desinfos@desinfos.com 
  
Emails des rédactions
Accueil    Textes    Courriers    Liens    Dates    Archives des infos    Avis d'utilisation

Pourquoi traiter avec les intégristes ?

Par Alexandre DEL VALLE * et Rachid KACI **
Le Figaro [21 août 2002]

Un an après le 11 septembre, forts du succès de l'opération Liberté immuable, nombreux sont ceux qui croient en avoir fini avec l'islamisme. Emportés par un élan optimiste, les dirigeants européens semblent avoir déjà abaissé la garde en vertu de ce syllogisme : Si Ben Laden est un intégriste, ceux qui le condamnent ne peuvent être que des musulmans « modérés ».

Tel est par exemple le cas de certaines figures du salafisme (doctrine officielle d'Al Qaida), comme Youssef Qardawi – auteur d'un ouvrage disponible dans toutes les librairies islamiques de France, Le Licite et l'Illicite (1992) où l'on apprend comment battre sa femme – qui condamna publiquement les attentats du 11 septembre, ou encore le Saoudien Al-Djazaïri, qui exhorte les musulmans français pieux à produire toutes sortes d'armes pour le djihad (La Voie du musulman, 1999), mais n'en est pas moins qualifié dans un grand quotidien du soir de « représentant de la mouvance modérée » du salafisme...

Certes, Qardawi, Djazairi ou Tariq Ramadan ont non seulement condamné les méthodes d'Al Qaida, mais ont proclamé la France « terre de conciliation » (dar al Ahd/dar al Solh) ou « terre de témoignage » (dar al Shahada), semblant ainsi rompre ainsi avec la conception classique qualifiant l'Ouest de « terre de la guerre » (dar al Harb). Mais ils n'en ont pas pour autant renoncé au djihad qu'ils continuent de légitimer, non pas en Europe occidentale, puisque l'islam peut y être annoncé et pratiqué en toute quiétude, mais dans les Balkans, la Tchétchénie, les Philippines ou la Palestine, cause favorite des Frères musulmans depuis la création de l'organisation en 1928 par Hassan Al Banna.

Idéologue favori de l'antenne française des Frères musulmans, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), Tariq Ramadan, propre petit-fils d'Hassan Al Banna, a d'ailleurs expliqué (L'Islam en questions, 1996) que le djihad terroriste était inévitable en Palestine. N'oublions pas d'ailleurs que l'antenne palestinienne des Frères musulmans s'appelle... le Hamas.

Une question se pose alors pour tout républicain, qu'il soit chrétien, juif, « mécréant » ou musulman : lorsqu'on reconnaît comme interlocuteurs officiels des organisations « islamistes modérées » issues des Frères musulmans – comme l'UOIF – ou du Tabligh (secte ultrafondamentaliste adhérant à la même doctrine que les talibans), est-on conscient qu'ils agissent en alliés objectifs du totalitarisme islamiste et trahissent tant la démocratie que les musulmans libéraux, premières victimes du « fascisme
vert » ? Si ces mouvances proclament leur « pacifisme » en France, elles appuient le djihad ailleurs, ambitionnent de voiler les femmes et d'empêcher l'intégration des beurs « menacés » par les valeurs « impies ».

Depuis quelques années les pouvoirs publics se sont en effet donné pour mission d'organiser le culte musulman en France. L'objectif est clairement de trouver des interlocuteurs crédibles au sein de la seconde religion du pays. L'intention est tout à fait louable et le résultat absolument nécessaire. Après les tentatives infructueuses des ministres Joxe et Pasqua, Jean-Pierre Chevènement a engagé à son tour en 1999 un processus visant à créer une instance représentative de l'islam de France. Il créa ainsi, en catimini, la Consultation des musulmans de France, y invitant des personnalités du monde musulman et des structures prônant soit un islam politique incompatible avec notre conception de la laïcité soit un fondamentalisme identitaire rejetant toute intégration.

Pire encore, la consultation a pris le risque de donner les clefs de l'islam de France aux mouvements les plus radicaux et les plus sectaires et contrôlés idéologiquement et financièrement par des puissances étrangères pas toujours animées des meilleures intentions vis-à-vis de notre modèle de société. Des musulmans éclairés comme le mufti de Marseille, Soheib Bencheickh, n'ont pas manqué de dénoncer à juste titre cet état de fait. La nécessité de favoriser l'émergence d'une structure représentant l'islam de France ne doit d'aucune manière mener à la création, comme cela semble être le cas, d'un syndicat des islamistes en France.

A son arrivée place Beauvau, Nicolas Sarkozy, en charge du dossier, n'a pourtant pas mis fin à cette scandaleuse consultation qui, à terme, donnera une légitimité et un pouvoir incontestables aux représentants de l'islam politique ou fondamentaliste prenant leurs ordres à l'étranger. Au lieu de dissoudre, le ministre de l'Intérieur s'est contenté de geler le processus.

Avant de tenter d'organiser l'islam en France, il faut d'après nous commencer par couper le cordon qui le lie à « l'internationale intégriste ». Pour ce faire, il faut procéder à une étude méticuleuse des comptes de toutes ces structures religieuses pour connaître l'origine exacte des fonds qui servent à implanter, dans nos banlieues notamment, une idéologie dangereuse. A l'heure où l'on prononce à raison la dissolution de mouvements néo-nazis comme Unité radicale, il serait judicieux de se pencher sur les idées tout aussi fascisantes de mouvements comme celui des Frères musulmans ou des Tabligh, devenus des interlocuteurs de nos pouvoirs publics.

Par ailleurs, il faut procéder à la dissolution des associations religieuses déclarées sous le statut de la loi 1901 alors qu'elles devraient l'être sous celui de la loi de 1905. Elles ne pourraient plus ainsi bénéficier des aides ou facilités accordées de façon inconsciente ou irresponsable par les institutions publiques (municipalités surtout).

Ensuite, pour construire, il faut se tourner vers des personnalités religieuses éclairées et courageuses comme l'est Soheib Bencheickh mais aussi vers des personnalités laïques d'origine musulmane pour ne pas laisser la religion aux seules religieux. Les musulmans français doivent être, enfin, coupés de la tutelle de leur pays d'origine ou de pays étrangers souvent totalitaires et ennemis de notre conception humaniste de la vie.

Les responsables politiques et intellectuels tiers-mondistes qui participent à la respectabilisation et à la reconnaissance des intégristes islamistes sous prétexte que ceux-ci ne sont pas tous des terroristes oublient que la lutte contre Al Qaida n'est qu'un des volets de la guerre contre le totalitarisme islamiste, lequel menace d'abord idéologiquement les valeurs des démocraties libérales : la stratégie « pacifiste » de « pénétration par étapes » chère aux Frères musulmans peut s'avérer plus efficace que celle du djihad terroriste.

Faudra-t-il attendre d'autres 11 septembre pour que le monde libre comprenne qu'il a tort d'accorder la liberté aux ennemis de la liberté ? Que la démocratie est un trésor d'une extrême fragilité à défendre chaque jour ? Que les islamistes qui luttent « pacifiquement » contre l'intégration adhèrent au même projet totalitaire que les terroristes d'Al Qaida ? Nos dirigeants seraient bien inspirés de relire La Société ouverte et ses ennemis de Karl Popper...

* Géopolitologue, publiera le 11 septembre Le Totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties (Syrtes, 2002).

** Ancien membre de France Plus, président d'une association d'intégration dans les banlieues, Democratia, adjoint au maire de Sannois (Val-d'Oise).

Fermer la fenêtre