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Croisade et djiad contre Israël

PAR MICHEL DARMON - Ingénieur général du Génie Maritime (cr) ; président de France-Israël

Entouré d'un océan de dictatures arabes, le territoire de l'État d'Israël, désert du Néguev inclus, ne dépasse pas celui de trois ou quatre départements français. La place qu'occupe le petit Israël sur la scène internationale tient ainsi, géographiquement parlant, d'une extrême démesure.

Il est donc tout à fait impossible de suivre nos diplomates et nos commentateurs, quand ils prétendent que la paix au Proche-Orient dépend de, concessions israéliennes sur tel ou tel problème de frontières ou de réfugiés. En réalité, le conflit est d'ordre existentiel : c'est l'existence même de l'État d'Israël qui est contestée par les États arabo-musulmans. Fait plus grave, les auteurs de cette contestation sont souvent soutenus par l'Europe, le plus souvent à l'initiative de la diplomatie française...

Le fer de lance de cette mise en cause d'Israël est le " palestinisme ", cause fabriquée de toutes pièces " à partir de rien, exemple du mal absolu dont la politique est capable au XXe siècle ", selon une formulation bien protestante due en son temps au professeur Jacques Ellul. Rien d'historique ne distingue en effet les autoproclamés Palestiniens d'Arafat des autres Arabes palestiniens, bien plus nombreux, qui constituent sur l'autre rive du Jourdain plus des deux tiers de la population jordanienne.

Il y a bien eu dans la Palestine du mandat britannique un nationalisme arabe, mais aucun nationalisme palestinien ; l'étiquette palestinienne était récusée par les Arabes et ne désignait que les juifs. Quand l'Organisation de libération de la Palestine a été créée en 1964, son objectif n'était pas de donner une patrie aux Palestiniens de Cisjordanie (ils en avaient une, étant sous souveraineté jordanienne). L'objectif était d'interdire aux Israéliens de garder leur propre patrie. Rien n'a changé depuis.

L'invocation permanente d'Allah dans les émeutes palestiniennes, les sermons incendiaires dans les mosquées, l'enseignement atterrant de la haine des juifs et d'Israël à la télévision et dans les manuels scolaires de l'Autorité palestinienne prouvent, s'il en était besoin, que les violences palestinienne constituent une manifestation parmi d'autres de la poussée islamiste dans le monde.

L'homme palestinien, dont le sort appelle certes une solution, est la première victime de cette instrumentalisation dont il est l'objet. Celle-ci n'a cessé de choisir au Proche-Orient la voie de la plus grande instabilité, car, dans un Proche-Orient stable, elle n'aurait aucune chance d'atteindre son objectif politique même pas inavoué : la fin de la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Il faut se souvenir que, pour le Kosovo, la diplomatie française s'est opposée à la création d'un État indépendant au motif qu'il " serait un élément d'instabilité dans la région ". La sagesse politique consistait à tenir le même discours au Proche-Orient, plutôt que de pousser à la création d'u 22, État arabe, ni démocratique ni viable

Le général Lecomte, ancien chef d'état-major du général Kœnig (les deux hommes présidents de France-Israël), disait que la France n'était pas occupée dans son territoire, mais dans sa diplomatie. Il faudra bien un jour expliquer pourquoi presque tous nos ministres des Affaires étrangères, de gauche ou de droite, ont contesté la souveraineté israélienne sur Jérusalem en se référant au statut international prévu en 1947 pour une durée limitée à dix ans ; pourquoi, dans leur logique, ils n'ont pas contesté les prétentions palestiniennes sur la terre qui n'a jamais été au long des siècles la capitale d'un pays arabe, ni même un chef-lieu de région sous l'empire ottoman. Il faudra bien un jour expliquer pourquoi, de 1948 à 1967, l'Occident s'est accommodé de la souveraineté arabe sur les Lieux saints, sans élever la moindre protestation contre l'expulsion des juifs...

C'est là qu'apparaissent les arrière-pensées théologiques. Dès 1967, Israël a eu beau établir cette liberté, même pour les musulmans en guerre avec lui, et confier à chaque religion l'administration de ses Lieux saints, l'Occident a montré qu'il préférait la souveraineté musulmane sur Jérusalem à la souveraineté juive. Il faut l'impartialité du regretté André Monteil, ancien ministre d'obédience démocrate-chrétienne, pour écrire dans Le Figaro en 1997 : " Si Jérusalem est citée plus de 600 fois dans la Bible, elle ne l'est jamais dans le Coran. "

Néanmoins, notre temps est témoin d'une alliance, formulée ou non, entre croisade d'un autre âge et djihad contemporain. Ce ne sera pas la moindre tâche des historiens que d'expliquer comment l'appareil français a pu, en notre nom, soutenir et actionner cette croisade, comment, sous le masque d'un faux humanisme propalestinien, il a pu capter les forces laïques et républicaines de notre pays en faveur d'une politique d'inspiration cléricale.

Nos plus hautes autorités ont nourri ce courant tout en prétendant conduire au Proche-Orient une politique équilibrée.

M. Alain Pierret, ambassadeur de France en Israël de 1986 à 1991, a fait éclater leur hypocrisie en écrivant tout récemment: " La France, mise sur la touche des négociations au Proche-Orient, ferait mieux d'abandonner ses habits neutres et d'admettre qu'elle a choisi le camp palestinien. "

Voilà des années que trop de médias s'attache à faire d'Israël le grand coupable devant les nations. Le désir d'accabler Israël est tel que les informations les plus fausses sont étalées avec jubilation. Et la classe politique demeure sans voix, tétanisée à l'idée de déplaire à Arafat et aux gouvernants arabes.

En dépit de leur caractère tragique, les événements actuels ont un avantage - la force de la clarté. Enseigner dans les écoles la haine des juifs et d'Israël, exhorter les enfants au martyre, les mettre en avant dans les manifestations, orchestrer les violences, puis, quand des enfants sacrifiés trouvent la mort, ameuter les médias et les gouvernements, telle est à l'évidence la politique d'Arafat.

Hélas, la situation a aussi un inconvénient majeur : celui d'empêcher de traiter des belles réalités d'Israël et d'abord de son attachement ancestral à la morale, un attachement qui lui interdit d'écraser l'intifada dans le sang. Israël a aussi ses lettres de noblesse dans tous les domaines scientifiques, techniques, médicaux, agricoles, littéraires... qui font la fierté des hommes. Le temps, d'une nouvelle résistance est donc venu. " Si l'Occident ne témoigne pas de solidarité [avec Israël], c'est qu'il n'a aucun sens de la solidarité et il périra ". a écrit Karl Jaspers.

Le Figaro - Lundi 1er Janvier 2001