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Islamophobie ou reductio ad Hitlerum ?
Par Alexandre del Valle
24 mai 2002
Le Monde a refusé de faire paraître cet article.

Est-il encore possible en France d'écrire sur l'islam, l'islamisme, ou le monde arabo-musulman en général autrement que de façon complaisante, apologétique, « islamiquement correcte » ? Est-il encore possible au pays de Voltaire, d'exprimer, même de manière argumentée et scientifique, son refus de l'obscurantisme, en l'occurrence islamique, sans être ipso facto rangé dans la catégorie diabolisante de « l'islamophobie », équivalent
vert de la judéophobie, voire du « racisme », et bien évidemment du « fascisme »? L'article de Xavier Ternizien « Le danger de l'islamophobie » consacré à ma modeste personne dans les colonnes de ce journal le dimanche 12-lundi 13 mai 2002, montre que la chose semble être devenue difficile.

Précisons d'emblée que si le fait de mettre en évidence la nature totalitaire d'une certaine scolastique musulmane - hélas figée depuis des siècles et qui sert de référence aux islamo-terroristes - choque certains intellectuels tiersmondistes et « antiracistes » qui voient dans les revendications néo-obscurantistes des islamistes de simples « droits à la différence », la chose apparaît en revanche tout à fait naturelle pour la plupart des Musulmans, premières victimes du Totalitarisme vert. Nos néo-censeurs bien pensants et autres indignés professionnels le savent. Ils connaissent les écrits du Voltaire musulman Ibn Warraq, les indignations du Grand Mufti de Marseille Souheib Bencheikh, parti en guerre contre le Tabligh ou les Frères Musulmans (hélas reconnus comme représentants officiels par les pouvoirs publics), les analyses de grands savants musulmans comme Abd Al Razeq, Abou Zeid, Mohamed Tabli ou encore Mohamed Charfi en Tunisie, courageux président de la Ligue des Droits de l'Homme qui va bien plus loin que moi lorsqu'il explique l'incompatibilité de l'orthodoxie islamique avec la démocratie libérale. Qu'il s'agisse de Rachid Kaci, Ibn Warraq, Mohamed Guadi, Latifa Ben Mansour, qui vient de sortir un courageux essai sur les « Frères musulmans frères féroces », mes amis musulmans savent que je ne verse ni dans l'islamophobie ni dans l'arabophobie. Aucun d'entre eux ne me tient coupable des incendies de mosquées!

M. Ternizien écrit que je suis « sorti de nulle part ». Je répondrai que je suis chercheur en géopolitique à Paris II, enseignant à l'Ecole de Guerre Economique (EGE) et collaborateur aux revues Outre Terre, Stratégique, Géostratégique, Politique internationale, ainsi qu?au Figaro. S'il veut savoir d'où de viens, qu'il sache que ma famille est originaire d'Algérie et de Tunisie, que je lutte depuis des années pour le développement du monde arabo-musulman, un monde que j'aime mais qui est hélas de plus en plus prisonnier de ses contradictions et convulsions identitaires post-coloniales. Le journal algérien Le Matin et Arabies ont fait écho de mes thèses certes iconoclastes dénonçant le coupable et suicidaire soutien de l'Occident à l'islamisme, alliance qui se retourne contre le monde arabe, l'Europe et Israël. Mes maîtres et références sont le Général Pierre Marie Gallois, ancien de la RAF, Jean Pierre Chevènement et Gabriel Kaspereit. M. Ternisien semble être choqué par le fait que j'ai participé à des colloques organisés par des milieux aussi différents ou opposés que la nouvelle droite, les « amis du Likoud », les catholiques conservateurs ou le Bnaï Brith. Je répondrais que son rôle de journaliste ne consiste pas, à ma connaissance, à régenter mes allées et venues et que ma présence ici où là ne suffit pas à faire de moi un « infiltré de la nouvelle droite » recruté par le Likoud. J'espère pouvoir encore avoir le droit d'enquêter et de parler où bon me semble. Je trouve surtout risible que leun des plus grands quotidiens français se penche sur mes déplacements (entre nous qui n'intéressent personne !) ou m'accuse notamment d'avoir croisé en 1994 un certain Claudio Mutti, l'éditeur italien des Protocoles des Sages de Sion lors d'un colloque organisé par la "nouvelle droite néo-païenne", alors que ce Claudio Mutti, alias Omar Amine, islamiste italien pro-khomeiniste sur lequel j'enquête depuis des années et que je combat dans tous mes écrits et conférences, n'a jamais participé à ce colloque ! Je trouve triste qu'un quotidien aussi appréciable et prestigieux que Le Monde donne dans le lynchâge médiatique et la délation, car le fait de livrer aux lecteurs le nom d'un chercheur qui a pourtant prévenu qu'il était menacé par les Islamistes rappelle les mêmes tristes époques que déplore à juste titre M. Ternisien. En Italie, Oriana Fallaci a elle aussi été ainsi traînée dans la boue et lancée à la vindicte publique puis menacée de mort par les fascistes verts.

