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Chirac corrige le tir
Akiva Eldar, HAARETZ, 31 mai 2001

Les Français n'ont pas encore oublié comment Ehoud Barak et sa suite étaient tombés à bras raccourci sur le Président Jacques Chirac, dans les premiers temps de l'Intifada d'el-Aqsa. Cela s'était produit sur la route de Paris à Tel-Aviv, après la tentative infructueuse de la Secrétaire d'Etat américaine, Madeleine Albright, pour faire signer à Paris un cessez-le-feu entre les parties.
Barak avait raconté aux journalistes israéliens que le Président de la République française avait parlé en aparté avec Yasser Arafat, pour le dissuader de signer l'accord de cessez-le-feu. "Chirac a torpillé l'accord", telle était la citation du Premier ministre dans les manchettes (en Israël). "La France a contribué à la décision d'Arafat de refuser de signer", avait encore rajouté de son côté Dany Yatom, le chef du Q.G. diplomatique et de sécurité de Barak. "On peut voir dans les positions prises par des dirigeants comme Chirac, qui sont principalement influencés par les images de la télévision, le degré d'objectivité que l'on peut attendre d'un organisme dont les pouvoirs ont une source internationale", avait ajouté une "source haut placée" pour expliquer l'opposition de Barak à la nomination d'une commission d'enquête internationale.
Chirac était tellement en colère qu'il ne savait que faire. "Quel intérêt peut avoir le Président de la République à faire échouer une initiative pour stopper la violence, qui entrerait dans les tablettes comme l' Accord de Paris ?" demandaient les collaborateurs du Président. A la fin de la semaine dernière, Chirac a eu l'occasion de vider ses comptes avec Barak, depuis la visite de celui-ci à Paris, et d'ouvrir une ligne de crédit auprès d'Ariel Sharon, en prévision de sa visite dans la capitale française. Arafat est venu à l'Elysée pour se plaindre de la violence israélienne, et il s'est heurté à un soutien total à la cessation de la violence palestinienne. Chirac lui a dit plus ou moins les choses suivantes : "Ce n'est pas le moment de lancer des accusations. Sharon a fait le premier pas en décrétant un cessez-le-feu, et maintenant, c'est votre devoir de déposer les armes et d'adopter le Rapport Mitchell". Chirac a souligné que la violence ne servira pas les objectifs d'Arafat, mais qu'elle va uniquement accroître l'hostilité vis-à-vis des Palestiniens.
Chirac était impatient. Quand Arafat commença à parler des implantations juives, il lui répliqua que la position de la France vis-à-vis du gel de celles-ci n'a pas varié. Le Président de la République a proposé à Arafat d'endosser la proposition de mise en place d'un dispositif de contrôle du cessez-le-feu, et de se contenter d'une entente tacite avec Sharon sur le gel des implantations. Arafat, qui attendait que Chirac appuie son appel à réunir une conférence internationale, a eu le plus grand mal à cacher sa surprise et son mécontentement face à l'attitude du chef de l'Etat français.
Maintenant, Chirac pourra se permettre de dire au terme de ses entretiens avec Sharon ce qu'il pense de la politique des implantations, sans qu'on puisse l'accuser de faire échouer un nouvel accord de cessez-le-feu. Et Arafat ? Ayant échoué à persuader les dirigeants des pays de l'Union européenne d'entrer "dans les baskets" de Clinton, il a pris l'avion pour Moscou, pour aller tenter sa chance chez les Russes./.