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Dossier Hobeika - 28 janvier 2002


"Il se sentait menacé, sans aucun doute"

par Sefy Hendler, MAARIV 25/1/02

"Son bureau ressemblait à une cellule de prison et il était entouré par une douzaine de gardes du corps. Il ne faisait aucun doute qu'il se sentait menacé", a déclaré hier soir à Maariv le président de la Commission des lois du sénat belge, Josy Dubié, qui était l'un des derniers à avoir rencontré Elie Hobeika.

Dubié, un des plus fervents partisans de la plainte contre Sharon, était en ce début de semaine en visite au Liban à la tête d'une délégation officielle du Sénat, pour recueillir des témoignages concernant l'affaire de Sabra et Chatila.

De son cabinet bruxellois, le sénateur Dubié avait indiqué hier qu'il avait pris  l'initiative personnelle de rencontrer Hobeika: "Cela ne faisait pas partie de la visite officielle, mais je voulais écouter en tête à tête son explication au massacre". L'entretien  eu lieu mardi soir à Beyrouth.

Selon Dubié, Hobeika lui avait répété "formellement" sa promesse de venir témoigner au procès de Sabra et Chatila.

"Il m'a dit: je suis innocent et je le prouverai. J'ai des documents et des révélations". Mais le sénateur d'ajouter que Hobeika avait refusé de lui faire part du contenu desdits documents.

"Quand je lui ai demandé s'il était menacé, il m'a répondu: "je suis un soldat. Je me suis tu pendant 20 ans. Maintenant je défendrai ma réputation". Le sénateur assure avoir dit à Hobeika que beaucoup l'accusent d'avoir perpétré le massacre lui même. L'ancien dirigeant phalangiste lui aurait répondu: "Ce sont des mensonges. La justice belge tranchera".

D'après Dubié, Hobeika aurait ajouté: "J'étais un soldat. Nous avions d'excellents contactes avec les Israéliens. J'assurais la direction de l'unité de liaison au Mossad". A ce moment, le sénateur belge demande à Hobeika s'il accusait Sharon , et son interlocuteur libanais lui aurait répondu: "Je n'accuse personne".

Quant à savoir qui a tué Hobeika, Dubié dit: "Je ne sais pas. Il avait beaucoup d'anciens amis et beaucoup d'ennemis".

(...)

 


Cobra, ex-garde du corps d'Elie Hobeika, leader libanais assassiné jeudi .

« Les Syriens sont derrière l'attentat »

Par Christophe AYAD,Marc SEMO

LIBERATION, Le samedi 26 janvier 2002

On l'appelle Cobra. Entre 1978 et 1997, Robert Hatem a été le garde du corps personnel d'Elie Hobeika, tué jeudi à Beyrouth dans un attentat à la voiture piégée. Ancien ministre aux ordres des Syriens et ex-chef des Forces libanaises (FL), la milice chrétienne accusée des massacres de Sabra et Chatila en 1982, alors que l'armée israélienne occupait la capitale libanaise, Hobeika gênait beaucoup de monde. Homme de ses basses oeuvres pendant dix-neuf ans, Robert Hatem avait publié en 2000 un livre de souvenirs accablant pour son ex-patron. Dans un entretien exclusif avec Libération, il évoque les possibles raisons de cet assassinat.

Cette mort vous a-t-elle surpris?

Oui, bien que Hobeika ait eu beaucoup d'ennemis. En apprenant la nouvelle j'ai réellement été étonné et en même temps désolé pour les gardes du corps tués en même temps que lui, qui étaient des copains. Je m'attendais plutôt à ce qu'il soit arrêté. Son poids politique était de plus en plus réduit, les autorités l'avaient dans le collimateur, il n'était plus protégé par Damas.

Qui a pu le tuer?

Je pense que les Syriens sont derrière cet attentat. Elie Hobeika avait fait les 400 coups avec eux pendant des années. Avec eux et pour eux, il a commis autant d'atrocités qu'auparavant avec les Israéliens. Il y avait aussi entre eux de grosses affaires de détournement d'argent. Pendant les années où il a été ministre de l'Electricité (de 1992 à 1997, ndlr), des centaines de millions de dollars ont disparu des caisses à son profit et à celui de ses protecteurs, qui prenaient de très grosses commissions. Il était lié à l'entourage du vice-président syrien Abdel Halim Khaddam. Mais, désormais, Hobeika était sur le déclin. Il avait perdu son siège de député et son immunité parlementaire. Il avait aussi perdu la face quand, après avoir intenté un procès en diffamation il y a deux ans contre mon livre à Paris, il avait finalement retiré sa plainte, craignant le grand déballage. A Damas, la donne a changé avec l'arrivée de Bachar al-Assad, qui veut se débarrasser de certains affairistes. D'après mes contacts à Beyrouth, les Syriens n'arrêtaient pas de le rançonner depuis un an. Ils ont dû craindre qu'il ne décide finalement une nouvelle fois de retourner sa veste et de raconter des choses très embarrassantes.

