Dim 22 déc 2002 17:00

Saddam Hussein responsable d'une "épuration ethnique continue et silencieuse depuis 1968", selon la Fedération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH)
Michel Bôle-Richard


Qualifié de "régime le plus sanguinaire de la région"par Michel Tubiana, vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), le gouvernement de Saddam Hussein est considéré comme responsable "d'une épuration ethnique continue et silencieuse" depuis 1968, date de l'arrivée au pouvoir du maître de Bagdad, selon le résultat d'une enquête de la FIDH conduite par Fabienne Messica pour la FIDH et Françoise Brié pour l'Alliance internationale pour la justice (AIJ).    
 
 De cette mission effectuée en juillet dans la zone du Kurdistan irakien autonome et parmi les réfugiés vivant en Iran, il ressort que "des millions de personnes ont été déplacées, déportées ou ont dû fuir à l'étranger".

On estime entre 3 et 4 millions le nombre d'Irakiens dispersés dans le monde entier sur une population totale évaluée à 23 millions d'habitants. Selon le rapport, "les opérations Anfal -désignant le butin légitime, du nom d'un verset du Coran autorisant le pillage des biens des infidèles- et la déportation des Kurdes Fayli -chiites-, qualifiées de génocide par plusieurs organisations internationales, ont provoqué des centaines de milliers de morts et de disparus. Depuis, malgré les preuves et les rapports, le Conseil du commandement de la révolution continue le nettoyage ethnique des populations kurdes, turkmènes, assyro-chaldéennes des régions kurdes sous son contrôle et l'expulsion des populations chiites dans la moitié sud du pays, surtout dans les marais".

Le constat dressé par la FIDH et l'AIJ à partir de quatre-vingts témoignages recueillis sur le terrain et avec l'aide d'ONG locales et internationales est accablant. Selon Françoise Brié, 23 % de la population kurde a été déplacée souvent de manière violente et 50 % de ses ressortissants ne subsistent que grâce aux tickets de rationnement. "Il s'agit d'une politique planifiée, d'un processus de terreur", témoigne-t-elle, exemples à l'appui. La répression brutale dont est victime la population kurde a souvent été décrite.

"PRISONS SECRÈTES"

En revanche, celle qui s'est abattue sur les chiites, notamment après le soulèvement de 1991, l'est beaucoup moins. "Il y a eu une politique délibérée et systématique d'assèchement des marais. Sur les 400 000 à 500 000 habitants de cette zone, 100 000 ont probablement été tués dans les années 1990, 200 000 ont été déportés dans les grandes villes du sud ou dans le reste du pays et plusieurs dizaines de milliers se sont enfuis vers l'Iran." Au total, il y aurait environ 400 000 réfugiés irakiens en Iran.

Pour la FIDH et l'AIJ, l'Irak a le triste privilège d'être le pays qui a engendré le plus grand nombre de déplacés au cours des dernières décennies et qui compte un nombre de disparus estimé à plus de 200 000. La situation dans les prisons est également préoccupante puisque l'on ignore totalement le nombre de prisonniers politiques (aux environs de 4 000). Il existe 200 centres de détention répertoriés, mais il y aurait près de "300 prisons secrètes qui se trouvent dans des magasins, des bâtiments administratifs, des ministères. Tous les centres militaires possèdent une prison politique".


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