loin de marquer une étape décisive du partenariat euro-méditerranéen lancé avec fracas il y a cinq ans, la conférence ministérielle de Marseille, présidée par la France, s'annonce comme un exercice difficile sur fond de violence meurtrière au Proche-Orient.

Principal champion de ce partenariat, la France a dû réviser à la baisse toutes ses ambitions pour cette 4ème réunion des ministres des affaires étrangères regroupant mercredi et jeudi les Quinze pays européens et 12 pays du sud et de l'est du bassin méditerranéen.

Mais une fois de plus la situation au Proche-Orient devrait dominer les travaux de la rencontre et en limiter la portée.

L'objectif affiché du partenariat --créé en novembre 1995 à Barcelone dans la foulée des accords de paix entre Israël et les Palestiniens --est d'établir à l'horizon de 2010 une vaste zone de libre-échange euro-méditerranéenne, tout en créant un espace de "stabilité et de prospérité".

Or la réunion de Marseille se tient au pire moment possible. Les pays arabes ont effet décidé de "punir" Israël, accusé de réprimer le peuple palestinien, en gelant tout lien avec l'Etat hébreu, membre à part entière du processus de Barcelone et de loin le pays le plus développé économiquement de la région.

Dans ce contexte, faire asseoir à la même table Israël et des pays arabes qui appelent de nouveau au Jihad contre l'Etat hébreu pour discuter coopération économique et intégration régionale relève de la gageure.

A l'origine, la France souhaitait un sommet plutôt qu'une conférence ministérielle qui aurait marqué une nouvelle étape dans le dialogue euro-méditerranéen, après les nombreux "ratés" des cinq dernières années. La situation au Proche-Orient en a décidé autrement.

L'incertitude sur la tenue même de cette conférence à hauts-risques a d'ailleurs prévalu jusqu'au dernier moment. Les dirigeants syriens y étaient opposés dans leur désir d'appliquer les résolutions du dernier sommet arabe du Caire préconisant le boycott de toutes les réunions prévoyant une participation d'Israël.

Mais ce point de vue n'est partagé ni par l'Egypte, pour qui les Arabes s'auto-puinissent en boycottant l'Euromed, ni par l'Autorité palestinienne qui souhaite voir l'UE jouer un rôle plus grand dans le processus de paix --en dépit de ce que la représentante à Paris, Leïla Shahid, a qualifié de "surdité politique" des Européens et d'"attitude minimaliste de la France" --ni bien-sûr par les partenaires maghrébins qui ont leurs propres priorités.

Réunis en fin de semaine dernière à Doha, les pays arabes semblent être parvenus à une formule de compromis leur permettant de participer à cette conférence.

En contrepartie, ils prévoient de "soumettre un projet de résolution fort défendant l'Intifada et la cause palestinienne pour le faire adopter par leurs partenaires européens", selon un diplomate arabe. Un casse-tête supplémentaire pour la présidence française, une telle déclaration --qui revient à une condamnation d'Israël --ayant peu de chances d'être adoptée par les 27 pays, indique-t-on de source diplomatique française.

D'ores et déjà, et pour éviter les sujets qui fâchent, Paris a renoncé à présenter un projet de Charte de stabilité et de sécurité, à l'étude depuis des années, et qui doit instituer un système de dialogue politique et de prévention de crises entre les 27 pays.

Au chapître économique, les Quinze --divisés entre nordistes et sudistes-- n'ont toujours pas arrêté à deux jours de la réunion leur programme d'aide financière MEDA II pour la période 2000-2006 alors qu'un quart seulement des 4,7 milliards d'euros alloués pour 1996-99 ont été effectivement octroyés.

Prenant la mesure des difficultés, le chef de la diplomatie française Hubert Védrine proposera à Marseille de faire le bilan "en demi-teinte" des cinq dernières années, et d'arrêter des orientations pour donner un nouvel élan à un dialogue bien compromis.