D'autres aussi avaient intérêt à le tuer... Des groupes palestiniens, pour se venger, ou, comme l'affirment les autorités libanaises, les Israéliens: Hobeika annonçait vouloir aller déposer à Bruxelles dans un éventuel procès contre Ariel Sharon pour les massacres de Sabra et Chatila.

Les Syriens savent très bien utiliser les voitures piégées, avec une grosse charge explosant au passage de la cible. En outre, je ne vois pas qui d'autre, sinon eux ou des Libanais à leur service, aurait pu organiser un tel attentat près de la présidence et du ministère de la Défense dans un secteur très contrôlé de Beyrouth. Je ne crois pas à cette hypothèse d'une vengeance palestinienne. Et je ne pense pas non plus que les Israéliens aient fait le coup. S'ils avaient voulu se débarrasser d'Elie Hobeika, ils auraient choisi des méthodes beaucoup plus discrètes. Et ils l'auraient fait depuis longtemps. Mais Elie Hobeika n'avait pas grand-chose à dire sur le rôle des Israéliens et d'Ariel Sharon dans ces massacres qu'on ne sache déjà.

Il annonçait pourtant des révélations après vingt ans de silence et assurait être innocent. Quel a été son rôle?

J'étais son garde du corps et j'étais à ses côtés. Je l'avais accompagné à plusieurs rencontres avec des officiers israéliens les jours précédents, mais j'étais resté hors de la pièce. Peu avant les massacres, j'ai été le témoin de la réunion avec les responsables de la sécurité des Forces libanaises (FL) où il a personnellement donné l'ordre de ne pas faire de quartier dans les camps. Deux jours plus tôt pourtant, lors d'une réunion avec les responsables politiques des FL après la mort de Béchir Gemayel (le président chrétien tué le 14 septembre 1982 dans un attentat à la bombe), ceux-ci lui avaient demandé de ne pas faire le jeu des Israéliens. Il avait répondu: «Le seul qui pourrait me l'interdire est mort, c'est Béchir.» Pendant les tueries, il est venu deux fois en personne discuter avec des officiers israéliens sur la terrasse d'un immeuble dominant les camps. Après le début des tueries, l'un de nos hommes a appelé par radio pour savoir ce qu'il fallait faire des femmes et des enfants. Hobeika a répondu: «Dans certaines circonstances, il faut savoir agir.» Un officier israélien était là. Il n'a pas bronché.

Avez-vous vu personnellement Ariel Sharon au cours de ces événements?

Je l'ai vu, juste à la fin des massacres, quand nous étions avec des hommes des FL, cette fois-ci des forces régulières, pour faire un état des lieux.




Voici, pour mémoire, des articles d'archive sur l'affaire des révelations de Robert Hatem contre Hobeika:

 

Une plainte qui embarrasse les autorités libanaises
Elle pourrait viser aussi le chrétien Elie Hobeika.

Par CHANTAL RAYES

Le mardi 31 juillet 2001

Beyrouth de notre correspondante

Le temps de l'impunité est peut-être révolu pour Elie Hobeika. Tenu pour le principal artisan des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, en septembre 1982, «HK» - son nom de guerre - ne peut plus désormais échapper à son passé. Le parquet belge a accepté la plainte pour «crime de guerre, génocide et crime contre l'humanité» déposée à Bruxelles le 18 juin par des survivants de la tuerie. Les deux avocats belges des plaignants ont proposé hier au juge d'instruction, Patrick Collignon, l'envoi d'une commission rogatoire au Liban et en Israël. Ils lui ont présenté une liste de témoins et de suspects à entendre.

«Abominable pogrom». Au moment des faits, Hobeika était le chef des services de renseignement des Forces libanaises (FL, droite chrétienne), milice alliée d'Israël. Il commandait les unités de la milice entrées dans les camps à l'instigation d'Israël qui venait d'investir Beyrouth-Ouest. Le carnage avait duré quarante heures, au vu et au su du commandement militaire israélien. Bilan: 700 à 800 morts selon la commission d'enquête israélienne Kahane, au moins 3000 pour d'autres sources. La commission Kahane avait établi la «responsabilité directe» des FL dans cet «abominable pogrom contre des civils sans défense». Présent sur le terrain, Hobeika supervisait lui-même les massacres et donnait les consignes à ses hommes. C'est en tout cas ce qu'affirment historiens et journalistes de tous bords.

