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Israël exhale sa fureur contre l'enquête de la BBC sur Sharon
Par Ben Lynfield

traduction française de l'article de Menahem Macina - CJE
L'original anglais peut être consulté à :
http://www.thescotsman.co.uk/world.cfm?id=82643


Jérusalem, 19 juin 2001 - Pour la première fois en neuf mois, l'attention du gouvernement israélien s'est portée sur un ennemi visible qui n'est pas palestinien - la BBC.

Cette société a été accusée de produire de la "propagande bon marché" et de s'être rendue coupable d' "antisémitisme", en raison de la diffusion d'un documentaire-Panorama intitulé "L'Accusé". Le programme examinait la possibilité que le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, soit inculpé de crimes de guerre pour son rôle dans le massacre, en 1982, d'au moins 700 Palestiniens, par les milices chrétiennes phalangistes libanaises, dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila, à Beyrouth.

M. Sharon, alors Ministre de la Défense d'Israël, avait envoyé les Phalangistes dans les camps, quelques jours après l'assassinat de leur chef, Bashir Gemayel.

Le juge Richard Goldstone, en charge de la poursuite des suspects de crimes de guerre devant les tribunaux de l'ONU pour l'ancienne Yougoslavie et le Rwanda, participait à l'émission. Il a affirmé qu'un responsable politique qui donne des instructions a la obligation évidente, en vertu de la Convention de Genève, de veiller à ce que des civils innocents "ne soient ni assassinés, ni violés, ni blessés de quelque manière que ce soit".

Les réactions israéliennes orageuses, 18 ans après qu'une manifestation, à Tel Aviv, ait forcé le gouvernement à créer une Commission d'enquête sur la tuerie, reflètent le sentiment des cercles gouvernementaux qui considèrent que le reportage a été diffusé à point nommé pour affaiblir Israël dans sa confrontation actuelle avec les Palestiniens.

La Commission de 1982 avait conclu que la "responsabilité du Ministre de la Défense était engagée, pour n'avoir pas tenu compte du danger d'actes de vengeance... de la part des Phalangistes". Elle a recommandé la démission de M. Sharon du poste qu'il occupait.

Interrogé par la Commission, le 25 octobre 1982, sur le moment où il avait commencé à réaliser que quelque chose n'allait pas dans les camps, M. Sharon a répondu qu'il avait été contacté par son chef d'Etat-Major, Raphaël Eitan. "Il m'a dit... que durant l'opération des Phalangistes dans les camps, les chrétiens avaient fait plus de victimes que prévu dans la population civile.

Durant sa campagne électorale de l'an passé, M. Sharon avait affirmé n'avoir rien à voir dans la tuerie, et que seule "l'atmosphère hystérique" qui régnait en Israël à la suite de l'événement avait amené à l'ouverture d'une enquête.

Hier, de nombreuses personnes, qui participaient à une émission de la télévision israélienne, ont attaqué la BBC. Uri Dan, un journaliste qui fut le porte-parole de M. Sharon en 1982, a accusé la BBC d'être "largement anti-israélienne et antisémite". "C'est la BBC qui a applaudi aux bombardements de Dresde par Churchill et à ceux de Hambourg, dans lesquels des centaines de milliers de personnes ont trouvé la mort."

Gideon Meir, sous-directeur du Ministère des Affaires Etrangères, a affirmé que le but de l'émission était d' "attaquer Israël". Il l'a qualifiée de "propagande bon marché". "Je n'ai pas vu un reportage de cette nature sur les terroristes palestiniens", a-t-il remarqué.

La BBC a défendu l'émission. Elle a cité Fergal Keane, qui aurait dit, dans son commentaire du programme : "C'est le devoir des journalistes d'examiner les actes de ceux qui détiennent le pouvoir et ce que l'on sait d'eux. La tâche du journaliste est de traiter des faits. Et les faits de Sabra et de Chatila sont profondément choquants."

© The Scotsman, 2001.