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  « Pas de risque d'embrasement »

FRÉDÉRIC ENCEL expert en géopolitique, vient de publier « le Moyen-Orient entre guerre et paix » (Flammarion)

Y a-t-il, selon vous, un risque d'embrasement régional ?

Frédéric Encel. Non. Le rapport de forces est écrasant en faveur d'Israël. Aucun pays arabe n'a les moyens de riposter ou de menacer militairement l'Etat hébreu. Il est significatif que la réplique de la Syrie au raid de dimanche soit purement verbale.

Comment expliquez-vous cette impuissance des Arabes ?

Les armements américains fournis à des pays comme l'Egypte ou l'Arabie saoudite sont inférieurs, en qualité, aux équipements de Tsahal. Washington a toujours veillé à éviter la parité stratégique entre eux et Israël, son allié. Quant à la Syrie, équipée de matériel soviétique ou chinois, elle connaît des problèmes de maintenance, de manque de pièces détachées. Au total, ces armées sont beaucoup moins puissantes que Tsahal.

Les Arabes ont-ils d'autres atouts ?

Le rapport de forces politico-économique leur est également défavorable. Ainsi l'Egypte, puissance régionale majeure, ne peut pas se permettre de mécontenter les Etats-Unis : elle reçoit d'eux chaque année, depuis le traité de paix de Camp David, quelque 2,1 milliards de dollars (environ 15,5 milliards de francs). C'est le bénéfice de la paix avec Israël.

Ce regain de violence est-il la marque de Sharon ?

Non. Il ne faut pas oublier que le gouvernement israélien est formé pour moitié de travaillistes (à commencer par le prix Nobel de la paix Shimon Peres). Les travaillistes et la droite font la même analyse : c'est Arafat, disent-ils, qui mène une politique délibérée d'affrontement. Une opinion partagée par la majorité des Israéliens. Mais il est vrai que, sur un plan tactique, Sharon aime jouer les rapports de forces. Ce n'était pas le cas de Barak, son prédécesseur.

Comment peut réagir Arafat ?

Le problème est qu'il n'a plus guère d'emprise sur son propre camp, notamment sur les durs du Hamas. Il y a un risque de voir apparaître, après la disparition d'Arafat, une certaine anarchie au sein de la société palestinienne. Les islamistes monteront en puissance.

Qui peut aider à ramener la paix ?

Seuls les Etats-Unis en ont les moyens. Le problème est que Bush paraît moins impliqué que Clinton. Mais il a une opportunité pour agir...

Propos recueillis par Henri Vernet
Le Parisien 18 avril 2001