Pourtant, la plainte ne vise pas nommément Elie Hobeika. Les 23 plaignants (dont 22 rescapés) palestiniens et libanais se sont constitués partie civile contre Ariel Sharon, ministre de la Défense au moment des faits, Amos Yaron (à l'époque, commandant des forces israéliennes de la région de Beyrouth) «et toute autre personne, israélienne ou libanaise, dont la responsabilité dans les massacres sera établie».

«La plainte n'exclut personne», martèle, circonspect, le Libanais Chibli Mallat, l'un des trois avocats des parties civiles, précisant que «c'est au juge d'instruction d'identifier tous ceux qui sont susceptibles d'être inculpés». Me Mallat «ne veut pas anticiper l'enquête». Mais il estime que «la responsabilité de miliciens des FL, en tant qu'exécutants, paraît difficilement contestable à la lumière de l'abondante littérature publiée sur le carnage». Cela met directement en cause Hobeika.

Pourquoi alors n'est-il pas cité dans la plainte? L'avocat invoque «des raisons juridiques»: «Nous nous concentrons dans un premier temps sur le commanditaire, qui porte une responsabilité plus grave que l'exécutant, selon le droit international. Pendant dix-neuf ans, Sharon a nié sa responsabilité dans le carnage alors qu'il est le seul à qui la commission Kahane a imputé une responsabilité personnelle. Nous espérons redresser la balance aujourd'hui, sans pour autant occulter d'autres responsabilités qui apparaîtront dans l'enquête.»

«Ambiguïté libanaise». Autrement dit, la plainte vise aussi «HK». Pour lui, ce n'est donc que partie remise. «En faisant provisoirement l'impasse sur Elie Hobeika, dont la responsabilité est pourtant incontestable, la plainte semble assumer l'ambiguïté libanaise», commente Samir Kassir, éditorialiste au quotidien An-Nahar. C'est que la procédure ne laisse pas d'embarrasser les autorités, et pas seulement à cause du malaise de l'opinion chrétienne qui craint déjà d'être diabolisée. Pour Beyrouth, qui a toujours occulté toute responsabilité libanaise dans la tuerie, Sharon est le seul «boucher» de Sabra et Chatila. Dès lors, le gouvernement fait face à un dilemme: Sharon étant visé au premier chef, il ne peut refuser de coopérer avec la justice belge, ce qu'il sera sans doute appelé à faire. Mais en même temps, rien ne dit qu'il y consentira si Hobeika venait à être mis en cause. D'ores et déjà, la justice a fait savoir qu'elle ne disposait d'aucune information sur les massacres. Version démentie par le chef des renseignements militaires de l'époque, qui a affirmé dimanche qu'un dossier existait au ministère de la Défense.

Pas d'immunité. L'embarras du Liban tient surtout à ce que Hobeika est l'un des protégés de la Syrie, puissance tutélaire. Devenu l'homme des basses œuvres de Damas, Hobeika n'a jamais été inquiété depuis la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990). La Syrie l'a même fait ministre, entre 1991 et 1998. En 1999, quand son ancien garde du corps Robert Hatem, dit «Cobra», publie une biographie révélant l'implication de son ex-patron notamment dans les tueries de Sabra et Chatila, les autorités ont tout fait pour le blanchir. Le livre a aussitôt été interdit. Des poursuites ont été lancées contre son auteur et même contre les journaux qui en ont parlé. Hobeika avait aussi porté plainte à Paris pour diffamation, puis il a retiré cette plainte car l'avocat de Robert Hatem entendait saisir la justice française «pour les crimes contre l'humanité commis par Hobeika à Sabra et Chatila».

Depuis sa défaite aux législatives d'août 2000, «HK» a en effet perdu son immunité parlementaire. De plus, l'amnistie qui couvre au Liban les tueries de Sabra et Chatila, en tant qu'épisode de la guerre, est balayée par la compétence universelle des tribunaux belges. Elie Hobeika a néanmoins pris de court tout le monde en annonçant qu'il était prêt à comparaître devant la justice belge «pour prouver [son] innocence».


 Retour de bâton pour le boucher de Sabra et Chatila.

 Elie Hobeika accusé de "crime contre l'humanité'' par son ex-garde du corps. 

