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L’arbre qui cache la forêt (ou l’errement des justiciers du monde)

Catherine, membre de la commission média du CRIF Midi-Pyrénées
14 octobre 2001

Quand il s’agit du conflit israélo-palestinien, les échanges épistolaires par quotidien interposé tirent vers le règlement de compte, le combat de coqs.

L’article paru dans Libération du 13 juillet dernier : " La pensée coloniale de Taguieff et de ses amis ", signé de José Bové et ses amis, ôte aux lecteurs de nombreux éléments d’analyse qui leur permettraient de se forger eux-mêmes leurs opinions (lire l'article de Taguieff)

Il doit bien y avoir des lecteurs qui ont envie d’entendre autre chose que des énoncés tous faits de manichéisme brutal et de partialité abrupte.

C’est pourquoi le CRIF tient simplement à répondre à cet article pour démêler les amalgames érigés en vérité.

" Quand le sage montre la lune, l’idiot voit le doigt ", ainsi commence l’article.

Certes, alors voyons plus loin que ce que le doigt de certains pointent.

La politique d’Israël vis-à-vis des Palestiniens est tout à tour comparée à l’apartheid, la colonisation en Algérie, l’occupation du Tibet par la Chine.

On laisse ainsi croire — et toute comparaison est en ce sens dangereuse — qu’Israël a édicté à l’instar de l’Afrique du Sud des lois raciales à l’encontre d’une population jugée inférieure, méprisante ; qu’Israël, comme à l’époque des colonies occidentales, colonise des terres pour en exploiter les matières premières, la main d’œuvre, étendre sa puissance, éduquer les " indigènes " ; ou pour assouvir son expansionnisme, à la chinoise.

Or tout cela procède du mensonge historique. Et le proverbe mandingue dit : " un mensonge qui a trente ans, cela devient la vérité ".

Le fait des colonies en territoire palestinien est avant tout le fruit du refus obstiné des Palestiniens et Arabes du Proche-Orient, refus de tous les plans territoriaux proposés (1947, 1967, 2000), et des guerres qu’ils menèrent pour exterminer " l’ennemi sioniste ", c’est à dire détruire Israël et massacrer ses habitants.

La conquête de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et des hauteurs du Golan furent le résultat immédiat de la guerre des six jours en 1967 : le 26 mai 1967, Nasser déclarait : " Notre principal but est la destruction d’Israël ".

Le message était on ne peut plus clair, et Israël pris les devants en menant une offensive préventive d’où il sortit (miraculeusement ?) victorieuse, car menacé par six états arabes postés à toutes les frontières.

Rappelons qu’ Israël conquit la Cisjordanie alors annexée illégalement par la Jordanie (en violation de la résolution 181 de l’ONU) suite à la guerre de 1948.

Non seulement on peut d’ores et déjà se rendre compte de la différence avec les vrais pays colonialistes, qui n’eurent jamais à se battre pour défendre leur existence même ; mais on peut aussi réaliser que le sens historique inverse ici les causes et les conséquences.

Et quand Israël conquit le Sinaï en 1956 et en 1973 suite aux agressions dont il faisait l’objet, il montra qu’en échange d’une paix garantie il pouvait restituer intégralement ce qu’il avait pris — pris non pas pour s’étendre, répétons-le, mais en riposte à des agressions qui le menaçait d’anéantissement -.

Sur ce point Israël a parfaitement répondu à la résolution 242 qui parle de rendre " des " territoires occupés .

Si Israël avait voulu annexer les territoires pour de bon, il aurait pu le faire depuis longtemps " à la Poutine ", qui ne s’est pas gêné suite à quelques attentats en Russie à massacrer les Tchétchènes et Grozny.

La dernière proposition de partage, en 2000 à Sharm el-Sheikh, aurait échoué d’après nos auteurs à cause d’Ehud Barak, pour qui " à un mois de l’élection, il n’était plus légitime d’aller au bout de cette négociation ".

Le fait que Barak n’avait plus de légitimité à un mois des élections est de toutes façons politiquement évident, ce qui n’enlève rien aux immenses efforts qu’il fit pour parvenir à un accord de paix et faire des propositions inespérées pour les Palestiniens.

Et s’ils imputent cette phrase à un négociateur israélien, on pourrait leur rétorquer de même qu’un négociateur palestinien, présent à la table des négociations, a annoncé qu’alors que tous les conseillers d’Arafat lui conseillaient d’accepter la proposition, ce dernier refusa.

La véritable question à se poser concerne Camp David qui est à l’origine de tout : comment expliquer le refus d’Arafat de ce qu’il a toujours demandé ? (au point qu’il désire reprendre les négociations sur ces bases mêmes qu’il a rejetées).

Le discours du Ministre palestinien de la communication, Imad Falouji, rapporté par Associated Press (2 mars 2001) nous montre à quel point nous aimons les versions simplificatrices : " Ce serait une erreur que de croire que la raison de l’irruption de l’intifada était la visite de Sharon sur l’Esplanade des mosquées…cela a été planifié depuis le retour d’Arafat de Camp David [juillet 2000], où il a refusé les propositions de Clinton".

