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Le Pakistan et l'Arabie saoudite : épicentres du totalitarisme islamiste

Alexandre del Valle
Essayiste et rédacteur en chef de «Géostratégiques»
3 janvier 2002

Depuis la défaite des Talibans, écrasés en à peine deux mois par l'action conjointe des bombardements américains et des forces terrestres de l'Alliance du Nord, analystes et politiques occidentaux crient victoire et n'hésitent pas à proclamer la mort d'Al Qaïda, et, du même coup, la disparition prochaine et définitive de la menace islamiste internationale, d'autant que l'on se félicite, ici et là, du fait que nos " amis " saoudiens et pakistanais sont revenus à la raison et auraient cessé de financer le terrorisme islamiste international, du Hamas palestinien dont on exige de Yasser Arafat qu'il soit déclaré hors la loi, aux Talibans et aux Islamistes cachemiris ou tchétchènes, dont Islamabad aurait tout à coup découvert la nocivité. 

Or les plus récentes analyses des services de renseignement occidentaux, russes, ou même indiens convergent pour souligner le persistant et dangereux double jeu d'Islamabad dont les services secrets de l'ISI, qui ont mis en place les Talibans en Afghanistan, sont impliqués dans l'attentat kamikaze perpétré au Parlement indien le 13 décembre dernier et qui a entraîné la mort d'une quinzaine de victimes. Ce n’est pas par hasard si cet épisode est survenu peu après la déconfiture des Talibans et l'exfiltration de la plupart des hommes d'Al Qaïda vers le Pakistan, les commanditaires étant deux organisations terroristes figurant sur la liste des organisations terroristes du Département d'Etat : le Lachkar-e-Taiba et le Jaish-e-Mohamed, soutenues conjointement par l'ISI, Al Qaïda et les Talibans. Or, en vertu de la loi des vases communiquants, on ne peut plus écarter aujourd'hui le pire des scénarios possible, à savoir une explosion ( pouvant aller jusqu'à un conflit nucléaire) du brasier cachemiri permis à la fois par l'arrivée massive " d'Afghans arabes " et de Talibans et par la surenchère verbale belliciste de Moucharraf concernant la cause " sacrée " du Cachemire musulman, le chef d'Etat pakistanais ayant voulu ainsi, depuis le début de l’intervention, se faire pardonner par son opinion publique, largement opposée à Liberté immuable et en partie favorable aux Talibans pachtouns (frères des Pathans pakistanais), le " lâchage " des Talibans amis. La " cause islamique " par excellence du Cachemire est d'autant plus incontournable qu'elle a constitué, jusqu'à l'accord de Bonn du 5 décembre dernier, où Moucharraf a enfin pu justifier sa posture grâce à la nomination inattendue d'un pachtoun pro-pakistanais (Karzaï, lui-même ancien pro-taliban)) à la tête du Gouvernement provisoire, un exutoire aux encombrants islamistes d'Al Qaïda que Moucharraf a laissé gagner le Pakistan dès septembre afin qu'ils aillent grossir les rangs des mouvements islamistes indépendantistes du Cachemire. Malgré cela, la révolte gronde toujours dans les provinces pakistanaises limitrophes de l'Afghanistan, au nord-Ouest, où les militants de Tanzim Nifaz Sharian Muhammad manifestent pour que soit relâché leur chef, le Maulana Sufi Muhammad.

Toujours est-il qu’il est erroné de dire que, sous prétexte qu'il s'est solidarisé avec les Etats-Unis, le Pakistan est devenu un pilier de la coalition " anti-islamiste ". Il n’est pas inutile en effet de rappeler que le " pays des Purs ", créé en 1947 pour et par les seuls Musulmans refusant de cohabiter avec les " Infidèles " hindous, est un Etat intrinsèquement islamiste, surtout depuis les années 80 où la Charià la plus rétrograde fut instaurée au grand dam des femmes, des hétérodoxies musulmanes chiites (ismaéliens notamment) et des Chrétiens, régulièrement accusés de " blasphème " envers Mahomet et dont une vingtaine d'entre eux ont été sauvagement assassinés il y a peu dans la région du Pendjab en " représailles " à l'intervention américaine. On aurait par ailleurs tort de ne juger le Pakistan qu'à travers ses hautes élites militaires (seule structure plus ou moins pro-occidentale et sécularisée) qui seraient " forcément anti-islamistes " puisque formées dans le monde anglo-saxon à  l'instar de M. Moucharraf. Pol Pot, Hassan al Tourabbi et la plupart des cadres islamistes modernes ont été eux aussi formés dans nos universités...