Mais je sais que l'attaque était plus dirigée contre mes idées « incorrectes » que contre ma personne. D'une manière générale, le 11 septembre a hélas montré que les thèses alarmistes de Samuel Huntington ou de Bernard Lewis, mon maître en islamologie, ainsi que mes analyses pessimistes relatives au choc civilisationnel et géopolitique entre l'Occident et l'islamisme, certes déplorable (qui s'en satisferait ?), n'étaient pas entièrement infondées. Ne pouvant (ou ne voulant) contester, dans le cadre d'un débat démocratique de fond mes idées et écrits, certes dérangeants et que l'on est en droit de contester, mes détracteurs divers, islamologues « reconnus », « surgis de quelque part », eux, intellectuels d'extrême-gauche, antisionistes ou islamophiles, dont les lunettes déformantes font voir des « fascistes-racistes-islamophobes" chez ceux qui ne pensent pas comme eux, tentent de faire taire en France les rares voix discordantes « islamiquement incorrectes » en tentant de les diaboliser, en les soumettant à la « reductio ad Hitlerum », en les attaquant en dessous de la ceinture ou à travers de véritables procès en « hitlero-tittisme ». Je ne souhaite pas à mes détracteurs de subir mon sort. Je leur propose seulement d'accepter de débattre, de dialoguer et, s'ils y tiennent, de combattre ceux qu'ils qualifient à tort d'« islamophobes », mais de grâce, avec des armes intellectuelles dignes d'eux. Le climat actuel de retour de l'inquisition médiatico-intellectuelle s'inscrit selon moi dans le contexte global fort inquiétant de la montée des communautarismes et du recul des démocraties, menacées par ce que j'ai appelé la convergence des totalitarismes, rouge, brun et
vert, philosophiquement et structurellement solidaires. Car ceux-là mêmes qui fascisent et traitent "d'islamophobes" les penseurs non-soumis au totalitarisme vert et à la pravda rouge sont les alliés objectifs des nouveaux fascistes religieux décidés à en découdre avec les « judéo-croisés ». Ceux qui parlent "d'islamophobie" pour minimiser l'actuelle vague planétaire de judéophobie à vocation exterminatrice, ceux qui relayent directement ou indirectement les thèses de Ben Laden ou des Kamikazes sous prétexte que l'Amérique ou les "fascistes israéliens" auraient "agressé" les Musulmans, se comportent selon moi comme des complices objectifs de la nouvelle barbarie verte. Ceux qui nient les attentats du World Trade Center sous prétexte que cette catastrophe contredit la pravda idéologique « anti-impérialiste » et « progressiste » sont, comme l'a montré Alain Finkielkraut, des "négationnistes en temps réels". Je comprends qu'ils m'en veulent de dire cela.

Ne nous trompons pas d'ennemis, le totalitarisme islamiste est la principale menace pour les démocraties occidentales et le continuateur des deux précédents. Après la Lutte des Classes et la Lutte des Races, le IIIème totalitarisme a inauguré l'ère néo-totalitaire post-guerre froide de la Lutte des Religions et des Civilisations. Il est autant vain que ridicule de chercher les nouveaux fascistes chez les chercheurs qui luttent contre l'islamisme. Les Fascistes et les Nazis historiques l'ont bien compris, eux qui sont solidaires de Ben Laden après avoir acclamé comme Claudio Mutti ou François Genoud, le Grand Mufti de Jérusalem ou l'ayatollah Khomeiny. Les nouveaux « nazis religieux » ont comme nouvel étendard revanchard, anti-occidental, anti-juif et anti-croisés, le drapeau verdâtre des Moujahidines, lesquels s'abreuvent aux mêmes Mein Kampf et aux mêmes Protocoles des Sages de Sion, tant diffusés dans le monde islamique et jusque dans nos « banlieues de l'islam » par les innombrables héritiers islamistes d'Hitler que sont Claudio Mutti et ses coreligionnaires « salafistes » saoudiens à qui l'on a inconsidérément donné une partie de nos immigrés musulmans en pâture. Ce n'est pas le meilleur service que l'on aura rendu aux causes sacrées de l'intégration et de la lutte contre le fascisme.

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