Une conférence Euromed sous l'influence des violences au Proche-Orient

MARSEILLE (France), 15 nov (AFP) - La 4ème conférence ministérielle euro-méditerranéenne s'est ouverte mercredi soir à Marseille avec un ordre du jour et une participation largement influencés par les violences au Proche-Orient, la Syrie et le Liban boycottant la réunion tandis que la délégation palestinienne était privée de plusieurs membres empêchés de voyager par Israël.
La présidence française de l'Union européenne (UE), par la voix d'Hubert Védrine, a "regretté" ce boycott tout en le "respectant".
"Mais l'Union européenne est convaincue que la coopération euro-méditérranéenne est suffisamment importante, en elle-même et pour l'avenir, pour qu'elle puisse et même qu'elle doive se poursuivre indépendamment des vicissitudes du processus de paix, même les plus tragiques", a souligné dans son discours d'ouverture le chef de la diplomatie française, président en exercice de l'UE.
A Damas, le ministre syrien des Affaires étrangères Farouk al-Chareh a justifié ce boycott par le refus de la présidence de l'UE de condamner les "agressions israéliennes" contre les Palestiniens.
Il a indiqué que M. Védrine l'avait informé par téléphone qu'"une condamnation européenne, si elle a lieu, concernerait les deux parties", israélienne et palestinienne.
Dans son discours, M. Védrine, évitant toute condamnation, a réitéré la position de l'UE pour laquelle "il n'y a pas d'autre chemin possible au Proche-Orient que le dialogue et la recherche de la paix entre Israéliens et Palestiniens".
"Malgré l'émotion suscitée par la douleur et la crainte, il faut tout faire pour tenir les engagements pris, mettre fin aux violences et revenir au calme et à la raison, recréer une espérance", a-t-il dit.
Le forum euro-méditerranéen entre les Quinze et 12 pays du sud, lancé en 1995 à Barcelone (Espagne), ambitionne de faire du bassin méditerranéen une zone de dialogue, d'échanges et de coopération qui garantisse la paix, la stabilité et la prospérité, avec une zone de libre-échange à l'horizon 2010.
Cinq ans après Barcelone, le dialogue politique est compromis par le blocage du processus de paix mais le volet économique est lui aussi bien loin d'avoir atteint les objectifs assignés.
La Commission européenne a fait le constat que "le volume des échanges entre partenaires méditerranéens (commerce Sud-Sud), très faible, n'a pas augmenté, que le volume des investissements de l'UE dans la région reste peu élevé". Quant au programme d'aide MEDA I de 3,4 milliards d'euros, décidé à Barcelone, à peine 26% ont été dépensés, bien des projets étant bloqués par "la complexité des procédures".
Quant aux espoirs d'avancer sur les valeurs démocratiques, il n'y a pas eu un "dialogue suffisamment franc et sérieux (...) sur les questions des droits de l'Homme, la prévention du terrorisme ou les migrations", selon la Commission.
La délégation palestinienne, conduite par le ministre de la Coopération internationale Nabil Chaath, a appelé dès mercredi l'Europe à faire preuve de "courage" en adoptant "une position forte". Il a exprimé l'espoir que la conférence de Marseille prenne "une part active en faveur de la protection des Palestiniens".
La situation au Proche-Orient devait être abordée au cours de la première séance de travail, mercredi soir, puis entre les seuls ministres au cours du dîner. Celui-ci a été dénoncé par M. Chareh.
"Nous avions demandé à l'UE de ne pas organiser de dîners, car il est impensable, a-t-il dit, que nous nous asseyions à la même table que le ministre israélien des Affaires étrangères (Shlomo Ben Ami) au moment où des innocents sont tués en Palestine".
La conférence a accueilli un participant de dernière minute, la Libye, avec un statut d'"invité" de la présidence. Tripoli avait pourtant annoncé sa décision de ne pas venir en raison de la présence d'une délégation israélienne.
Le dossier économique sera abordé au second et dernier jour de la conférence, jeudi.

