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Pour Ehud Barak, ex-Premier ministre travailliste d'Israël:
«Arafat ne changera jamais...»

Par Alexandra SCHWARTZBROD - 24 décembre 2001

Le premier ministre travailliste d'Israël de juillet 1999 à février 2001, Ehud Barak répond à Libération.


Pensez-vous qu'Ariel Sharon devrait laisser Yasser Arafat aller à la messe de minuit à Bethléem?

Cela n'a aucune importance. Je pense que l'on devrait intervenir au minimum sur l'individu et au maximum sur celui qui, en tant que leader de l'Autorité palestinienne, incite à la violence et encourage le terrorisme.

Est-il encore un «partenaire» à vos yeux?

Je l'ai côtoyé de près pendant sept ans. On pensait tous qu'il allait enfin laisser le rêve devenir réalité, qu'il avait changé... On a vu ce que cela a donné. Je pense personnellement qu'Arafat ne changera jamais, qu'il ne reconnaîtra jamais le droit des juifs à avoir leur propre Etat. Il reconnaît peut-être la religion juive, mais pas le peuple juif. Et, là, il y a une vraie asymétrie entre nous et les Palestiniens. Nous avons tous reconnu, de facto, y compris Sharon, le droit des Palestiniens à avoir un Etat. Mais l'inverse n'est pas vrai.

Que feriez-vous aujourd'hui si vous étiez au pouvoir?

J'ai une stratégie en trois points. D'abord, combattre la terreur par tous les moyens, assassinats ciblés, incursions..., ce que fait déjà ce gouvernement. Ensuite, laisser la porte grande ouverte à la reprise des négociations, n'importe quand et sans préconditions, sur la base de Camp David (1) et non de Taba, qui n'était pas vraiment une négociation (2). Enfin, puisqu'on n'a pas trouvé de partenaire avec qui conclure un accord, je suggère que l'on relance le projet de séparation unilatérale dans les quatre ans qui viennent. Cela consisterait à ériger 800 kilomètres de barrières entre Israël et la Cisjordanie, sur le mode de ce qui a été fait autour de la bande de Gaza, afin d'empêcher les terroristes de venir perpétrer des attaques en Israël. On ne garderait que de gros blocs d'implantations, qui pourraient représenter jusqu'à 20 % de la Cisjordanie. Mais je suggère que l'on ne les annexe pas formellement à Israël, afin de ne pas compromettre les chances d'une reprise des négociations. Quant aux petites implantations isolées, on ne les démantèlerait pas tout de suite, afin de ne pas donner l'impression que l'on récompense la terreur. Mais on dirait haut et fort que l'on est déterminé à le faire.

Croyez-vous aux efforts déployés ces derniers jours par Arafat pour aboutir à un cessez-le-feu?

Si l'on était en Scandinavie, j'y croirais. Ici, non. Arafat ment effrontément. Par le passé, Arafat a dû me promettre au moins 80 cessez-le-feu. Cela n'a jamais marché.

Voyez-vous une alternative à Arafat?

Ce n'est pas notre rôle de choisir un leader pour les Palestiniens. Mais c'est sûr qu'il finira par être remplacé un jour. Là, je vois deux possibilités. Soit l'arrivée au pouvoir d'un mouvement extrémiste, comme le Hamas ou le Jihad islamique, ce qui fera que la situation sera bien pire et, en même temps, le monde entier comprendra enfin à qui nous avons affaire. Ou alors la montée en puissance de la nouvelle génération.

Avez-vous un regret sur Camp David?

Non, pas un seul. Je pense que ces négociations ont été déterminantes sur trois points. Elles ont permis d'identifier les domaines dans lesquels un accord était possible, de faire tomber le masque d'Arafat et de rassembler la société israélienne.

A tel point qu'il n'y plus de gauche israélienne...

La droite a été beaucoup plus cassée, car son rêve d'un grand Israël est mort. Alors que la gauche est peut-être déprimée, mais elle n'a pas perdu ses valeurs essentielles, basées sur l'existence des deux Etats. Le problème de la gauche, c'est qu'elle ne cesse de culpabiliser. Quand je suis arrivé à sa tête, j'ai trouvé un groupe qui ne pensait pas que l'on pouvait gagner. Mais je peux vous affirmer que le jour où un leader palestinien émergera, avec la carrure d'un Sadate, et déclarera qu'il veut mettre fin à la violence par la négociation, vous aurez dans les trois semaines 70 % des Israéliens qui se déclareront prêts à faire des compromis douloureux.

Shimon Pérès devrait-il rester au gouvernement?

Oui, bien sûr. C'est Arafat qui nous impose la campagne de terreur. Il n'y a aucune raison que Pérès s'en aille à cause de cela.

Au fond, vous ne désapprouvez pas totalement la politique de Sharon?

Non... Tactiquement, il agit comme il faut. Même si l'on est critique à l'égard de Sharon, on ne peut pas vraiment le blâmer pour la façon dont il gère la crise.


(1) Organisées aux Etats-Unis du 11 au 25 juillet 2000 sous le parrainage de Clinton, ces négociations entre Barak et Arafat avaient principalement achoppé sur la question du partage de la vieille ville de Jérusalem et sur celle du droit au retour des réfugiés.

(2) Les discussions de Taba (Egypte), en janvier 2001, entre les délégations du gouvernement travailliste israélien et de l'Autorité palestinienne, avaient permis des «progrès substantiels» sur tous les dossiers sensibles, mais rien de formel n'avait été signé.