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Retour sur un couac français à Genève

Paris a voté une résolution accusant durement Israël.

Par Etranger Service,Pierre HAZAN

"Un enchaînement de confusions bureaucratiques." Un membre du Quai d'Orsay

L'affaire fait grand bruit depuis que le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a mis en cause, mardi, Hubert Védrine, chef de la diplomatie française, pour la condamnation d'Israël par la Commission des droits de l'homme (CDH) de l'ONU à Genève. La veille, la France avait voté en faveur d'une résolution condamnant l'Etat hébreu notamment pour "des tueries massives", autant dire pour crimes contre l'humanité.

Ni l'Allemagne, ni la Grande-Bretagne, ni l'Italie, jugeant le texte "trop déséquilibré", n'ont soutenu cette résolution présentée par les pays de l'Organisation de la conférence islamique (OCI). Portée par les Palestiniens, démentie par les Israéliens, cette accusation n'a, jusqu'ici, pu être étayée par une enquête indépendante. "Nous n'avons pas confirmation de tueries massives, affirme la porte-parole du Haut Commissariat aux droits de l'homme. C'est pour faire la lumière sur ces allégations que nous voulons que Mary Robinson (la Haut-Commissaire, ndlr) se rende très vite au Proche-Orient." Même son de cloche au Comité international de la Croix-Rouge, qui évoque des "combats acharnés" à Jénine, dénonce le non-respect des conventions de Genève par Israël, mais dit n'avoir aucune information sur des tueries massives.

Inexplicable. Comment comprendre alors que la diplomatie française ait emboîté le pas de l'OCI, qui plus est quand les deux principaux candidats à l'élection présidentielle rivalisent de prudence sur la situation au Proche-Orient ? Ce "couac" est d'autant plus inexplicable que Bernard Kessedjian, ambassadeur de France auprès des Nations Unies à Genève, admet avoir apprécié très modérément ce texte. Il comporte même "des erreurs factuelles", constate-t-on dans la délégation française. La résolution votée condamne ainsi "le fait que les Israéliens ont mis le feu à l'église de la Nativité à Bethléem", alors qu'on ne connaît pas précisément l'origine d'une fumée vue près de cette basilique... Kessedjian a d'ailleurs souligné, dans son explication de vote, que les éléments de la résolution ne correspondaient pas tous à l'analyse de la France qui "condamne sans équivoque le terrorisme". Des précautions oratoires après lesquelles la France a voté le texte...

A quel niveau de responsabilité cette décision a-t-elle été prise ? Bourde diplomatique, laisse entendre, embarrassé, le quai d'Orsay, assurant que Védrine n'est "pas intervenu dans ce processus", qui a surtout été traité "localement", à Genève. "Peut-être, admet-on, les instructions de Paris n'étaient-elles pas assez précises, peut-être ont-elles été mal interprétées et en tenant compte de la volonté de la présidence espagnole d'obtenir une unité de vote des Européens...". Bref, cette affaire serait pour l'essentiel un "enchaînement de confusions bureaucratiques" résultant de "discussions et de compromis sans fin dans l'univers kafkaïen des négociations des Nations Unies".

"Inacceptable". Depuis le 5 avril, les négociations sur le Proche-Orient ont été permanentes à la CDH. Paris entendait envoyer un "signal fort" à Israël pour lui signifier la nécessité de mettre fin à l'escalade. La France a dès lors joué un rôle essentiel pour entamer des discussions avec l'OCI, dont le texte était jugé "inacceptable" par les neuf pays de l'UE siégeant à la CDH. Mais l'Europe était divisée : Suède et Portugal campent sur des positions très dures face à l'Etat hébreu ; Londres et Berlin sont hostiles, à une résolution trop anti-israélienne.

Sous la houlette de la présidence espagnole de l'UE, qui négocie avec le Pakistan au nom de l'OCI, le texte subit plusieurs modifications. "La quasi totalité des éléments inacceptables ont été supprimés", insiste le quai d'Orsay en citant notamment les "actes de terrorisme d'Etat perpétrés par Israël", une mention affirmant que les Palestiniens peuvent résister "par tous les moyens, y compris la lutte armée" ou le mot "martyr"... Mais la présidence espagnole a accepté une contre-proposition pakistanaise d'insérer "tueries massives". Le cabinet de Hubert Védrine est-il au courant de ces péripéties, sur lesquelles l'Elysée n'a pas été consulté ? Interrogé par le Monde, le chef de la diplomatie préfère botter en touche : "Il ne faut pas accorder à cet épisode une importance excessive." Et de suggérer une responsabilité européenne : "Si nos représentants à Genève avaient eu plus de temps, ils seraient arrivés à une position homogène. Soit le texte aurait été plus amendé (...), soit les Européens se seraient abstenus en bloc.".