Mais le Pakistan est surtout le lieu de naissance et la base arrière de deux parmi les plus importantes organisation islamistes du monde sunnite : premièrement, le Tabligh, dont les sectaires prosélytes vont fanatiser les Musulmans jusque dans nos " banlieues de l'Islam " et qui n'a jamais caché sa proximité idéologique avec les Talibans, d'autant que c'est le Tabligh qui a recruté ces dernières années la plupart des volontaires européens pour le Jihad en Afghanistan et les " stages " à Peshawar. Ensuite, le Jama'at-i-islami - pendant indo-pakistanais des Frères musulmans avec qui il possède une direction commune mondiale - organisation qui a inspiré, à travers les célèbres écrits de son idéologue, Aboulal'a Al-Mawdoudi, la doctrine révolutionnaire-tyrranicide de Sayyed Qutb, laquelle inspire aujourd'hui non seulement Al Qaïda, mais a influencé tous les mouvements terroristes égyptiens issus des dissidences des Frères musulmans :Takfir wal Hijra, Jihad Islamique et Gamaà islamiyya, etc, aujourd’hui tous membres de la " fraternité Ben Laden " et dont le GIA, le GSPC ou le Takfir algériens comme Enahda en Tunisie sont les héritiers directs. Rappelons aussi qu'au Pakistan, une madrasa et une moquée sur quatre sont contrôlées par des mouvements islamistes directement liés aux Talibans et à leur courant théologique d'origine, les Déoband, influencé par le wahhabisme saoudien :Jamiat Ulema i Islami, madrasas de Sami Ul Haq, du maulana Fazlur Rehman, du Shah Ahmed Noorani, etc. Depuis 1995, ces madrasas ont formé plus de 20 000 étrangers venus du monde entier (Afrique, Asie centrale, Afghanistan, monde arabe, etc), ceci avec la bénédiction des services secrets pakistanais et avec l'argent saoudien ou koweïtien... Tout cela montre à quel point le Pakistan, co-animateur et fondateur, avec l'Arabie saoudite, de la plupart des grandes structures mondiales de réislamisation fondamentaliste (dont le Congrès du Monde Musulman), mène un double jeu vis-à-vis de l'Occident et est, avec l'Arabie saoudite, l'un des deux principaux épicentres du séisme islamo-fondamentaliste dans le monde.

