Dim 23 fév 2003 17:24

Trois bateaux suspectés de recéler des armes irakiennes
Par Michaël Harrison
Paru dans " The Independant ", le 19 février 2003

Traduction Simon Pilczer

Trois cargos géants sont suivis par les renseignements américains et britanniques, étant suspectés de pouvoir transporter des armes irakiennes de destruction massive.

Chacun jaugeant une capacité totale de 35.000 à 40.000 tonnes, ces bateaux font route à travers les océans du monde entier depuis les trois derniers mois en maintenant le silence radio, en claire violation du droit maritime international, déclarent les sources de l'autorité de l'industrie maritime.

Les vaisseaux ont quitté le port en novembre dernier, seulement quelques jours après que les inspecteurs en armements de l'ONU, conduits par Hans Blix, eurent commencé leurs recherches sur un présumé arsenal irakien, à leur retour dans ce pays.

Découvrir une telle cargaison meurtrière à bord donnerait à George Bush et Tony Blair la preuve [smoking gun] longtemps recherché nécessaire pour justifier une attaque contre le régime de Saddam Hussein, face à l'opposition publique massive à la guerre.

Les bateaux ont été enregistrés par un agent maritime basé en Egypte, et battent pavillon de trois pays différents. Leur silence radio continu depuis qu'ils ont quitté le port ainsi que l'incapacité de leurs capitaines à fournir des informations sur leurs chargements et leurs destinations, sont des infractions patentes du droit maritime international.

On pense que les vaisseaux ont passé la plus grande partie de leur temps dans les eaux profondes de l'océan indien, restant au mouillage quand ils avaient besoin de fuel et de nourriture. Ils ont mouillé dans une quantité de pays arabes, dont le Yemen.

On croit les forces américaines et britanniques réticentes à arrêter et fouiller les navires dans la crainte que toute intervention provoquerait leur sabordage. S'ils transportaient des armes chimiques ou biologiques, ou du matériel nucléaire fissile, et qu'ils coulent en mer, les dommages à l'environnement seraient catastrophiques.

Washington et Londres pourraient aussi vouloir orchestrer des raids de façon à présenter les bateaux comme des " preuves " que le président Saddam est impliqué dans une " violation matérielle " des résolutions de l'ONU. Cela pourrait provoquer le déclenchement des frappes militaires. Alors que les sources sécuritaire à Londres le 18 février ne pouvaient apporter aucune information sur une opération de surveillance, les mouvements des trois bateaux sont à la source de préoccupations croissantes chez les experts maritimes et du renseignement.

Une source de l'industrie maritime à déclaré à " l'Independant " : " Si l'Irak possède des armes de destruction massive, alors une grande partie de ses capacités pourrait être en mer dès à présent. Ces bateaux ont maintenu le silence radio pendant de longues périodes et, depuis un temps considérable, ils ont navigué en cercles de plus en plus étroits ".

On pense que les bateaux ont fait route depuis un pays différent de l'Irak pour éviter de s'exposer au feu de vaisseaux de la flotte occidentale patrouillant dans le golfe. Les experts de la défense considèrent que, s'ils transportent des armes de destruction massive, celles-ci peuvent avoir transité clandestinement via la Syrie ou la Jordanie.

Malgré des centaines de recherches par les inspecteurs de l'ONU, aucune preuve n'a encore été trouvée de programmes irakiens d'armes de destruction massive. Une suite de " dossiers " présentés par Downing Street (siège du premier ministre britannique) a été critiquée pour fourniture d'information inexacte, la plus récente ayant tourné au ridicule parce qu'une thèse de doctorat réalisée par un étudiant il y a 11 ans avait été présentée comme un renseignement de première main. Washington et Londres ont subi un autre revers quand l'exactitude des photographies satellites montrées aux Nations Unies par Colin Powell, secrétaire d'Etat (Ministre des Affaires Etrangères des Etats Unis) , dans le but de montrer des officiels irakiens déplaçant des preuves incriminantes depuis un site suspect, a été mis en doute par Hans Blix.

M. Blix a déclaré : " les rapports de mouvements de munitions sur le site pouvaient aussi bien être une activité de routine qu'un déplacement d'armes prohibées anticipant une inspection imminente ".

Les tentatives pour lier le régime irakien à Al Qaïda et à d'autres groupes islamistes ont aussi rencontré le scepticisme. L'ONU a déclaré, cependant, que l'Irak a failli à rendre compte de 1.000 tonnes d'agents chimiques datant de la guerre contre l'Iran ; de révéler les localisations de 6.500 rockets chimiques, manquantes ; de donner la preuve qu'elle avait détruit 8.500 litres d'anthrax (bactérie du Charbon mortelle à très faible dose) ; et de rendre compte de 380 moteurs de fusées clandestinement importées en Iraq, et contenant des produits chimiques utilisés pour la propulsion de missiles et les systèmes de contrôle.

Les rapports des renseignements, et quelques irakiens ayant fait défection, ont soutenu que le matériel incriminé et les documents relatifs aux armes de destruction massive ont été enterrés dans des endroits retirés du pays, et ont aussi été cachés dans une grande variété de lieux, y compris les domiciles d'officiels et de scientifiques, ainsi que dans des mosquées. Il y a aussi des affirmations selon lesquelles des produits biologiques et chimiques ont été transférés clandestinement en Syrie.

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