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ELIE BARNAVI : LA FRANCE REGRETTE DE TROP AVOIR SOUTENU LE MONDE ARABE
Ynet (17/12/01)

Quelles sont les expressions d’antisémitisme que connaît la France cette dernière année ?

B.N : Tous les rapports du ministère de l’Intérieur français témoignent d’une recrudescence des actes de violence envers la communauté juive : attaques, insultes, menaces, etc. Cette année plus de 300 incidents antisémites ont été recensés.
L’antisémitisme au sens classique du terme, tel que l’entend l’extrême droite, n’existe pratiquement pas, et ne représente pas un phénomène politique ou social marquant. Lorsqu’on parle aujourd’hui d’antisémitisme en France, on pense d’abord à la communauté arabo-musulmane, qui compte entre 4 et 6 millions de membres en France. Il s’agit notamment des deuxième et troisième générations d’immigrés, dont l’intégration fut difficile et qui reportent leurs frustrations sur le conflit du Proche-Orient. Tout est dit ou presque. Lorsqu'on parle d’antisémitisme en France, on parle de heurts entre les deux communautés dans les banlieues. Il s’agit d’une crispation inter-communautaire. “ La réaction des autorités françaises est souvent hésitante voire ambiguë. D’une part, celles-ci tendent à faire respecter le principe démocratique, “de tels actes sont inadmissibles”, et d’autre part, les mesures qui sont prises sont souvent frileuses de crainte de perdre le contrôle et de voir les incidents s’intensifier.
Il existe un autre pan de l’antisémitisme, le “ nouveau visage de la judéophobie ” comme le définit le chercheur Pierre-André Taguieff. Ce phénomène, qui est généralement l’affaire de l’extrême gauche, prend source dans la haine d’Israël en tant qu’Etat, et dans l’antisionisme. Il tend à prouver qu’Israël est à l’origine de tous les maux de la terre, et cette haine embrasse souvent la haine du Juif. On retrouve ce phénomène culturel dans certains journaux.

Quel impact ont eu les événements du 11 septembre sur les Français ?

“ Il est difficile de le mesurer, même s’il existe incontestablement. Chez de nombreux Français, les événements du 11 septembre n’ont fait qu’accentuer le rejet et la répulsion qu’ils éprouvent pour le fondamentalisme islamique, et en dépit des appels répétés à la distinction entre islamisme et Islam, ce rejet se répercute sur l’Islam dans son ensemble. Dans un sondage paru il y a peu, 77% des Français disent soutenir la politique des Etats-Unis. C’est un soutien très large qu’apportent les Français aux Américains.”.

Y a-t-il eu un tournant dans l’attitude de la France, en particulier après l’appel de l’Union européenne à Arafat pour qu’il démantèle le Hamas et le Jihad islamique ?

“ A l’Elysée, au cabinet du Premier ministre et au ministère des Affaires étrangères, on ressent depuis longtemps un sentiment de colère, de déception et d’exaspération à l’égard d’Arafat. Mais il y a aussi une grande peur vis-à-vis de ce qui risque de se produire après l’ère Arafat. Le soutien qu’on lui accorde résulte surtout de la crainte de ce qui risque de se produire après lui. C’est pourquoi ce sentiment ne s’est pas exprimé jusqu’à ce jour publiquement. Mais après la vague des derniers attentats en Israël, après la vague des mensonges d’Arafat, les “ fables ” qu’il a racontées au Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, quand il a affirmé que c’est le Mossad qui avait monté ce qui s’est passé le 11 septembre et que c’est encore le Mossad qui se profilait derrière l’assassinat de Rehavam Zeevi – tout cela a été très mal perçu. Il y a en France un certain dégrisement, on est prêt à dire les choses. Il n’y a rien de nouveau dans ces positions, ce qui est nouveau c’est qu’on est prêt à les dire publiquement.
Il y a une décision prise en toute conscience et exprimée, de s’écarter de la tradition diplomatique, que Mitterrand avait été le premier à remettre en cause avant de revenir aux positions traditionnelles. Cette volonté se traduit par le fait qu’on est prêt à dialoguer avec Israël, autant que possible sans rapport avec les péripéties du processus de paix
Le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, m’a dit : “ Tout ce que nous avons récolté en tournant le dos à Israël et en soutenant les Arabes, c’est qu’Israël nous a écartés du processus de paix et que nous sommes devenus le jouet des Arabes. Parce qu’à chaque fois qu’Israël désire quelque chose de sérieux, il se tourne vers les Américains ”.
La volonté de dialoguer avec Israël se traduit par la levée de toutes sortes d’obstacles politiques dans les relations bilatérales. Il s’agit de nombreux domaines dont le commerce, la culture, la recherche scientifique et même la sécurité ”.

Israël entretient-il un dialogue sécuritaire avec la France ?

“ Evidemment. Il y a une coopération stratégique au plus haut niveau, y compris au niveau ministériel. Dans ce cadre, on discute de nombreux sujets, dont la question du terrorisme, le Moyen-Orient et les menaces stratégiques du premier, du deuxième et du troisième échelon. Cette coopération est menée dans des conversations ouvertes ou secrètes nombreuses. En revanche, Arafat n’est plus accueilli ici avec le même empressement.
Le second changement, en France, concerne la volonté d’élaborer une politique étrangère européenne commune, et de la rapprocher autant que possible de celle des Etats-Unis ”.

Y a-t-il des liens entre le gouvernement français et le gouvernement américain ?

“ Il y a des rapports très étroits, quotidiens, entre le gouvernement français et l’Administration américaine ”.

Est-ce que l’Union européenne en général, et la France en particulier, envisagent de geler les avoirs du Hamas et du Jihad islamique ?

“ Il est trop tôt pour me le demander. J’ai l’intention de tenir une série de consultations à ce sujet. Ce qu’il y a, c’est qu’il est question pour la première fois d’une déclaration européenne, soutenue par la France, assimilant le Hamas et le Jihad islamique à des organisations terroristes. Le corrélat de cela, tout naturellement, c’est le gel des biens s’il y en a. Je m’apprête à faire la lumière là-dessus, car c’est une question très importante et intéressante ”.

Des dirigeants de la communauté juive de France se plaignent de l’absence d’efforts d’information israéliens en France, et du fait que cela se résumerait à quelques interviews données ici et là par le ministre des Affaires étrangères, Shimon Pérès…

“ Voilà des bêtises, tout simplement des bêtises. Un effort très important d’information est consenti, en Israël aussi. On investit dans ce domaine beaucoup d’argent et beaucoup de matière grise. C’est la formule israélienne magique, l’Information. Quand rien ne marche, on dit que nous ne savons pas bien nous expliquer – “ si seulement on savait bien expliquer [notre politique], alors tout irait bien ”. C’est un argument politique douteux. Il y a un effort d’information considérable. Il y a ici une équipe qui travaille à cela le plus clair de son temps. Moi-même, j’accorde entre 3 et 5 interviews par jour, non compris celles avec la presse juive et israélienne. Cette habitude de pleurnicher, qui est la fois israélienne et juive, est un fruit de la frustration, de l’exaspération et de l’incapacité d’agir ”./.