Lun 9 déc 2002 10:04

Des avions espions militaires sans pilote pourraient bientôt traquer les terroristes
par Olivier Bonnefon - Lettre DGSE.ORG

Les aviateurs de Mont-de-Marsan sont les premiers en France à tester les drones . C'est d'ailleurs en collaboration avec l'entreprise israélienne IAI (Israeli Aircraft Industry) que la France a entrepris de combler son retard dans les drones

Depuis quelques mois, il se passe des choses bizarres au-dessus de Mont-de-Marsan. Des aéronefs sans pilote sillonnent régulièrement le ciel landais. Dirigés à l'aide de joysticks depuis le sol par des navigateurs assis devant des écrans, ils volent des journées entières sans s'arrêter. Avec leurs deux hélices mues par des moteurs de motos trafiqués, ils font autant de bruit qu'un gros bourdon. On murmure même que des as de l'aéromodélisme seraient chargés des délicates phases de décollage et d'atterrissage. Ces curieux coucous gris seraient, en effet, privés de freins et auraient même besoin d'un filet pour s'arrêter.

Tout cela est à peine exagéré. Ces avions du troisième type d'aspect rustique mais bourrés d'électronique et de caméras dernier cri sont, en réalité, les quatre premiers drones des armées françaises. L'avant-garde d'une nouvelle génération d'armes chargées de voir et de retransmettre en temps réel tout ce qui se passe sur le champ de bataille, avec une précision diabolique. Le tout sans risquer la vie d'un homme, à moindre coût et dans la plus parfaite discrétion.

Coucous révolutionnaires.

" L'apparition de ces drones représente une révolution comparable à l'avènement en son temps du ballon dirigeable ou des premiers avions ", attaque d'entrée le commandant Michel Agius. Chargé de diriger le premier escadron de drones créé en 2001 en France et actuellement hébergé sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, cet aviateur enthousiaste s'explique. " Si les potentialités militaires offertes par les drones actuels et futurs semblent quasi illimitées, on n'a pas fini d'explorer toutes les utilisations, même civiles, de ces appareils. "

Surveillance des feux de forêt, police de la route et même lutte contre le crime organisé ou le terrorisme. Les drones ont déjà montré un bel éventail de leur talent, que ce soit en Israël, le pays le plus en pointe dans ce domaine, ou lors des récents conflits armés en Afghanistan et dans les Balkans.

" Nous avons passé cinq mois et demi très instructifs au Kosovo avec nos amis de l'armée de l'air ", poursuit le commandant Agius, en esquissant un sourire qui en dit long.

Mafieux neutralisés.

Pendant ce séjour, armée de l'air et armée de terre ont collaboré étroitement, testant les drones dans de multiples configurations, terrains et situations, y compris pour détecter et suivre les chefs mafieux locaux, afin de les neutraliser. " En Israël, des drones sont utilisés régulièrement pour suivre et surveiller les responsables du Hezbollah ou du Hamas. Jusqu'à servir au guidage des missiles chargés de les éliminer ", explique un spécialiste.

Dotés, par exemple, de systèmes ultrasophistiqués de visée laser et bientôt de leurs propres missiles, à l'image des drones tueurs expérimentés par les Etats-Unis (et sans doute d'autres pays), ces appareils sont parfaitement adaptés aux conflits modernes, à cette guerre totale et parfois un peu sale que livrent, en particulier, les nations occidentales contre le terrorisme. Un drone sniper aura-t-il un jour la peau de Ben Laden ? Ce n'est sans doute plus de la science-fiction.

Avec Israël.

C'est d'ailleurs en collaboration avec l'entreprise israélienne IAI (Israeli Aircraft Industry) que la France a entrepris de combler son retard dans les drones. Retard partagé par les USA. " Le programme actuel Hunter a été acheté en Israël, explique le commandant Agius. C'était en 1997, un an seulement après le lancement du premier comité de pilotage rassemblant la direction du renseignement militaire et l'état-major des armées. "

L'armée de terre et la marine suivent évidemment de très près ce programme qui a également des retombées très concrètes au niveau européen. La Hollande, mais aussi d'autres pays, ont décidé de s'associer au développement du prochain drone français, le Eagle.

Deux fois plus sophistiqué que le Hunter, ce dernier sera construit par IAI avec de l'électronique embarquée Thales made in Europe et sous l'oeil d'EADS. En attendant un drone 100 % franco-européen en 2008. Arrivée de l'Eagle dans le ciel landais prévue début 2004. Les palombes n'ont pas fini d'avoir le tournis !

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