Quant à l'autre " ami " de l'Ouest et partenaire dans la lutte contre Al Qaïda (sic), dont on connaît également le rôle de premier plan dans le soutien à l'islamisme dans le monde entier à travers, notamment, la Ligue Islamique Mondiale (Al Rabita al-alam el-islami) siégeant à La Mecque ; l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) siégeant à Jeddah, l'Organisation Internationale d'Aide islamique ; l'Assemblée mondiale de la jeunesse islamique, l'Institut du Roi Fahd, les organisations " humanitaires " acheminant les Moujahidines vers les Balkans, la Tchétchénie, l'Afghanistan ou ailleurs (Islamic Relief International, Al Haramaïn, IIRO, etc) et les banques islamiques (comme Dar Al Baraka, Dar al Mal al Islami, elles-mêmes liées aux banques qui ont financées Al Qaïda : Al Takwa, BCCI), le 11 septembre a permis de dévoiler le rôle fondamentalement subversif et ambigu de cet " ami " pétrolier de l'Occident, les compagnies occidentales nous expliquant que le coût du baril en Alaska ou dans la Caspienne revient de 10 à 30 fois plus cher que le brut saoudien à 3 ou 4 dollars.... De toute évidence, seule la stratégie pétrolière des compagnies anglo-saxonnes et leur rôle dans le financement des campagnes électorales des candidats américains permettent d’expliquer pourquoi l'Arabie saoudite ne figure toujours pas sur la liste des Etats terroristes ou complices d'Al Qaïda... Dès le 11 septembre, en effet, nous étions quelques rares voix discordantes à oser dire ce que la projection de la fameuse cassette vidéo diffusée par le Pentagone le 13 décembre dernier  a permis de révéler : l'implication directe des hautes autorités religieuses saoudiennes voire même d'une partie des services secrets saoudiens dans les attentats de Manhattan. C’est que le pouvoir, en Arabie saoudite, n'est pas détenu par les Saoud, soi-disant pro-occidentaux, mais également par l'ordre religieux ultra-fondamentaliste des Wahhabites, qui ont la haute main sur plusieurs ministères et ont des relais dans les services secrets. La cassette vidéo du 13 décembre est d'autant plus terrifiante qu'elle prouve que les vrais chefs d'Al Qaïda sont les religieux wahhabites, qui donnent les ordres à Ben Laden et qui lui acheminent l'argent donné par de généreux émirs du Golfe, sous couvert de valise diplomatique ou des services secrets. On peut citer le Cheikh Al Gamdi, que Ben Laden embrasse au début du document, venu l'assurer de son soutien et l'autoriser à quitter l'Afghanistan, le cheikh Salih Al-Shwaybi, très influent en Saoudie, qui prononça une fatwa justifiant l'attentat de Manhattan, ou encore un autre mentor d'Al Qaïda cité dans la vidéo : cheikh Ulwan, alias Al Alwan, qui avait lui aussi autorisé par une fatwa les attentats suicides contre les " Infidèles " américains qui occupent la terre sacrée d'Arabie. Or, comme par hasard, c'est à peine 5 jours avant la projection de la vidéo que les autorités saoudiennes ont placé cheikh Salih Al Shuaybi en résidence surveillé de même pour le chef des services secrets saoudiens le Prince Turki, limogé comme son homologue pakistanais au moment des attentats du 11 septembre sachant qu'ils avaient maintenus les contacts avec les Talibans et Ben Laden jusqu'à cette date. Plus personne n'ignore non plus que l'Arabie Saoudite, comme le Pakistan, est menacée de l'intérieur non seulement par quelques organisations plus ou moins extrémistes, mais par un renouveau wahhabite extrêmement populaire contestant l'alignement pro-américain des Saoud et désireux de revenir au Wahhabisme des origines dont se réclament Ben Laden mais aussi de nombreux chefs religieux qui expriment leur contestation politique de façon sournoise mais bien réelle à travers des organisations d'opposition incontournables comme l'ARC(Advice Reformation Commitee) dont les représentants les plus radicaux sont bien sur en exil à Londres mais qui compte en Arabie saoudite plusieurs dizaines de milliers de sympathisants.

La diplomatie islamiste de Riyad est également visible en Europe, à travers les innombrables "Grandes Mosquées-centres islamiques " de Madrid, Lyon, Rome, Londres, etc, sans oublier la Bosnie, où la plus grande mosquée des Balkans vient d'être inaugurée à Sarajévo, grâce au soutien saoudien apporté via l'organisation de " bienfaisance ", le Haut Comité Saoudien (voué à la " reconstruction, l'aide éducative, religieuse et scolaire "), présidé par le Prince Sultan, gouverneur de Riyad. Depuis les accords de Dayton, ce sont près de 150 mosquées de facto " wahhabites " qui ont ainsi été financées et reconstruites, donc prises en main par l'Arabie saoudite à travers le Haut Comité saoudien. Quand on sait que les différentes arrestations des membres d'Al Qaïda et d'anciens "Afghans arabes " naturalisés bosniaques concernaient des employés du bureau du Haut Comité à Illidja (opération de police du 25 septembre 2001) et que l'Arabie saoudite, qui a décidé de faire de la Bosnie et du Kosovo l'épicentre de l'islamisation pour l'Europe, est le premier donateur à la Bosnie (560 millions de dollars par an), cela fait froid dans le dos. D'autant que nos Islamistes européens recrutés depuis Londres et entraînés au Pakistan ou en Afghanistan sont souvent passés par les Balkans où ils se ravitaillent toujours en armes, les frontières avec l'Union européenne et l'espace Shenghen étant rendues encore plus poreuse par la collaboration des mafias sud italiennes (Camorra, Sacra Coronna Unita, etc) et de la mafia albanaise en Mer adriatique, ceci parallèlement à un vaste système de trafic de clandestins et de drogue qui permet de financer et exfiltrer n'importe que réseau islamiste... Quant à des Etats également « amis », comme le Koweït que nous sommes allés secourir en 1991, leur façon de remercier les protecteurs occidentaux a été de financer les Frères musulmans en Europe et aux Etats Unis puis le Hamas palestinien, responsable du chaos actuel, puis de participer à la création, à Lugano, du Nada Management Group, l’un des holding-clé de Al Qaïda en Europe !

