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CINQ QUESTIONS A... Elie Barnavi - vendredi 3 août 2001
"Une tactique militaire"
Elie Barnavi est ambassadeur d'Israël en France depuis décembre 2000

Que pensez-vous de la politique d'attaques ciblées menée par Israël en territoire palestinien?

- Je crois que c'est une résultante évidente mais malheureusement nécessaire des attaques répétées contre des objectifs civils israéliens. Nous n'appelons pas ça des "attaques ciblées", mais des "opérations préventives". Nous avons frappé l'état-major du Hamas à Naplouse en Cisjordanie afin d'éliminer la cellule responsable d'une série d'attentats suicides en Israël, dont le premier a été celui du 1er juin dans une discothèque à Tel Aviv qui a fait 27 victimes. Cette cellule est responsable d'une quarantaine de morts et d'environ 200 blessés israéliens. Dans le cadre de notre politique de coups préventifs, nous allons essayer, du mieux que nous le pourrons, de rendre ces attaques terroristes impossibles en interceptant les tueurs. Voilà comment s'explique cette politique. Si l'Autorité palestinienne faisait son travail et arrêtait ces gens pour les empêcher de nuire, nous n'aurions pas à le faire nous-mêmes. Ce travail nous déplaît mais il nous est imposé.

Ne craignez-vous pas les représailles?

- Bien entendu, nous les craignions. Mais que nous fassions des opérations préventives ou non, ce n'est pas ce qui arrêtera le terrorisme et les représailles. Nous essayons de décimer les responsables des attentats et de rendre les opérations terroristes plus difficiles. C'est évident que nous ne les liquiderons pas tous mais ce n'est pas une politique, c'est une tactique militaire destinée à rendre le terrorisme de plus en plus compliqué. Nous ne pourrons sortir de cette spirale que par la politique, mais en attendant il faut bien que nous défendions nos ressortissants du mieux que nous pouvons.

Dans une tribune au New York Times daté du 30 juillet, l'ancien Premier ministre Ehoud Barak estime que Yasser Arafat n'est pas un vrai partenaire pour la paix, qu'en pensez-vous?

- Qu'il soit un vrai partenaire ou non, c'est lui qui est dirigeant du peuple palestinien. Nous ne disposons pas d'autre partenaire pour l'instant. Il est en place et tant qu'il est là, c'est avec lui que nous devons traiter, si toutefois il veut bien traiter avec nous. Donc si nous pouvons faire un bout de chemin avec lui, nous le ferons et Dieu sait que nous avons essayé. Nous verrons à l'usage si quelque chose en sortira.

Selon vous, qui remplacera Yasser Arafat à la tête de l'Autorité palestinienne à sa disparition?

- Il est difficile de savoir. S'il y a une chose dont je sois sûr c'est que la place de Yasser Arafat ne restera pas longtemps vacante. La deuxième chose c'est que le combat pour le pouvoir palestinien, qui a d'ailleurs déjà commencé et qui constitue l'un des aspects de la deuxième Intifada, se fera dans la violence. Celui qui émergera ne sortira pas des urnes, il faut s'attendre à beaucoup de violences dans la rue palestinienne. Il y a plusieurs cercles possibles d'où pourrait sortir un successeur éventuel. Soit, ce qui me semble le moins probable, le successeur sera issu de l'entourage direct de Yasser Arafat, c'est-à-dire de ceux qui sont venus avec lui de Tunis. Soit, et c'est plus probable, il viendra de ceux qui se sont formés sur le terrain, ou encore de ceux qui ont le pouvoir des armes c'est-à-dire les chefs des différentes polices. Ce qui me semble exclu, du moins tel que je peux analyser la situation aujourd'hui, c'est que le Hamas s'empare du pouvoir. Je pense qu'il n'a pas encore la force nécessaire pour le faire et cela est plutôt rassurant.

Ne pensez-vous pas que l'escalade de la violence entraînera l'émergence d'un leader palestinien très dur?

- Le problème n'est pas tellement que le leader soit dur ou pas, c'est qu'il sache ce qu'il veut. Qu'il soit prêt à faire ce qu'il faut pour aboutir à la paix avec Israël. Evidemment, s'il n'est pas dans une logique de paix du tout, nous verrons à ce moment-là. Ce qui est certain, et je pense que la plupart des responsables palestiniens le savent, c'est qu'il n'y aucun moyen d'écraser Israël, de vaincre Israël sur le champ de bataille. La conclusion logique est qu'il faudra s'entendre avec Israël. Si l'homme qui émerge parvient à cette conclusion, il sera le bienvenu. Mais cela est aussi vrai pour Arafat. On ne sait pas exactement ce qu'il veut, mais on peut espérer qu'il reprenne les choses en main et retourne à la table des négociations. Tout l'effort d'Israël n'est pas de régler le problème par la guerre et par la violence, mais de créer les conditions nécessaires sur le terrain pour parvenir à un accord de paix.

Propos recueillis par Estelle Levresse