L'Union européenne résiste aux pressions des Arabes en colère

par Guy Debache

MARSEILLE (Reuters) 16/11/2000 - Les pays arabes membres de la Conférence euroméditeranéenne ne sont pas parvenus à faire pencher la balance européenne en faveur des Palestiniens dans le conflit qui les oppose à Israël.
De leur côté, les Européens n'ont pas réussi, après deux jours de discussions, à calmer la colère des représentants arabes.

Si les ministres des affaires étrangères des Quinze ont réaffirmé comme à Biarritz en octobre dernier leur "attachement à voir s'établir à brève échéance" un Etat "souverain palestinien démocratique", ils n'ont pas comdamné "fermement" Israël, comme le demandaient les pays arabes membres de la Conférence.

"Nous attendions une position européenne claire et nette. C'était une question de moralité internationale. La neutralité même positive affichée dans les conclusions (de la présidence française de la Conférence) étonnera nos opinions publiques", a résumé le ministre tunisien des affaires étrangères Habib Ben Yahia. Son homologue de l'Autorité palestinienne, Nabil Chaat, ne cachait pas sa fureur à l'issue de la Conférence: "Israël impose un blocus économique en violation des règles de l'Union européenne. Les dommages pour l'économie palestinienne sont dévastateurs. Il n'y a pas de neutralité possible entre agresseurs et agressés, entre occupants et occupés, en victimes et assassins."

Les Européens ont expliqué à leurs homologues arabes qu'ils ne pouvaient remplacer les Américains dans le processus de paix et qu'un engagement unilatéral en faveur des Palestiniens les discréditerait sur la scène internationale.

"Les Etats-Unis sont en position centrale au Proche-Orient depuis des années. L'UE gagne en influence dans cette région, mais cela se fait petit à petit", a expliqué le chef de la diplomatie française Hubert Védrine qui présidait la réunion de Marseille.

Lors de la conférence de presse finale, il a récusé les accusation de neutralité: "Si vous regardez les textes européens il n'y en a aucun qui justifie ce jugement."

"Ce n'est pas une question de neutralité, l'Europe soutient les intérêts légitimes des deux camps et doit avoir un rôle qui soit accepté par les deux parties", a rappelé pour sa part le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer.

"Pour avoir un rôle plus actif, il faut être accepté par les deux parties. Pour le moment, l'initiative est venue d'un camp et pas de l'autre", a renchéri le ministre italien, Lamberto Dini.

Les Européens ont ainsi souligné que la demande arabe n'avait eu aucun écho côté israélien. Le chef de la diplomatie israélienne, Shlomo Ben-Ami, a fait comprendre à ses partenaires européens qu'il fallait laisser les Etats-Unis conduire le processus de paix.

"Les Européens disent eux-mêmes qu'ils ne veulent pas d'un rôle indépendant. Ils acceptent le leadership des Américains dans le processus de paix", a-t-il noté à l'issue d'une réunion avec Hubert Védrine et le secrétaire général du Conseil de l'UE, Javier Solana.

La deuxième et dernière journée de la réunion de Marseille devait à l'origine être consacrée aux relations économiques entre l'Europe et les pays du pourtour méditerranéen, mais la poursuite des affrontements israélo-palestiniens, qui ont fait près de 230 morts depuis septembre, a bouleversé l'ordre du jour.

La séance de photos de famille a été annulée, officiellement faute de temps.

Outre les quinze pays de l'UE, participent à l'Euromed Israël, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte, la Jordanie, l'Autorité palestinienne, la Turquie, Chypre et Malte. La Syrie et le Liban ont décidé de boycotter la conférence de Marseille.

"Nous exprimons la colère de tous les Arabes, ceux qui sont là et ceux qui ne le sont pas. On ne peut pas être neutre à l'égard d'agressions sur une population occupée", a lancé à ses homologues européens le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa.