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Dalia Rabin, fille du Premier ministre assassiné:

«Le conflit ne peut être résolu par la voie militaire»

Recueilli par VÉRONIQUE SOULÉ

Fille du Premier ministre assassiné en 1995, Dalia Rabin-Philosof est vice-ministre de la Défense du gouvernement Sharon et membre du parti travailliste. De passage à Paris, elle explique à Libération sa vision du conflit.

Un fragile cessez-le-feu est en vigueur: aborderait-on une nouvelle phase du conflit?

Je l'espère. Mais cela ne dépend pas entièrement de nous. Nous, nous avons décrété un cessez-le-feu unilatéral. Nous avons adopté le rapport Mitchell dans son ensemble. Arafat, lui, a été forcé par l'Union européenne et les Etats-Unis de s'y rallier et de déclarer un cessez-le-feu. La violence est d'ailleurs retombée, ce qui prouve qu'il a globalement le contrôle de ses troupes. Un point très important car nous nous interrogions. Les Palestiniens ont aussi adopté le plan Tenet, mais face à face avec l'émissaire américain: publiquement, ils ne le défendent guère.

Vous parlez de la nécessité de revenir au dialogue, mais pour discuter de quoi?

Je dois avouer que la question est régulièrement soulevée: parler, mais parler de quoi? Le fossé paraît insurmontable. Pourtant le processus d'Oslo l'a montré: quand vous commencez à discuter, des choses se mettent en place. Ce conflit ne se résoudra pas par magie. Cela prendra du temps, passera par différentes phases. Il nous faut rebâtir la confiance et revenir à des négociations directes. Aujourd'hui, il n'y a plus de canaux. Le principal dans le plan Tenet est justement de tenter de les relancer. D'abord sur le plan militaire. Quand les commandants et les soldats se parlent et coopèrent à nouveau, ce peut être un premier pas. C'est clair pour tout le monde: le conflit ne peut être résolu par la voie militaire. Arafat a pensé qu'avec la violence il obtiendrait plus. Maintenant il paie pour cela. Il a réussi à plus ou moins monter contre lui l'Union européenne. Le rapport Mitchell préconise d'abord le cessez-le-feu. C'est notre approche.

Etes-vous prêts, comme il le prévoit, à geler la colonisation?

C'est prévu, je crois, dans le troisième paragraphe. Nous sommes prêts à en discuter. Et à voir ce que signifie exactement le terme «geler». Je n'exclus pas des différences d'interprétation.

Au lendemain de l'attentat de Tel-Aviv, Sharon s'est gardé d'une réplique massive. Comment expliquez-vous cette retenue: Sharon aurait-il changé?

Il l'a dit lui-même: vous ne voyez pas les choses de la même façon lorsque vous êtes dans l'opposition et lorsque vous êtes Premier ministre. Vous avez alors la responsabilité de la vie des gens. Vous savez, nous nous sommes préparés à un long cycle de violences. Pour cela, il nous faut le soutien du monde libre, les Etats-Unis et l'UE. Les Israéliens doivent aussi être convaincus que l'on fait tout pour stabiliser la situation. La vie en Israël est devenue très dure. Vous n'êtes en sécurité nulle part. Mes filles auraient pu se trouver dans la boîte de nuit de Tel-Aviv.

Sharon est-il capable de faire la paix?

C'est un politique expérimenté et sage. Je crois qu'il fera quelque chose. Quant à faire la paix, nous verrons.

Etes-vous satisfaite du gouvernement d'union? Les travaillistes y ont-ils une réelle influence?

Jugez par vous-même. Nous avons essayé de ne pas rendre la vie des Palestiniens impossible, de ne pas détruire leur économie. Nous avons ciblé les terroristes, leurs infrastructures, leurs partisans. Et puis en décrétant un cessez-le-feu, en adoptant le rapport Mitchell et le plan Tenet, nous avons fait tout ce que l'on attendait de nous. Au vu des résultats des élections, ce gouvernement d'union était nécessaire. Il a les moyens de faire face aux extrêmes, notamment de droite: quand vous avez en face de vous Sharon, vous ne pouvez vous dresser contre lui. Si c'était un cabinet de gauche, je n'ose imaginer

Est-ce encore possible de discuter avec Arafat?

C'est un sérieux problème. Il a déçu tous ceux qui avaient cru en lui. Mais il est toujours le leader des Palestiniens. S'il est d'accord, nous parlerons avec lui. Nous savons que nous devons vivre ensemble. Il n'y a pas d'alternative. Qu'il y ait séparation comme ci ou comme ça, nous devons coopérer. Les gens comme nous qui avons payé un prix fort, nous ne pouvons nous permettre de renoncer, cela signifierait que les nôtres sont morts pour rien.Article précédent - suivant
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© Libération - 20/06/2001