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Benny Morris : «Il va y avoir beaucoup de combats»
Benny Morris a écrit « La Naissance du problème des réfugiés palestiniens 1947-1949 », Cambridge University Press, 1987.
Propos recueillis à Jérusalem par P. P.
[21 juin 2002]


LE FIGARO. – Vous, l'historien des réfugiés palestiniens, vous êtes aujourd'hui opposé à la création d'un État palestinien ?

Benny MORRIS. – Je pense toujours que la seule solution logique, naturelle et juste du conflit, c'est un État israélien à côté d'un État palestinien qui comprendrait la plus grande partie de la Cisjordanie et toute la bande de Gaza. Il serait juste d'évacuer la plupart des colonies, sauf les grandes colonies autour de Jérusalem et les quartiers de Jérusalem. Les Palestiniens devraient être compensés pour les 2 ou 3 % de territoire qu'ils perdraient. Le problème, c'est que je ne crois pas que cette solution verra le jour. Parce que les Palestiniens l'ont rejetée à Camp David, et plus tard quand Bill Clinton a fait des propositions plus généreuses encore.


Mais les Palestiniens ont annoncé à plusieurs reprises qu'ils étaient prêts à un compromis...

Même s'ils l'ont enveloppé d'une sorte de « oui », ils voulaient en fait dire « non ». Et parallèlement, ils ont lancé un mélange de guérilla et de terrorisme contre Israël. Arafat retournait à la ligne palestinienne traditionnelle, selon laquelle la Palestine appartient aux Arabes, et la présence des Juifs est illégale et immorale.


Yasser Arafat lui-même a dit le contraire dans une tribune libre publiée dans le New York Times.

Je pense que les Palestiniens mentent aux Occidentaux. Quand Arafat parle aux siens en arabe, il leur dit qu'il va planter le drapeau palestinien et musulman sur Jérusalem, et cela veut dire : je vais conquérir la Palestine. Et malheureusement, je pense que 99,9 % des Palestiniens, au fond de leur coeur, ne veulent pas de l'État d'Israël en Palestine. Arafat les représente.


Ces opinions peuvent paraître surprenantes de votre part.

J'ai des opinions en tant que citoyen, mais j'essaie de ne pas les injecter dans ce que les documents me disent. En écrivant mon livre sur 1948, il m'est apparu qu'Israël était largement responsable de ce qui était arrivé. On m'a vilipendé, traité d'antisioniste. Mais j'ai seulement écrit ce que les documents me disaient. Cela dit, ma profession me procure un peu de perspective historique. Les Palestiniens ont rejeté tout compromis avec le sionisme depuis les années 20, depuis le moment où ils ont commencé à devenir un peuple. A la fin des années 80, sans être très optimiste, j'espérais que les Palestiniens avaient abandonné l'approche « tout ou rien ». Ma formation et mes travaux m'ont aidé à comprendre que les Palestiniens n'ont pas changé de but.


Dans ce cas, quelle peut être la solution ?

Je ne suis pas optimiste. A moins que les Palestiniens n'opèrent un changement psychologique radical, il va y avoir beaucoup de combats, peut-être de grandes guerres. Qui perdra ? Je ne sais pas. Mais quelqu'un va perdre, et perdre dans les grandes largeurs. Il y aura un seul État entre le Jourdain et la Méditerranée. Et je n'exclus pas des expulsions, d'un côté ou de l'autre, suivant le résultat.