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DIVISER POUR MIEUX REGNER
Rencontre avec Shlomo Ben-Ami et Haïm Ramon à propos de leur "plan de séparation unilatérale"
Propos recueillis par Amira Lam / Yédioth Aharonoth, 16.11.01, supplément (pages 12, 13, 15 et 16)
traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël.

Chez les anciens ministres Haïm Ramon et Shlomo Ben-Ami, le service du courrier sortant travaille à plein régime, comme jamais auparavant. Ils ont tous les deux envoyé des centaines de cartes de voeux de Bonne Année aux membres du Comité central du Parti travailliste, aux délégués au Congrès du parti, aux cadres des sections; et ensuite, toute une correspondance sur le plan qu'ils concoctent aujourd'hui pour la "séparation" entre Israël et les Palestiniens.
(...) Il y a 6 mois, Ramon et Ben-Ami se sont demandés, chacun de son côté, s'ils allaient entrer dans la course à la présidence du parti. Rapidement, ils en ont été dissuadés par des sondages peu flatteurs... Ils ont laissé Binyamin Ben-Eliezer et Avraham Burg patauger dans les fondrières du parti... Entre-temps, Ben-Ami a compris qu'après le grand flop de feu le gouvernement Barak, il n'avait pas de paix dans sa poche -- et Ramon, tenu à l'écart en son temps, a compris qu'il n'avait pas de parti derrière lui. Ils vous diront que leur alliance résulte de la recherche commune d'une nouvelle voie idéologique. Dans le parti, les vieux limiers diront qu'ils cherchent une nouvelle occasion de percer vers le haut...
Ben-Ami est le plus embêté : il doit se débarrasser de la tache laissée par les événements sanglants d'octobre 2000, où 13 Arabes israéliens ont été tués (sans compter les blessés), alors qu'il était ministre de la Sécurité intérieure... Quelle guigne : que ça lui arrive à lui, la "colombe", qui est allé le plus loin dans la négociation avec les Palestiniens !
(...) L'été dernier (en août), Ben-Ami et Ramon ont commencé à se rencontrer avec une grande fréquence... A la Knesset, ils ont des bureaux contigus, pas besoin de frapper à la porte, il leur suffit de "frapper au mur"... Ils ont commencé par échanger des "papiers", en griffonnant remarques et commentaires l'un pour l'autre... En août déjà, Haïm Ramon et Dahlia Itzik avaient commencé à parler de la "séparation (unilatérale)" partout où ils le pouvaient. A la différence de son nouveau partenaire, Ben-Ami, qui croyait qu'on pourrait conclure le statut final en rétrocédant aux Palestiniens 96 % des territoires, Ramon répétait toujours qu'il n'y a pas de solution, ni au problème de Jérusalem, ni à celui du Droit au Retour, et qu'il faut donc rechercher un arrangement transitoire.

H.R: "Déjà lors des réunions de cabinet, je disais à Barak : 'Si vous ne revenez pas avec tout (de Camp David), revenez avec quelque chose, avec un accord intérimaire, ne cassons pas totalement la baraque. Je pensais qu'il fallait exécuter la troisième phase du redéploiement, cela aurait diminué les tensions. Je ne pensais pas Arafat capable de passer un accord global. Même si nous lui donnons Tel-Aviv, il préfère être le chef d'un mouvement révolutionnaire, plutôt que de diriger un petit Etat, de s'occuper du bien-être des habitants de Naplouse ou des égouts de Djebeliyah... Il faut aller lentement et prudemment, très prudemment".

B.A : "Reprendre aujourd'hui la négociation là où nous l'avons laissée équivaut à un suicide collectif, aussi longtemps que nous avons ce partenaire-là. Entre-temps, il faut nous débarrasser de la gangrène accrochée à notre dos. Cette gangrène, c'est pour moitié la Bosnie, pour moitié l'Herzegovine; quelque chose de terrible dont nous devons nous séparer -- pour pouvoir canaliser nos énergies, nos moyens financiers et notre volonté nationale vers la solution des problèmes de la société israélienne".

H.R : "Je dirais qu'on a là un homme qui a un énorme abcès sur le dos, et qui dit : 'Cet abcès est le mien, je ne veux pas m'en séparer'. Mais entre-temps, cet abcès le tue, il faut qu'il soit éliminé".


S'il en est ainsi, vous pensez tous les deux que le Parti travailliste doit quitter sur-le-champ la coalition gouvernementale.

H.R : "Avec tout le respect que j'ai pour Shlomo, comme un peu pour moi-même, aussi longtemps que notre plan de séparation ne devient pas le programme du Parti travailliste, aussi longtemps qu'il n'y a pas d'alternative, cela ne sert à rien de nous en aller".

B.A : "Je pensais dès le départ que nous ne devions pas nous joindre à l'union nationale, que cela ne rime à rien, que c'est Lieberman qui mène ce gouvernement, et pas Pérès. Ben-Eliezer et Pérès nuisent aux chances de créer une solution de rechange politique et socio-économique. C'est pourquoi il est raisonnable de créer une plate-forme et de discuter d'un plan, autour duquel on décidera s'il faut rester au gouvernement ou non".

H.R : "Je suis d'accord avec Ben-Ami, que si le rôle du Parti travailliste se résume à aider Sharon à atteindre son objectif, le parti disparaîtra".

B.A : "Il ne s'agit même plus de correction du cap. Le parti ne fait que soutenir Sharon".
(...)