Les conditions d’un état palestinien plusieurs fois furent créées, toujours elles furent rejetées par les Palestiniens, pensant soit qu’ils pourraient parvenir à éliminer Israël, soit à rendre son existence impossible (ce qui revient au même).

On peut extraire les citations que l’on veut et prouver tout et son contraire.

Ce qui nous importe ici, c’est de montrer qu’il n’y a pas le bon d’un côté et la brute de l’autre, le légitime ici et l’illégitime là.

Si les barrages de l’armée israélienne sont perçus comme des " humiliations pour la population palestinienne ", il ne faut pas perdre de vue qu’ils sont conçus uniquement comme des mesures d’évitement des attentats. Des centaines ont ainsi été déjouées.

Encore une fois, ne confondons pas causes et conséquences.

Car si les Palestiniens se sentent " humiliés ", les israéliens sont meurtris à jamais quand un de leur proche est assassiné, poignardé ou déchiqueté par une bombe (rappelons que la majorité des meurtres ont lieu dans le territoire d’Israël).

Et les attentats ont largement précédé les implantations israéliennes, et même la création de l’état hébreu. Qu’on se souvienne des pogroms arabes de 1920 et 1921, de la cinquantaine d’enfants égorgés dans un car, etc.

C’est déjà dans les années 20, avec Hadji Amin al-Husseini (le mufti de Jérusalem et allié d’Hitler) qui propagea l’idée du panarabisme et son antisémitisme violent, que tout compromis territorial disparaissait.

Il n’y a pas de compromis dans le mot détruire.

Quant aux réfugiés, aucune résolution de l’ONU (et en particulier la résolution 194 sur les réfugiés) n’exige le retour des réfugiés arabes ; le " droit au retour " mis en avant est une invention.

La résolution 194 parles des " réfugiés de Palestine " (Palestine refugees) sans parler ni des Arabes ni des Palestiniens : elle englobe de ce fait les réfugiés arabes (600.000) et juifs (900.000).

Si la misère de nombreux Palestiniens est réelle et choquante, comment peut-on évoquer la situation économique des Palestiniens sans parler de la corruption du régime qui détourne plus de 70% des aides internationales (dont 100 millions d’euros par an pour l’Europe) ?

Dans leur circuit à Gaza, les auteurs se sont-ils rendus dans les quartiers habités par les responsables de l’Autorité palestinienne ? Ont-ils vu la richesse opulente de certains (maisons , limousines, ..) ? Se sont-ils posés des questions ?

Enfin, on ne peut s’empêcher de constater avec sourire et tristesse, l’analogie avec les visites de certaines délégations de gens si bien intentionnés en Russie dans les années 50/60 puis en Chine dans les années 60/70 . Eux aussi avaient " vu " des choses qu’on ne pouvait nier , eux aussi étaient revenus avec des affirmations définitives … on a vu par la suite ce que valaient ces " visites organisées " et ces belles paroles enflammées au retour.

 

Aujourd’hui, Palestiniens et Israéliens sont embourbés dans les colonies.

La Cisjordanie (en fait la Judée-Samarie) ne saurait être une terre sans juifs, quelle que soit la souveraineté de celle-ci, de même qu’il y a une présence arabe en Israël.

Les choses ne se sont pas faites en un jour, et ne sont pas si simples à démêler.

Quand un peuple bâtit son identité contre l’autre, cet autre qui tente d’exister en soi, on arrive à des situations extrêmes.

Et quand se défendre devient la raison sine qua non d’exister, on préfère encore prêter le flanc à la critique en se défendant, plutôt que de vivre pour complaire l’ " opinion ", et mourir.

Paul Valéry écrivait : " Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’Opinion ".

Car les auteurs de ce présent texte ne sont pas naïfs, savent reconnaître la complexité d’une situation. Ils comprennent également, bien que confortablement installés en France, qu’il est bien difficile pour un état qui vit sous un tel état de terrorisme, de rejet (plus on s’est approché d’un accord de paix, plus il y eut d’attentats), de ne pas tomber dans des ornières.

La création d’un état palestinien ne fait de doutes pour personne, y compris les franges israéliennes les plus extrêmes. Côté palestinien, il est moins sûr que tous soient convaincus qu’Israël a légitimement droit à une existence, et son élimination prônée dans la charte de l’OLP, abrogée seulement en 1996, demeure vivace dans certains esprits.

On pourrait suggérer à nos visiteurs d’autres sujets d’indignation : l’antijudaïsme arabe, les manuels scolaires palestiniens prônant la haine du Juif, le statut de dhimmi dans un régime arabe musulman…

Mais si l’on veut aider les Palestiniens, aider la paix, apprenons à avoir du discernement, et n’attisons pas le feu de la haine.