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Interview accordée à Mme le Député israélien Colette AVITAL dans LE FIGARO du 5 août 2002 et diffusée par Mme Dina SOREK, Ministre-conseiller à l’information près l’Ambassade d’Israël à Paris

" Le culte de la mort s'est emparé des Palestiniens "

Diplomate israélienne longtemps en poste dans des ambassades clés (New York (ONU) et Paris notamment), Colette Avital a une perception aiguë de la situation géopolitique d'Israël. Député travailliste à la Knesset, cette militante de la paix réagit aux principales attaques palestiniennes de dimanche, celle du mont Meron, près de Safed, et celle de Jérusalem-Est.

<<...>> Propos recueillis par Alexis Lacroix [05 août 2002] <<...>>

LE FIGARO. - L'attaque, hier, contre un bus israélien en haute Galilée et la fusillade de Jérusalem-Est remettent-ils en cause la reprise des pourparlers de paix annoncés récemment par Israël ?

Colette AVITAL. - J'espère que non. A chaque fois qu'émerge une possibilité de dialogue, elle est torpillée par des activistes. Israël est l'otage du terrorisme. Mais c'est justement la raison pour laquelle nous devons, côté israélien, nous efforcer de briser l'engrenage.

Les attentats sont-ils des réponses à la " répression israélienne " ?

Non. Les attentats kamikazes comportent bien sûr une part de riposte et de vengeance. Mais elle n'est pas déterminante.

Pourquoi ?

Parce qu'il faut remonter aux origines de ce cycle de violences. Les attaques suicides ont commencé alors même qu'engagé dans le processus de paix, Israël faisait l'offre d'un Etat aux Palestiniens. On n'y prête pas suffisamment attention en France : le terrorisme est devenu une valeur sociale au sein de la société palestinienne, et pas seulement - loin s'en faut - dans ses seules franges islamistes. La société palestinienne semble célébrer tous les candidats kamikazes. On assiste à la propagation inquiétante du martyre.

Comment expliquer cette évolution ? L'Autorité palestinienne l'appuie-t-elle ?

Je suis tentée de dire que oui. Pour prendre la mesure de cette pénétration en profondeur de la martyrologie, regardez la chaîne officielle de la télévision palestinienne. On y interroge des enfants. Ils ont un choix simple : " Qu'est-ce que tu préfères ? Un Etat palestinien ou le martyre ? " Et ces enfants répondent, sans hésiter : " Le martyre. " Les jeunes cultivent désormais cet idéal-là, avec la bénédiction du pouvoir en place. Ce tournant des mentalités rend nécessaire une intervention en urgence de psychologues et d'éducateurs. Nous avons affaire à une forme inédite de barbarie, qui interdit tout amalgame : lorsque l'Etat d'Israël entreprend une action, c'est dans le cadre d'attaques ciblées et il s'agit, le plus souvent, d'interventions préventives discriminées contre des cibles militaires et terroristes. Les bombes suicidaires palestiniennes visent en priorité, les civils. Le culte de la mort s'est emparé des Palestiniens.

Actuellement, Tsahal détruit des maisons de kamikazes. Ces mesures peuvent-elles dissuader les candidats au suicide ?

Vraisemblablement, ces destructions d'habitations sont la seule chose qui parvienne encore à ébranler les Palestiniens. Il ne s'agit pas de mesures punitives mais de mesures préventives, qui font l'objet d'âpres débats en Israël. Je pense personnellement qu'Israël devrait plutôt s'en tenir à la loi. Mais quant à savoir si c'est encore dissuasif, cela m'est difficile de le dire. Nous sommes pris de court. Traumatisés, nous cherchons des moyens de fortune pour détourner les candidats au suicide de leur mépris pour la vie humaine.

Quels sont les autres recours d'Israël ?

C'est justement parce qu'Israël est confronté à un adversaire qui aime la mort qu'il ne peut pas se contenter d'une solution militaire. Les Israéliens doivent faire comprendre à la population palestinienne qu'elle a tout à perdre au jeu du terrorisme et qu'ils peuvent encore lui donner quelque chose.

En reprenant le dialogue avec Arafat ?

Arafat a rejeté la paix proposée par Israël il y a deux ans. Quand bien même nous rétablirions le dialogue avec lui, ce serait un dialogue de sourds. Arafat a tout raté. S'il n'a pas été expulsé de son QG de Ramallah, c'est grâce à la présence, au sein du gouvernement d'union nationale, de travaillistes qui ont fléchi la détermination d'Ariel Sharon. Désormais il nous faut reprendre langue avec ceux des Palestiniens qui condamnent authentiquement les actions suicides.

Les travaillistes ne sont-ils pas bloqués s'ils restent au sein du gouvernement d'union nationale ?

En effet, ils sont empêchés de renouer ce dialogue par leur participation à ce gouvernement, dans lequel leur rôle est devenu négligeable. C'est d'ailleurs en raison de cette impuissance que, par la voix de Shimon Pérès, le ministre des Affaires étrangères, ils se donnent pour objectif de reprendre langue avec Arafat, en sachant très bien que cet objectif ne risque pas d'aboutir... J'appartiens à ceux des travaillistes qui exigent de quitter le gouvernement.

Ne faut-il pas, aussi, faire son deuil du rêve d'un " nouveau Moyen-Orient " - ce que réclame, par exemple, Shlomo Ben-Ami ?

L'amélioration de la qualité de vie compte beaucoup, mais elle n'a pas constitué, à l'évidence, une perspective suffisante pour les Palestiniens. La théorie du nouveau Moyen-Orient a permis l'investissement de sommes importantes dans de grands projets, dans la construction d'infastructures, etc. En raison de la corruption de l'Autorité palestinienne, la majeure partie de ces fonds est partie dans les poches d'Arafat. La population palestinienne a donc vu sa situation matérielle se dégrader tout au long du processus de paix. Mais même à supposer que le plan de Shimon Pérès eût fonctionné, ce qu'il offrait n'aurait en fait nullement suffi. Les biens matériels sont une chose, la dignité humaine en est une autre. Tandis que le processus de paix avançait, les Israéliens étendaient certaines implantations et traçaient des routes de contournement, ressenties comme des provocations par les Palestiniens qui subissaient des heures d'attente aux barrages routiers. Beaucoup d'Israéliens, de leur côté, traitent aujourd'hui ceux qui ont signé les Accords d'Oslo de " criminels de guerre ". Le processus de paix a causé, des deux côtés, d'immenses frustrations.

Y a-t-il une paix après Oslo ?

Il faut y travailler. Rien n'est plus urgent que de dissiper les illusions qu'avait nourries le processus de paix. Il n'appartient pas aux Israéliens, contrairement à ce que pense George W. Bush, de déposer Yasser Arafat. Mais ils doivent, n'en déplaise à Shimon Pérès, chercher par tous les moyens à le contourner, en misant sur ceux des Palestiniens qui croient en la vie. C'est notre seule chance dans la situation actuelle.