H.R : "Si le Parti travailliste ne présente pas d'alternatives, il est voué à la disparition. Si son rôle se réduit à assister Sharon dans son entreprise, il n'a pas d'avenir."


B.A : "Le Parti travailliste n'a pas de véritable plate-forme idéologique au sein du gouvernement. Que prône-t-il au juste ? Gaza d'abord ? Un Etat palestinien sans frontières ?
Face à la grave crise que traverse Israël, il parait inimaginable que le débat public tourne autour du nombre de jours d'accalmie à respecter."

H.R : " Après le revers cuisant de février dernier, le Parti s'est vidé de son contenu idéologique. Je ne crois pas non plus que la meilleure solution serait de reprendre le dialogue avec Yasser Arafat."

B.A: "L'une des raisons du fiasco des élections entre Ben Eliezer et Burg est l'absence d'un débat idéologique profond. Si Haim ou moi même nous étions présentés, la bataille aurait été idéologique ."

Pourquoi ne vous êtes-vous pas présentés ?

B.A: "Toutes les conditions n'étaient pas réunies pour que je me présente"

Quelle est la spécificité de votre plan ?

H.R : "Notre plan présente les choses de manière concrète. Il parle d'un déplacement des colonies de Cisjordanie vers des blocs d'implantation, tel qu'il est défini dans le plan Clinton : Ariel, le Goush Etzion, et la périphérie de Jérusalem, qui comprendrait la partie orientale qui mène a Maalé Adoumim, ainsi que les quartiers de Pisgat Zeev, de Névé Yaakov, et de French Hill. Nous avons également dessiné une carte de la bande de Gaza faisant mention de l'évacuation des colonies. En Cisjordanie, toutes les colonies devront être intégrées aux nouveaux blocs d'implantation. Toutes les colonies se trouvant au-delà de la clôture devront être évacuées, tant et si bien que 20% des colonies devront être démantelées. En tout et pour tout, nous devrons évacuer 95% de la Cisjordanie. De plus, notre plan prône un accord sous l'égide de la communauté internationale."

En quoi serait-elle indispensable ?

B.A: "Toute démarche unilatérale est source d'instabilité. La nouvelle frontière ne sera pas aussi légitime que les autres frontières d'Israël. C'est une situation complexe où l'on ignore quel type d'Etat verra le jour de l'autre côté de la clôture. Il est donc important d'obtenir des engagements de la part de la communauté internationale, qui, parallèlement à Tsahal, veillera au bon déroulement de l'accord et à la protection des frontières."



Vous mentionnez à plusieurs reprises le plan Clinton. Selon vous, la société israélienne est-elle assez mure pour accepter le démantèlement de colonies comme Homesh, Tapouah, Eli en Cisjordanie, ou encore celles de Netzarim et de Kfar Darom dans la bande de Gaza ?

B.A: " La majorité des Israéliens sont convaincus que la colonisation de territoires arabes est l'une des erreurs les plus tragiques qu'aient pu faire les gouvernements successifs d'Israël. Il était erroné de penser qu'une telle entreprise survivrait, tant sur le plan politique que sécuritaire."


Que préconise votre plan pour la Vallée du Jourdain ?
B.A : "Pour l'instant la vallée du Jourdain restera sous souveraineté israélienne afin d'établir une séparation entre les Palestiniens et la Jordanie."

Et Jérusalem ?

B.A : "Idem. Jérusalem sera la monnaie d'échange qui poussera les Palestiniens à souhaiter un règlement définitif. Une frontière autour de Jérusalem intégrera Betar Elit au sud, Maalé Adoumim a l'est, et Givat Zeev au nord."

Un règlement unilatéral suppose que vous fassiez abstraction de l'existence d'un partenaire quelconque. Ceci est un exemple parfait de la traditionnelle arrogance sioniste. N'est- il pas trompeur de vouloir parvenir à un accord avec les Palestiniens sans les Palestiniens ?
H.R : " Laissez-moi vous rappeler que nous voulions restituer la quasi- totalité des territoires aux Palestiniens et que ceux-ci ont répondu à notre offre par l'Intifada. J'aurais évidemment préféré parvenir à un accord - et Dieu sait si mon collègue Ben Ami a oeuvré en ce sens - mais en attendant, des Israéliens se font assassiner tous les jours, notre économie est au plus mal, et vous voulez que je plaigne les Arabes ? Ce qui m'importe avant tout, c'est l'avenir de la société israélienne. Lorsqu'il y aura un interlocuteur en face de nous, nous irons négocier, quitte à le faire parallèlement à la séparation."

B.A : "De quelle arrogance parlez-vous ? Le retrait unilatéral du Liban Sud était-il un acte d'arrogance ? L'appel à une intervention internationale est un signe de respect envers les Palestiniens. Arafat en personne formule depuis des mois une telle requête. Israéliens et Palestiniens sont pour l'instant incapables d'arriver à un règlement bilatéral car le mouvement national palestinien n'a pas encore admis moralement l'existence de l'Etat d'Israël. Pour l'aider à surmonter une telle difficulté, il devra être assisté de la communauté internationale."

Si vous prétendez qu'il n'existe pas aujourd'hui de partenaire, en quoi vous différenciez- vous d'Ariel Sharon ?

B.A : "Nous sommes prêts à restituer les territoires et souhaitons parvenir à un accord qui parle de deux capitales pour deux Etats à Jérusalem, comme défini dans le plan Clinton./.