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Terrorisme: La connection Saoudienne

Par Stephen Schwartz
Stephen Schwartz est l'auteur de "Intellectuels et Assassins", publié par Anthem Press.
Traduit de l'anglais spécialement pour Reponses-Israel par David Chicha
1 octobre 2001

Washington - La première chose à faire lorsque l'on tente de comprendre les "kamikazes" islamistes doit être d'oublier les clichés concernant le goût des musulmans pour le martyre. Bien sûr, celui-ci existe, mais la volonté d'aller au paradis n'est pas une façon fiable de comprendre ce qui a motivé les effroyables attaques-suicide sur New York et Washington la semaine dernière. A travers l'Histoire, les extrémistes politiques de toutes les croyances ont volontairement donné leur vie simplement parce qu'ils croyaient qu'ainsi, par quelque forme de terrorisme que ce soit, ils changeraient le cours de l'Histoire, ou du moins, permettraient à leur cause de prendre avantage. Les Tamouls ne sont pas Musulmans, mais ils s'entre-tuent dans leur guerre contre le gouvernement du Sri Lanka; les pilotes kamikazes japonais de la seconde guerre mondiale n'étaient pas Musulmans, mais ils écrasaient leurs chasseurs contre les porte avions américains.

L'idéologie Islamo-fasciste d'Osama Ben Laden et d'autres dont les positions sont proches, comme les groupes Islamiques Egyptiens ou Algériens, n'est pas plus intrinsèquement liée à la religion musulmane ou à la civilisation de l'Islam que Pearl Harbor l'était au Bouddhisme, ou que les terroristes de l'Ulster -quoi qu'ils puissent en dire - le sont au Christianisme. Les Chrétiens pieux ne tuent ni ne mutilent des innocents; les Musulmans pieux ne se préparent pas au Paradis en s'exhibant dans des bars à strip tease et en buvant, comme il a été relaté que l'un des pilotes terroristes l'avait fait.

Les attaques du 11 septembre ne son simplement pas compatibles avec l'islam orthodoxe, lequel ordonne aux "soldats d'Allah" de combattre leurs ennemis en face à face, sans nuire aux civils, femmes et enfants. La plupart des musulmans, et pas seulement en Amérique ou en Grande Bretagne, sont des citoyens respectueux de la loi du pays dans lequel ils vivent - ce fait ayant été souligné, et c'est à leur honneur que de l'avoir fait, par le Président Bush et d'autres responsables Américains.
Il n'y a personne ici qui ne souhaite que se répètent les lamentables internements d'Américains d'origine Japonaise, qui avaient eu lieu en 1941.

Toutefois, la prépondérance numérique des Musulmans, dont sont issus les auteurs de ces épouvantables attentats n'est pas sans conséquences.
Aussi, devons nous nous poser la question suivante: qu'est ce qui a fait de ces hommes les monstres qu'ils sont devenus? Qu'est ce qui a tant galvanisé des tendances si violentes au sein de la deuxième religion mondiale, en terme de nombre (et en Amérique, celle qui croît le plus rapidement)? Cela peut-il réellement provenir d'une querelle tenant à un bout de terre au Moyen Orient?

Pour un occidental, il semble naturel de trouver des réponses dans le passé lointain, les Croisades. Mais si vous demandez à des Musulmans cultivés, pieux, de tendance traditionnaliste mais progressistes, ce qui a poussé leur Ouma (communauté de l'Islam, entendue de façon globale) dans cette direction, beaucoup d'entre eux vous répondront par un mot: Wah'abisme. Cette variété de l'Islam n'est pas née au moment des Croisades, ni au temps des guerres anti-Turques du XVII ème siècle, mais est apparue il y a moins de deux siècles. Il s'agit d'un projet plus violent, plus intolérant, et plus fanatique que tout. Le Wah'abisme est apparu en Arabie, et constitue la doctrine officielle des Etats du Golfe. Le Wah'abisme est la forme la plus extrémiste du fondamentalisme Islamique; ses disciples sont appelés Wah'abites.

Tous les Musulmans ne sont pas des terroristes kamikazes, mais tous les terroristes kamikazes musulmans sont Wa'habites - à l'exception, peut être, de certains disciples de gauchistes laïques se présentant comme musulmans aux seules fins de servir leur intérêt personnel, comme Yasser Arafat ou Saddam Hussein.
Le Wah'abisme est l'équivalent musulman du plus extrême sectarisme protestant. C'est un puritanisme, qui réclame la punition de ceux qui prennent plaisir à écouter quelque forme de musique que ce soit à l'exception des tambours, et des punitions sévères pouvant aller jusqu'à la mort concernant l'alcoolisme ou les transgressions sexuelles. Il condamne les "incroyants", ceux qui ne prient pas. Cette vision n'a jamais existé dans l'Islam traditionnel.