 Jean-Pierre Perrin.  Libération le 21/09/200

Sans l'obsédant souvenir des effroyables massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, qui risque de hanter les débats, le procès d'un criminel de guerre poursuivant en justice son garde du corps pourrait apparaître insolite. Les 9 et 11 octobre, la 17° chambre correctionnelle de Paris aura en effet à juger si Robert Hatem, surnommé "Cobra", est coupable de diffamation envers Elie Hobeika, qui fut l'un des pires chefs de milice pendant la longue guerre civile libanaise (1975-1991). Dans un livre en anglais - De Jérusalem à Damas -, Cobra avait écrit la biographie de son ex-patron, qui fut l'un des chefs des Forces libanaises (FL, droite chrétienne). Le garde du corps, qui n'est lui-même pas un saint, n'avait pas fait dans la délicatesse. Voulant tout révéler, il n'avait pas hésité à dévoiler le nom de nombreuses maîtresses de son ancien chef.

A Beyrouth, le livre est aussitôt interdit, et son auteur poursuivi en justice, de même que les journaux qui y ont fait référence. Comme on peut aussi commander l'ouvrage à Paris, l'affaire déborde vite le cadre du Liban. Plainte est donc déposée par Elie Hobeika, DONT L'AVOCAT EST MAÎTRE HENRY LECLERC, PRESIDENT HONORAIRE DE LA LIGUE DES DROITS DE L'HOMME.

Pour les historiens libanais, les révélations de Cobra semblent fondées. Hobeika, qui dirigea les Forces libanaises et fut l'homme des basses oeuvres du régime syrien, FUT D'ABORD CELUI QUI ORCHESTRA, EN SA QUALITE DE CHEF DES SERVICES DE RENSEIGNEMENTS DES FL, LES TUERIES COLLECTIVES DE SABRA ET CHATILA, le 16 septembre 1982 à Beyrouth. Deux commissions d'enquête, dont la commission israélienne Kahan, l'avaient d'ores et déjà établi. Mais l'ancien garde du corps souligne également

l'implication de son chef dans nombre d'attentats et d'assassinats de personnalités politiques, comme Tony Frangié et sa famille, en 1987.

Après la guerre civile libanaise, Elie Hobeika, contrairement à Samir Geaga, son successeur et rival à la tête des FL, qui croupit aujourd'hui dans un cachot, n'a jamais été inquiété. Tirant sa légitimité politique de Damas, IL A NOTAMMENT ETE MINISTRE DE L'EAU ET DE L'ELECTRICITE DANS LE GOUVERNEMENT DE RAFIC HARIRI. Quand le livre de Cobra est sorti, cette année, tout a été fait à Beyrouth pour blanchir Hobeika. On l'a imposé dans des émissions de télévision. Aux dernières élections législatives de septembre, on s'attendait à ce qu'il retrouve son mandat de député. Surprise : il a été battu.

A Paris, la défaite de l'ancien chef de milice est de bon augure pour le prévenu. Prenant acte du fait que Hobeika n'est plus protégé par son immunité parlementaire, l'avocat de Cobra, Maître Elie Hatem, y voit l'occasion de faire de ce procès "un mini-Nuremberg sur le Liban". Aussi, compte-t-il, lors de l'audience, saisir la justice française pour "les crimes contre l'humanité commis par Hobeika à Sabra et Chatila". Perpétré trois jours durant, au lendemain de l'assasinat du président Béchir Gemayel, le 14 seprembre 1982, les massacres avaient fait quelque 1500 morts, essentiellement des vieillards, des femmes et des enfants.

Le 16 septembre dernier, lors d'une cérémonie de commémoration, quelques rescapés avaient rappellé ce que furent ces tueries, commis par les Forces libanaises, alors que l'armée israélienne était déployée en force autour des deux camps. "Les têtes de mon père et de ma mère, octogénaires, ont été fracassées à la hache. Les rues de Chatila étaient jonchées de cadavres de vieillards décapités, de femmes éventrées, de jeunes hommes criblés de balles et d'enfants aux têtes écrasées", s'est souvenu Adnan Moqdad, qui avait perdu 43 de ses proches. Pour maître Hatem, "il ne fait aucun doute que ce qui s'est passé à Sabra et Chatila relève du crime contre l'humanité". Dans sa plaidoirie, il compte donc rappeller ses responsabilités au procureur de la République pour que soit délivré un mandat d'arrêt international contre Hobeika et qu'il soit ensuite déféré devant la justice, que ce soit en France ou à La Haye. "Dans se but, je ferai venir des témoins des quatres coins du monde, y compris d'Israël, et des documents seront produits à l'audience", ajoute-t-il. Le procès est-il, dès lors, dans l'intérêt de Hobeika? Interrogé, Maître Leclerc a laissé entendre qu'il pourrait ne pas avoir lieu.

 

Libération le 21/09/200