            On se rend donc, à la lumière de ces événements, à quel point l’Occident s’est fourvoyé en considérant le Pakistan, le Koweït ou l'Arabie Saoudite comme des Etats « amis » et « alliés »  contre l'Islamisme international.

 
La fin annoncée de l’islamisme... ?

 
D'éminents islamologues s'entêtent de nous expliquer, depuis le 11 septembre et surtout depuis la « défaite d’Al Qaïda », que l'Islamisme est " moribond ", que le syndrome Ben Laden est l’ultime manifestation d'une " crispation " et de " l'échec patent de l'Islam politique " (Olivier Roy) ; que l'islamisme révolutionnaire et salafiste de Ben Laden est minoritaire, hérétique et impopulaire au sein du monde islamique, majoritairement « tolérant ». Or, l'étude objective des faits nous prouve l'exact contraire. A part la Tunisie et la Turquie, depuis une vingtaine d’années, tous les Etats musulmans du monde ont à des degrés différents réintroduit tout ou partie de la Charià dans leurs systèmes juridiques continuent de perpétuer le principe d'inégalité entre hommes et femmes (partout ailleurs mineures et héritières lésées), Musulmans et non-Musulmans, de sorte que la liberté de conscience et de " circulation des religions » est partout interdite (même au Maroc, en Tunisie ou en Turquie), voire passible de la peine capitale (Pakistan, Afghanistan, Arabie Saoudite, Iran, Soudan, Nigéria, Mauritanie, etc). Quant à l'échec de l'Islam politique, on peut en douter :  les Frères musulmans, désormais reconnus en Egypte après des années d'interdiction, disposent de 17 sièges au Parlement égyptiens, ont également des élus et/ou sont représentés au Gouvernement en Jordanie, au Koweït, en Algérie, au Maroc, au Soudan, au Yémen, etc, ou sont à la tête de municipalités comme en Turquie (17 des plus importantes villes du pays). Plus inquiétant encore, depuis une dizaine d'années, les gouvernements en place n'ont trouvé d’autre solution pour calmer les Islamistes que de céder à leurs revendications : en Egypte, Moubarak a fait libérer 22 000 prisonniers politiques islamistes proches de la nébuleuse d’Al Qaïda, permis aux Frères musulmans de contrôler des programmes de télévision, des syndicats professionnels (Médecins), de faire rétablir un droit de censure et même de faire appliquer la Charià au sein des tribunaux civils. En Algérie, un code de la famille également inspiré de la Loi islamique a été réintroduit sous Chadli Ben Jedid, au grand dam des femmes redevenues mineures, tandis que la Charià est appliquée de force y compris aux Chrétiens dans onze Etats sur trente au Nigéria. Prenons enfin le cas du voile islamiste (à ne pas confondre avec le foulard traditionnel dans les campagnes) : pratiquement disparu dans les métropoles algériennes, égyptiennes, indonésiennes, ou turques entre le début du siècle et les années 80, il s’est généralisé en Egypte ou en Anatolie, voire dans de nombreux quartiers d'Istambul. Certes, tous les Islamistes ne sont pas membres d’Al Qaïda ! Mais dans la mesure où l’islamisme « modéré » qui séduit partout les masses musulmanes radicalisées contre l’Occident « judéo-croisé » est diffusé par les mêmes pôles de réislamisation (wahhabisme saoudien, Frères musulmans, Tabligh, Déoband, la Jamaà-i-islami) qui sont à l’origine de l’islamisme jihadiste d’Al Qaïda, il apparaît peu raisonnable de dire que l’on en a terminé avec le Totalitarisme islamiste, dont le 11 septembre a montré qu’il est alimenté par des banques, associations humanitaires, Etats et sociétés reconnus comme interlocuteurs « amis ». Rappelons seulement que l’expression chère à Ben Laden « judéo-croisés » est en parfaite conformité avec celle par laquelle la plus prestigieuse organisation islamique internationalement reconnue, la Ligue Islamique Mondiale, désigne le monde occidental : « l’Ouest croisé » (al Gharb al Salibi).

 
Et si les attentats de Manhattan n’étaient qu’un début ?
 