Il s'agit là d'aboutir à un Islam dépouillé, plaidant pour des prières simples et brèves, des mosquées sobres, et la destruction des pierres tombales (en ce que la décoration des mosquées et les cimetières incitent à la vénération, qui est de l'idolâtrie dans l'esprit Wah'abite). Les Wah'abites n'autorisent pas non plus que le nom du prophète Mohamed soit inscrit dans les Mosquées, pas plus qu'ils ne permettent la célébration de son anniversaire. Par dessus tout, c'est la spiritualité ostentatoire qu'ils haïssent, tout comme les Protestants détestent la vénération des miracles et des saints de l'Eglise Romaine.

Ibn Abdul Wahhab (1703-1792), le fondateur de ce totalitarisme Islamique, est né à Uyaynah, dans la région de l'Arabie appelée Nejd, où est actuellement située la ville de Ryad, dont le prophète lui même avait prédit que de ce lieu pourrait naître désordre et corruption. ( les Musulmans anti-Wah'abites appèlent le Wah'abisme "fitna an Najdiyyah", le malheur venant de Nejd.) Depuis les commencements de l'enseignement de Wahhab, vers la fin du XVIIIème siècle, son culte était associé aux massacres de tous ceux qui s'opposaient à lui. Pour exemple, lorsque les Wah'abites assaillirent la ville de Qarbala en 1801, ils tuèrent 2000 civils dans les rues et les marchés.

Au XIXème siècle, le Wah'abisme prit la forme d'un nationalisme Arabe contre l'Empire Ottoman. Le fondateur du royaume Saoudien, Ibn Saud, institua le Wah'abisme comme croyance officielle. Tout a été dit sur le rôle des USA dans la "création" d'Osama Ben Laden à travers des financements aux moudjahidines Afghans, mais davantage pourrait être reproché aux Britanniques, qui, trois générations auparavant, avaient soutenu les Arabes Wah'abites dans leur révolte contre les Ottomans. La haine Arabe à l'encontre des Turcs trouva un point d'accord dans les discours extravagants du Wah'abisme à propos de la "décadence" de l'Islam Turc. La vérité est que le Califat Ottoman régnait sur une Oumma multi-nationale, au sein de laquelle de grandes différences de culture et de tradition étaient tolérées. Une telle tolérance n'existe pas dans le Wah'abisme, qui est le fondement de l'emportement de Ben Laden à l'encontre des USA, dont le crime est d'avoir permis à ses troupes d'avoir foulé le sol Saoudien.
Ben Laden, tout comme le sont les kamikazes Palestiniens, est un Wah'abite. Le sont aussi leurs alliés Egyptiens, qui exultèrent lorsqu'ils frappèrent à mort des touristes étrangers à Luxor, il n'y a pas si longtemps, baignant dans le sang de leurs victimes jusqu'aux coudes, et poussant de blasphématoires cris de joie. Sont aussi Wah'abites les terroristes islamistes Algériens dont la contribution à la purification du monde réside dans le massacre de personnes pour avoir commis des péchés tels que projeter des films ou lire des journaux laïques. Le sont encore les guérillas inspirés des Talibans menées au Kashmir où l'on tue des Hindous. Les Iraniens ne sont pas Wah'abites, ce qui explique en partie la lente mais irrémédiable tendance à la modération et la normalité auxquelles ils aspirent après une période d'utopie et de renaissance puritaine. Mais les Talibans pratiquent une variante du Wah'abisme. Fidèles à l'école Wah'abite, ils utilisent des châtiments anciens - comme l'exécution pour offense morale - et ont une vision primitive et craintive de la femme. Il en va de même des législateurs d'Arabie Saoudite. Aucun de ces extrémismes n'a été inspiré par les maladresses commises par les USA dans le monde, et n'ont pas grand chose à voir avec les tragédies que vit le Proche Orient.

Mais les Wah'abites ont deux failles, que l'Occident connaît peu; un talon d'Achille à chaque pied, pour ainsi dire. Le premier réside dans le fait que la grande majorité des monde Musulman est composé de gens pacifiques qui préféreraient l'instauration de démocraties "à l'Occidentale" dans leurs propres Etats. Ils exècrent le Wah'abisme parce que, comme n'importe quelle culture patriarcale, ils refusent une rupture violente avec la tradition. Et c'est là ce qui doit être compris: Ben Laden et les autres Wah'abites ne défendent aucunement la tradition de l'Islam; ils représentent une rupture ultra-radicale militant en faveur d'une utopie sectaire. Ainsi, le meilleur qualificatif qui leur convient est celui d'Islamo-fascistes, quoiqu'ils aient davantage en commun avec les Bolcheviques.

