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Deux soldats israéliens lynchés par la foule à Ramallah
[ 12/10/2000 - 15:39]

JERUSALEM (AFP)

Deux militaires israéliens ont été lynchés à mort par une foule en furie dans la ville de Ramallah (Cisjordanie) et leurs corps ont été remis par la police palestinienne à Tsahal.

"C'est un incident très, très grave", a indiqué à l'AFP un responsable militaire à Jérusalem. "Je pense que cela peut dégénérer", a-t-il ajouté. "Ils ont été massacrés", a-t-il affirmé, précisant que les deux victimes et deux de leurs camarades, qui auraient été capturés avec eux, n'étaient pas des soldats d'active, mais "des soldats remplissant des tâches administratives".

"Ils se dirigeaient vers l'une des bases militaires de la région" et se sont trompés de route, a-t-il poursuivi. Il a affirmé qu'ils étaient "probablement" en uniforme, "au moins l'un d'entre eux", et qu'à sa connaissance ils n'étaient pas armés. "L'un des deux corps, vous ne pouvez même pas l'identifier", a-t-il ajouté. "C'était une foule en furie", a-t-il dit.

Ce lynchage constitue "un évènement très grave", a affirmé, dans un communiqué, le Premier ministre israélien Ehud Barak, en ajoutant que son pays "saura quoi faire". C'est un "évènement très grave dont nous étudions encore les détails", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la Présidence du Conseil. "Nous saurons quoi faire", a ajouté Barak qui cumule les fonctions de ministre de la Défense. Il réunissait, dans l'après-midi à Tel Aviv, les responsables militaires et de la sécurité pour décider d'une ligne d'action, selon le communiqué.

Des responsables de la police palestinienne ont indiqué qu'il s'agissait de membres d'une unité spéciale de l'armée israélienne. Selon les premiers témoignages recueillis par l'AFP, les occupants du véhicule ont été arrêtés dans le centre de Ramallah par la police palestinienne lors d'un contrôle de routine. Après une longue discussion, ils auraient essayé de fuir, alors que la foule commençait à se rassembler sur les lieux après avoir eu vent de l'incident. Ils ont ensuite été arrêtés par la police, qui, selon des témoins, les a emmenés au poste pour leur propre sécurité.

Un groupe de jeunes Palestiniens s'est présenté devant le poste pour exiger que les quatre hommes leur soient remis, ont poursuivi les témoins. La police a refusé de les livrer et les manifestants, dont le nombre s'était entretemps accru, ont pénétré de force dans le bâtiment. Selon ces témoins, le lynchage s'est produit à l'intérieur même du poste, sous le regard impuissant des policiers.

La foule a battu et frappé à coups de couteau les prisonniers, avant de traîner les corps, dont le nombre exact n'est pas connu, à travers les rues jusqu'à la place Manara, en plein centre de Ramallah. Un correspondant de l'AFP a vu le cadavre d'un homme qui portait un pantalon kaki de type militaire. Le corps, qui n'avait plus de chemise, était en sang et portait des traces de coups à la tête.

La police palestinienne a immédiatement pris position à toutes les entrées et à tous les carrefours de la ville, tandis que deux hélicoptères, dont un Cobra, et un avion de reconnaissance israéliens survolaient Ramallah à basse altitude. La panique a alors remplacé la rage parmi les manifestants, qui se sont enfuis dans tous les sens en hurlant: "Les Israéliens arrivent! les Israéliens arrivent!"

Dans toute la ville, les magasins et les écoles ont aussitôt fermé, les parents se précipitant pour aller chercher leurs enfants de peur d'une attaque de l'armée. Une longue file de voitures a été vue sortant de Ramallah en direction de Jérusalem, avant que les garde-frontières israéliens installent un barrage pour stopper ce début d'exode. Un photographe de l'AFP a été frappé et son matériel endommagé dans le chaos qui a suivi le lynchage.