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L'AIR DE LA CALOMNIE
Roger Cukierman - Président du CRIF
19 juin 2002

Depuis le début de la nouvelle Intifada, en septembre 2000, des partisans de la cause palestinienne s'en prennent en France à des synagogues, à des écoles juives et des Juifs qu'ils tiennent responsables des malheurs du peuple palestinien, faisant ainsi l'amalgame entre français juifs et israéliens. Ces violences se comptent par centaines et sont favorisées par un climat anti-israélien qui s'est développé dans une partie de l'opinion publique. Il s'ensuit une banalisation et une propagation des actes antisémites.

Aussi, n'est-il pas du tout indifférent que soient colportés des ragots, des mensonges, des calomnies contre l'Etat d'Israël, autant certes pour la réputation de ce pays et de ses intérêts politiques, que pour la sauvegarde et la sécurité des citoyens juifs français.

Nous venons d'avoir une illustration surprenante du manque de rigueur et de sens des responsabilités venant d'une journaliste parmi les plus réputées et parmi les plus écoutées de France.

Madame Catherine Nay dans son éditorial sur Europe 1 du 13 juin 2002, après avoir décerné quelques amabilités au Premier Ministre d'Israël, cite des extraits d'un auteur israélien, Ilan Pappé : elle rapporte notamment que les Juifs, de 1937 jusqu'en 1949, auraient procédé sur les Palestiniens à une purification et à des viols.

Est-il nécessaire de rappeler que pendant cette période, qui couvre la deuxième guerre mondiale, la région était sous mandat britannique jusqu'en mai 1948, date de la création de l'Etat d'Israël ?

Ces accusations, même si elles proviennent d'une source israélienne, sont évidemment fausses. Aucun observateur sérieux ne peut accuser les Israéliens de tels comportement, ni avant, ni après la création de l'Etat d'Israël ? C'est le privilège des démocraties qu'on s'y exprime librement. Et Israël est une démocratie, voire la seule de la région. Il y a en Israël, comme en France, des intellectuels qui écrivent, en toute liberté, des thèses absurdes, ou malsaines, parfois même négationnistes pour des motifs qui leur appartiennent.

En colportant des calomnies flagrantes, Madame Nay rejoint ainsi Monsieur José Bové qui attribue au Mossad les incendie des synagogues en France. Sur la même lancée, pourquoi ne pas citer librement Les Protocoles des Sages de Sion ?

Pourquoi ne pas aussi rapprocher l'éditorial de Madame Nay de celui, commis il y a quelques mois, dans lequel la même journaliste disait que la photo du petit Mohamed effaçait celle du petit garçon juif levant les bras dans le ghetto de Varsovie. Elle comparait ainsi le sort des six millions de morts juifs de la Shoah, dont plus d'un million d'enfants, avec le conflit du Proche-Orient qui a coûté la vie à 2.400 palestiniens et israéliens. Ce qui est évidemment un coût en vies humaines intolérable, inutile et injuste, mais ne peut en aucune manière être comparé à la Shoah.

Madame Nay est trop intelligente, trop informée pour ne pas savoir tout cela.
Monsieur le Président d'Europe 1, Monsieur le Directeur Général, Monsieur le Président du CSA, la liberté de la presse est-elle compatible avec la propagation de calomnies ? Notamment de calomnies susceptibles d'entraîner des proies fragiles à commettre des actes de violence et de nuire ainsi gravement à la paix civile ?

N'y a-t-il pas assez de causes aux violences banales que subit notre société pour ne pas en ajouter d'artificielles ou de spécifiques ? Je ne me place pas sur le plan juridique mais sur celui des devoirs de chaque citoyen et particulièrement de ceux qui ont sur leurs épaules de lourdes responsabilités vis-à-vis de l'opinion publique.