En dépit des cris de victoire des Occidentaux et de l'Alliance du Nord, qui ont certes raison de se féliciter de l'échec des Talibans, il est bon de garder présent à l’esprit le fait que moins de 500 séides «afghans » d’Al Qaïda ont été tués ou faits prisonniers, chiffre dérisoire sur un total de 15 000 membres actifs disséminés à travers une soixantaine de pays. Parmi eux, près de 5000 étaient encore en Afghanistan il y a peu et sont aujourd'hui en route vers d’autres jihad, de l'Asie centrale (Vallée de la Ferghana) au Caucase (Daghestan, Tchétchénie, Abkhazie), en passant par le Golfe (Saoudie, Koweït, Qatar) ou l’Afrique (Soudan, Erythrée, Somalie, Egypte, Algérie, Nigéria). Il est donc clair qu'Al Qaïda ne ressort que très partiellement vaincue de l'opération Liberté Immuable, en tout cas à peine plus que lorsque que Ben Laden et son QG avaient déjà dû quitter les bases du Yémen ou du Soudan. Al Qaïda n'est donc pas morte. Ben Laden n'est probablement même pas son chef réel, et il est à craindre qu'après une période plus ou moins longue de mise en sommeil et de reconstitution des réseaux, y compris sur le sol européen, australien, canadien et américain, l'organisation, décidée à anéantir partout où se trouvent les " Juifs et les Croisés ", recommence à frapper de plus belle, cette fois-ci avec de nouvelles armes de destruction massive : armes bactériologiques et chimiques, valises-bombes nucléaires, qu'Al Qaïda possède déjà grâce à la collaboration avec des spécialistes des ex-services secrets est-allemands et soviétiques.

Plus que jamais, et quoi qu'on en dise, la popularité de Ben Laden et de l'organisation islamiste des Frères musulmans qui est derrière lui, avec l'appui du wahhabisme international, est sans précédants dans un monde islamique de plus en plus gagné par la fièvre xénophobe anti-occidentale, anti-chrétienne et anti-juive, haine que la surmédiatisation globalement anti-israélienne du conflit israélo-palestinien par les médias occidentaux contribue à relayer et exporter jusque dans les banlieues de l'Islam en Europe et même aux Etats-Unis. Car au pays de Georges Bush lui-même, ce sont près de 80 % des mosquées et centres islamiques (dont le très puissant lobby CAIR, lié au Hamas) qui sont contrôlés par les Frères musulmans et les Wahhabites saoudiens. Le verre est donc toujours dans l'oeuf. Et tant que les Etats occidentaux n’auront pas mis définitivement et impitoyablement hors la loi les mouvements islamistes comme le Tabligh ou les Frères musulmans, avec qui nos dirigeants, hélas, négocient, et entrepris d’appliquer une législation ferme en matière d’immigration et de sécurité, Al Qaïda pourra continuer à recruter parmi les islamistes condamnés chez eux et donc accueillis comme « réfugiés politiques » chez nous, parmi les fils d’immigrés musulmans hélas donnés en pature aux fanatiques prédicateurs étrangers, et même parmi les convertis Occidentaux. Car là aussi, les lois de la psychologie sociale sont fort complexes : le nombre de conversions à l’islam n’a jamais été aussi élevé aux Etats-Unis et en Europe que depuis le 11 septembre. Formidable leçon de « stratégie hégélienne » (Hégel parlait du rôle particulier de la violence dans l’Histoire), Ben Laden a peut être tout simplement compris que plus le Totalitarisme démontre sa force et sa barbarie, plus il fascine une société frappée par le virus mortifère de la honte de soi et du syndrome de Stokholm...     


Note biographique

* Alexandre del Valle, chercheur en Géopolitique à Paris II et à l'Institut International d'Etudes Stratégiques (IIES), est l'auteur d'un essai préfacé par le général P.M Gallois: " Islamisme et Etats-Unis (L'Age d'Homme, 1997) et collabore à différentes revues de géopolitique (Hérodote ; Stratégique, Géostratégiques, Quaderni Geopolitici) ou d'actualité politique (Figaro Magazine, Spectacle du Monde, Panoramiques, etc).
Dans son dernier ouvrage, " Guerres contre l'Europe : Bosnie, Kosovo, Tchétchénie " (2001, Editions des Syrtes)