L'écrivain Bengalais Zeeshan Ali a décrit la situation de manière touchante: "les Musulmans du Bangladesh vivant aux USA, comme ils vivraient n'importe où au monde, soutiennent les croyances traditionnelles de l'Islam, mais, du fait d'un manque d'instruction, restent tranquilles lorsque leurs croyances sont attaquées aux USA même par les Wah'abites qui deviennent soudain "meilleurs" Musulmans que les autres. Ces Wah'abites vont toujours plus loin et accusent leurs propres pères d'hérésie, de péchés et d'incroyance. Et les jeunes enfants d'immigrants, lorsqu'ils grandissent dans ce pays, ne sont confrontés qu'à cette vision à sens unique de l'Islam, et sont incités à penser qu'il s'agit là du seul Islam. Naturellement un grand écart se crée chaque jour que ce silence persiste." Les jeunes, divisés entre la tradition et l'appel de la nouveauté, optent pour la "révolution Islamique" et se condamnent à leur propre destruction, combinée aux massacres de masse qu'ils perpétuent de la sorte.

Les mêmes influences sont colportées à travers la communauté Musulmane des USA, forte de 10 millions d'âmes, aussi bien qu'en Europe. Aux USA, 80% des mosquées sont - selon Hisham al-Kabbani, né au Liban et vivant actuellement aux USA - sous le contrôle des imams Wah'abites , qui prêchent l'extremisme, et cela crée une autre faiblesse: le Wah'abisme est financé par l'Arabie Saoudite, même si Ben Laden s'est opposé à la famille royale jusqu'à vouloir sa destruction. Les Saoudiens ont joué un double-jeu durant des années, plus ou moins identique à celui que Staline jouait avec l'Ouest durant la seconde guerre mondiale. Ils ont prétendu être alliés dans un combat commun contre Saddam Hussein, pendant qu'ils diffusaient partout leur idéologie Wah'abite. L'Islam doit être appréhendé de la même façon que l'était Staline qui tenta de déstabiliser les USA et les espionnait, au moment même où il encourageait une coalition anti-fasciste avec cette même Nation. La raison tenait là aussi dans la croyance de ce que l'Occident était décadent et perdu.

La question majeure qui n'est jamais posée dans les discussions américaines sur le terrorisme est la suivante: quel est le rôle de l'Arabie Saoudite? La question ne peut être posée parce que nombre de sociétés américaines dépendent bien trop du flux continu du pétrole Saoudien, ce à cause de quoi les responsables politiques Américains sont devenus trop bienveillants à l'égard des gouvernants Saoudiens.

L'autre raison qu'on ne souligne pas assez est la suivante: dénoncer l'extension de l'influence Saoudienne et Wah'abite sur les Musulmans d'Amérique compromettrait profondément bien des prêtres de confession coranique aux USA. Mais il s'agit là de la question la plus pertinente que doivent se poser les Américains aujourd'hui. Si l'on se débarrasse de Ben Laden, avec qui pourrons nous négocier alors?

La réponse - donnée de façon éloquente par Seyyed Vali Reza Nasr, professeur de Sciences Politiques à l'Université de Californie de San Diego, et auteur d'un traité faisant autorité sur l'extrême Islamisme au Pakistan - est la suivante: "Si les USA veulent faire quelque chose contre le radicalisme islamique, ils doivent négocier avec l'Arabie Saoudite. Les "Etats-bandits" (Iraq, Libye, etc.) jouent un rôle moins important dans la radicalisation de l'Islam que l'Arabie Saoudite. L'Arabie Saoudite est le plus important - sinon le seul - soutien et la seule cause de la radicalisation, de l'idéologisation, et de la fanatisation de l'Islam"

De ce que nous savons désormais, il apparaît qu'aucun des pilotes kamikazes à New York ou Washington n'était Palestinien. Il semble que tous étaient Saoudiens, citoyens d'Etats du Golfe, Egyptiens ou Algériens. Il a été relaté que deux d'entre eux étaient les fils de l'ancien second secrétaire de l'ambassade d'Arabie Saoudite à Washington. Ils avaient vécu en Amérique bien avant les débuts de la dernière intifada Palestinienne. En fait, il semble même qu'ils aient commencé leur conspiration alors même que le processus de paix au Moyen Orient était en plein essor. Les experts du contre-terrorisme et les responsables politiques occidentaux doivent désormais prendre en compte la connection Saoudienne.

© The Spectator, 2001.