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UNE LONGUE TRADITION DE HAINE DES JUIFS
Dan Margalit – MAARIV, 9.4.02 - traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël.

La première leçon d’information et de relations publiques est déjà incluse dans la “ Haggada ” récitée le soir de la Pâque : “ A chaque génération, chacun doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Egypte ”. Ceci, parce que les descendants ne croient pas les yeux fermés les témoignages de leurs parents, eux qui ont vu la mer s’ouvrir et étaient présents lors de la révélation du Sinaï. Toutes les vérités s’oublient ou se déforment. A chaque génération, il faut les irriguer comme les semences dans une plate-bande.

Le souvenir de la Shoah a subi le même processus. Un diplomate juif occidental m’a raconté que non seulement l’Europe chrétienne a oublié, mais même ses enfants ne savent pas. On a cessé de leur raconter les choses.

Certes, l’Europe a appris sa leçon un certain temps, mais sans l’intérioriser. Les nouveaux historiens allemands ont rapetissé l’anéantissement sans précédent. Quelques Israéliens les ont aidé en présentant la Shoah comme un génocide où l’on ne met plus l’accent sur la tragédie juive spécifique. Ces tendances ont ouvert la porte au retour de l’antisémitisme, sur une grande échelle. A la fois en Europe et dans le monde arabe.

L’Europe n’a pas fait ses adieux à la haine des Juifs. A cause de l’embarras où elle se trouvait au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle l’a cachée, et celle-ci revient sur le devant de la scène à la première occasion historique. Les descendants des victimes, et dans ce contexte, les petits-enfants des assassins ont aussi une importance spéciale, ne sentent pas qu’ils sont à l’abri de la Shoah.

Que pouvons-nous reprocher aux musulmans en France et aux néo-nazis en Allemagne, si un écrivain comme José Saramago est frappé d’une cécité qui le pousse à comparer le massacre d’Auschwitz avec la vie à Ramallah ? Aurait-il plu au ciel que les années passées par les Juifs à Auschwitz ressemblent à la vie telle qu’elle se déroule à Ramallah.

Il ne s’agit pas seulement d’un écrivain têtu, mais des Européens instruits. Quand les membres du comité du prix Nobel ont exprimé cette semaine leur regret d’avoir conféré celui-ci à Shimon Pérès, ne se sont-ils posé aucune question sur l’autre récipiendaire du prix, Yasser Arafat, qui a relancé l’Intifada et commandite les attentats-suicide ? Il y a là deux poids et deux mesures, dont les racines sont antisémites. De génération en génération, avec le lait de leur mère, dans leur foyer paternel, les Européens ont un penchant pour accuser le Juif de tous les maux, et le Juif seulement.

On s’étonne de voir les érudits du comité Nobel s’abstenir de poser des questions sur la part des Palestiniens dans les incendies du Moyen-Orient. Dans le manuscrit d’un livre qui va paraître à Oxford, le Dr Mikhael Oren a démontré que c’est le terrorisme palestinien croissant en 1966 qui a joué un rôle décisif dans la dégradation de la situation au Moyen-Orient qui devait déboucher sur la Guerre de Six Jours. Israël ne pouvait plus rester indifférent devant le meurtre de ses citoyens. Le roi Hussein, qui jusque-là avait fait semblant d’être incapable de contrôler le terrorisme en provenance de Cisjordanie, comprit que la goutte d’eau faisait déborder le vase.

En tentant d’empêcher des représailles israéliennes, il fit acheminer un message aux Israéliens par le truchement des Américains, disant qu’il avait décidé de réprimer le terrorisme sur son sol. L’ambassadeur américain W. Barbour jugea que ce message pouvait attendre la fin du shabbat. Il avait trop tardé, Israël attaqua le village de Kafr Samoa, et l’engrenage de la guerre de 1967 était engagé.

Si Yasser Arafat avait consenti à l’époque à créer 2 Etats pour 2 peuples, il serait entré en collision avec le roi Hussein, qui dominait alors la Cisjordanie. Mais Arafat voulait effacer l’Etat d’Israël, non pas recevoir la Cisjordanie ; ses actes terroristes hâtèrent la guerre qui devait changer la face du Moyen-Orient.

Les gens du comité Nobel n’ont-ils pas la moindre hésitation quand à la responsabilité de l’OLP dans cet engrenage, de même qu’ils ne s’interrogent pas sur ce qui a causé l’échec de la Conférence de Camp David en juillet 2000, où Arafat repoussa la paix que lui proposait Ehoud Barak et choisit la voie de la violence ?

Pourquoi sont-ils aveugles là-dessus ? Leur attitude est censée ne pas être entachée ni de calculs pétroliers, ni de la stratégie occidentale. Dans chaque explication que l’on voudra donner, on trouvera une composante liée à la longue tradition de la haine des Juifs. Celle-ci se transmet de génération en génération, elle ne disparaît pas même si elle a connu une pause temporaire à cause du terrible événement de la Shoah. L’écrivain Yehiel Dinour (“ K. Tsetnik ”) disait de celle-ci qu’elle était un événement cosmique sur une autre planète – la “ planète d’Auschwitz ”.

En Europe et dans les pays arabes, il y a de solides fondements antisémites. Ils sont permanents. Nous n’aimons pas reconnaître “ qu’à chaque génération, certains viennent nous anéantir ” [phrase de la Haggada de la Pâque / NdT]. Dans les périodes d’accalmie, nos enfants et nos petits-enfants nous reprochent de souffrir d’un complexe de la persécution, d’être des paranoïdes.

Peut-être, mais que pouvons-nous y faire ? Ce sont justement des générations de paranoïdes qui ont survécu et ont maintenu le peuple juif, comme l’a si bien décrit de la bouche des aînés l’écrivain Amos Oz, dans son livre autobiographique “ Une histoire d’amour et de ténèbres ”. Que faire – parfois les paranoïdes sont eux aussi réellement persécutés./