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«Israël ne pourra pas garder toutes les colonies»
propos recueillis par Pierre Ganz et Alain Louyot 

L'Express du 18/01/2001
Elie Barnavi


Le nouvel ambassadeur d'Israël à Paris, Elie Barnavi, qui vient de rejoindre son poste, il y a quelques semaines seulement, évalue les chances des difficiles négociations en cours dans le cadre de l'émission de Radio France Internationale-L'Express L'Invité de la semaine


Nous sommes à quelques jours du départ de Bill Clinton de la Maison-Blanche et à trois semaines seulement de l'élection en Israël du Premier ministre... N'est-ce pas bien court pour arracher un accord de paix israélo-palestinien?
Vous savez, les diplomates aiment bien les dates butoirs, car cela permet de faire avancer les choses. C'est vrai que ces dates sont importantes, notamment celle du départ du président Clinton, qui s'est beaucoup investi dans le processus de paix, et de l'arrivée du président Bush, dont on ne connaît ni ce que seront ses priorités ni le temps qu'il lui faudra pour analyser le dossier du Proche-Orient. Mais je ne vois pas comment on pourrait obtenir un accord de paix définitif dans les toutes prochaines semaines.

Pourtant, les négociations ont repris, les patrouilles mixtes israélo-palestiniennes ont repris également...
Ce sont des signes très positifs, mais plus personne ne pense que l'on aboutira à un accord d'ici à fin janvier. Ce que l'on espère, c'est aboutir à une déclaration de principes...

Mais les Palestiniens ont dit qu'ils n'en voulaient pas!
C'est ce qu'ils disent, mais il n'est pas impossible qu'ils s'y résolvent. Surtout si cette déclaration de principes est assortie d'une garantie internationale, qu'ils ont toujours réclamée. Depuis les négociations israélo-palestiniennes de Camp David, on n'a rien écrit qui engage formellement les deux parties. Ce qui reste, c'est une sorte de mémoire collective. Il faudrait pouvoir ancrer cette mémoire dans une déclaration de principes afin qu'elle fixe un cadre obligatoire aux négociations futures.

Yasser Arafat a-t-il intérêt à s'entendre vite avec Ehud Barak ou pourrait-il, paradoxalement, miser sur l'arrivée d'Ariel Sharon?
Il est possible qu'il se dise que, avec Sharon, un durcissement de l'attitude israélienne permettrait une internationalisation du conflit. Ce serait un calcul relevant de la politique du pire. Ce qui est sûr, c'est que, visiblement, Yasser Arafat n'a pas envie d'aider Ehud Barak à se faire réélire.

Que pourrait être cette déclaration de principes, car on ne sait pas très bien s'il y a accord ou non sur certains points, comme le contrôle de l'esplanade des Mosquées?
Tout n'est pas très clair, en effet. Ehud Barak a dit qu'il ne signerait pas un document qui transférerait la souveraineté du mont du Temple aux Palestiniens. Mais cela ne veut pas dire que cette souveraineté ne puisse pas être partagée ni confiée à un tiers. La question reste ouverte.

Et puis il y a le problème des réfugiés palestiniens.
Le coeur du problème, ce sont effectivement la question de Jérusalem et celle des réfugiés. Pour l'instant, en ce qui concerne le droit au retour des réfugiés, les Palestiniens ont une position très rigide. Mais Israël ne peut évidemment pas transiger sur cette question, c'est un «Non possumus» absolu.

Israël pourrait-il reconnaître avoir néanmoins une dette à l'égard des réfugiés palestiniens?
Je le crois. Israël pourrait même admettre, avec d'autres, une part de responsabilité dans le malheur palestinien. Depuis vingt ans, je suis d'ailleurs d'avis qu'Israël devrait le faire. Le problème des réfugiés est né d'une guerre que nous n'avons certes pas voulue, mais le fait est là, des masses de réfugiés sont partis, certains d'entre eux ont été expulsés. Bref, Israël pourrait donc reconnaître une part de responsabilité, comme les pays arabes - Dieu sait qu'ils ont aussi la leur! - de même que la communauté internationale.

Certaines colonies de peuplement devront-elles être démantelées s'il y a accord?
La logique même de l'échange des territoires, qui prévoit qu'environ 95% de la Cisjordanie et 100% de la bande de Gaza seront sous souveraineté palestinienne, implique qu'on ne pourra évidemment pas garder toutes les colonies. Mais, dans le cadre d'un accord de paix, on peut aussi imaginer que certaines colonies restent au coeur de l'Etat palestinien, c'est-à-dire sous souveraineté palestinienne, même si, en pratique, je vois peu de colonies opter pour cette solution.

Le temps des accords intérimaires est-il révolu?
Vous faites bien de le rappeler, les accords d'Oslo, c'était une affaire intérimaire. Aujourd'hui, nous cherchons le définitif, nous sommes entrés dans la négociation finale pour un statut définitif.

Dans cette dernière ligne droite, les Etats-Unis continueront-ils à avoir un rôle central?
Il faut sortir de la logique triangulaire et, dans ce domaine, je rejoins un peu les Palestiniens; je ne suis pas le seul en Israël à penser ainsi, car c'est la thèse de notre ministre des Affaires étrangères. La logique triangulaire Israël - Etats-Unis -Autorité palestinienne a montré ses limites, et il faut l'ouvrir en créant un cadre international de garanties.

Si l'on se projette dans un Proche-Orient pacifié, comment voyez-vous évoluer l'Etat d'Israël? Jacques Attali écrivait récemment dans L'Express qu'Israël ne pourrait survivre avec sa Constitution actuelle.
Qui au Proche-Orient est plus laïque que nous le sommes? J'ai beaucoup réfléchi à la question de la normalité dans le contexte du sionisme. La normalité dans la région, c'est nous. Nous n'avons pas de religion d'Etat, notre gouvernement est démocratiquement élu par la Knesset, et non par les rabbins. Là où je suis pleinement d'accord avec Jacques Attali, c'est quand il dit que la place d'Israël est au Proche-Orient. Nous sommes des Proche-Orientaux.

L'avenir d'Israël implique donc un accord global avec tous les pays de la région?
Un accord avec les Palestiniens vaut accord global. Une fois que l'on sera d'accord avec les Palestiniens, vous le verrez, tout le reste suivra avec une étonnante facilité. Y compris avec les Syriens.

Et cela pourrait se faire dans l'année 2001?
Absolument. Je ne dis pas que cela se fera dans l'année, mais à très brève échéance sitôt que le problème avec les Palestiniens sera résolu.